Tucker & Dale fightent le mal (Eli Craig, 2010)

de le 06/09/2011
 
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Étrange Festival 2011 : Nuit Grindhouse.

Devenir le nouveau Shaun of the Dead, voilà ce que beaucoup d’auteurs cherchent assez vainement depuis le succès phénoménal, lié à la réussite incontestable, du film d’Edgar Wright. Aucun n’avait réussi cet alliance parfaite entre horreur et comédie, entre hommage et vrai film de cinéma. Et celui qui y parvient, il a droit à ce titre français ridicule. Tucker & Dale fightent le mal, c’est un peu la lumière inespérée mais qui redonne foi en la comédie horrifique. Sacrément drôle, véritable bible de références pour amateurs de films d’horreur qui ne tombe jamais dans l’étalage de clins d’œils gratuits, merveille d’écriture et démonstration de gore qui tâche, le premier film d’Eli Craig, ancien acteur qui avait par exemple incarné Tommy Lee Jones jeune dans Space Cowboys, est une véritable bouffée d’air frais dans le cinéma de genre, une réussite sur toute la ligne qui propose une relecture brillante des codes fondamentaux de l’horreur américaine au cinéma. Jamais cynique malgré la parodie, démontrant un profond amour du genre, c’est un véritable bonheur.

La magie de Tucker & Dale fightent le mal vient de cette idée géniale d’inversion des rôles tout en gardant les passages obligés du film d’horreur. Et si vous aussi vous vous êtes déjà posé la question de savoir pourquoi Leatherface bougeait les bras de façon aussi frénétique dans Massacre à la tronçonneuse ou pourquoi dans Vendredi 13 Jason se retrouvait à prendre la pose machette à la main dans les bois remplis d’une fine brume, vous aurez enfin un début de réponse.Merveilleusement construit, Tucker & Dale s’ouvre même sur une séquence qui se moque assez clairement de toute la vague de documenteurs et nous propose le célèbre plan de la caméra qui tombe au sol, conclusion habituelle du genre, au bout de 3 minutes. Ensuite, c’est plus du côté de l’horreur classique, et plus particulièrement du survival, que le film se situe. Pendant 1h30 Eli Craig va prendre un malin plaisir à joyeusement démonter tous les codes du genre et tous les clichés possibles sur les figures mythiques du genre. À commencer par la figure du redneck bien entendu, éclairée sous un angle complètement nouveau. Dans Tucker & Dale les rednecks ont des sales gueules, portent des salopettes en jean improbables et des casquettes, et jettent des regards de psychopathes. Sauf qu’en réalité ils sont juste les meilleurs amis du monde, sont partis en vacances dans la cabane de leurs rêves au fond des bois, et ne comprennent pas pourquoi tous ces étudiants viennent mourir autour d’eux. Tucker & Dale est hilarant, non seulement par le pouvoir implacable de ses gags, mais surtout car il se permet d’établir toute une cartographie des passages imposés du genre en les retournant complètement à son approche parodique. Improbable sur le papier, le film fonctionne comme porté par la grâce. On n’avait pas vu aussi drôle, aussi intelligemment révérencieux et aussi bien écrit depuis Shaun of the Dead. L’autre force de Tucker & Dale est justement de ne pas marcher véritablement sur les traces de la merveille britannique dopée aux zombies et à Queen, mais d’apporter un regard tout à fait original et bourrée d’idées géniales.

On ne s’ennuie pas une seconde, porté par un rythme qui ne faiblit jamais. On passe des bois à la cabane, puis à l’entrepôt désaffecté, de façon naturelle, revisitant des lieux bien connus à la sauce romance/buddy movie/comédie/horreur, un mélange franchement étrange mais qui s’impose comme essentiel au final, ne tombant dans aucune fausse note. Porté par un ton communicatif, des acteurs franchement bons et surtout très impliqués (jusque dans les prototypes de petits cons ou de bimbos sans cervelle), un véritable travail d’écriture et une proposition de mise en scène qui n’a rien de didactique ou de simplement illustrative, utilisant là également les figures imposées pour provoquer autre chose que l’effet initial. C’est une pure réussite, soignée, loin d’être bête, hyper respectueuse du genre et déjà un jalon important de la comédie horrifique. Une petite bombe comme on n’en voit que trop peu.

FICHE FILM
 
Synopsis

Tucker et Dale, deux gentils péquenauds venus se ressourcer en forêt, rencontrent des étudiants venus faire la fête. Un quiproquo mortel s’ensuit.