Tu seras mon fils (Gilles Legrand, 2011)

de le 24/08/2011
 
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Avec Malabar Princess et La Jeune fille et les loups, Gilles Legrand avait montré qu’il aimait le cinéma populaire plutôt humble, dopé aux bons sentiments, pas forcément ambitieux et pas mémorable non plus. Avec Tu seras mon fils, quelque chose s’est passé. Un déclic, une révélation qu’importe. Si son troisième long métrage n’est toujours pas un grand cru (laissons la suite des expressions viticoles à la presse pro qui s’est régalée de pouvoir enfin utiliser un vocabulaire différent), Gilles Legrand s’est changé en un grand pessimiste. Tu seras mon fils, malgré ses décors baignés dans le soleil, souvent trop, et ses couleurs chaudes, est un film d’une noirceur inattendue. Et si on reste loin de la suffocation que pouvait entraîner une bande annonce extrêmement bien montée, il y a de quoi se réjouir de voir un film de ce type, une histoire de famille dans un vignoble, rien d’extraordinaire, refuser le mélo basique et la profusion de bons sentiments. Tu seras mon fils possède de sérieuses qualités mais souffre de vraies tares, c’est un fait, et pour cela il ne restera pas dans les mémoires. Cependant, il possède un atout majeur, et il s’appelle Niels Arestrup.

Le propos général de Tu seras mon fils ne contient rien d’exceptionnel, pas de quoi faire date. L’idée de base est forte, à savoir brosser le portrait d’une relation complètement folle entre un père et son fils. On a rarement vu autant de haine au sein d’une même famille à l’écran, c’est même dérangeant. Et cela l’est d’autant plus, de façon beaucoup moins positive, quand le rideau tombe sur les raisons de ce désamour. Construit de façon assez classique, quasi-linéaire si on excepte l’ouverture en flash-forward, le scénario ne brille pas par son originalité et se cherche des airs de grande saga familiale tout en gardant un pied sur la pédale de frein afin de ne pas prendre trop d’ampleur. C’est dommage, en refusant d’embrasser la grande tragédie pour se concentrer sur un drame plus intime, le film perd de sa force. L’idée se consume doucement, laissant apparaître les failles du récit, gênantes car sur les fondations mêmes des personnages. Pourtant on veut y croire jusqu’au bout car le travail formidable des acteurs nous emporte. Tous, exception faite d’une Valérie Mairesse visiblement pas à sa place, portent le film et l’élèvent. Même Lorànt Deutsch est formidable, chose quasiment insensée, une vraie révélation. Cependant, c’est du côté des anciens que tout se joue. Patrick Chesnais tout d’abord, dans une partition véritablement émouvante et qui apporte une nuance fondamentale, mais comme on l’a dit plus haut, il y a Niels Arestrup. En véritable monstre de charisme, il s’accapare le personnage d’enfoiré flamboyant, de bourgeois triste, avec une facilité déconcertante. Dominant le casting et le film de la tête et des épaules, il est une sorte de roi refusant l’amour et l’admiration de son fils, se cherchant un autre héritier, sans tact, rustre, usant de mots d’une violence incroyable. Et si Gilles Legrand ne se montre jamais comme un grand réalisateur, il reste un directeur d’acteurs formidable, capable de canaliser l’énergie créative de ce génie d’acteur capable de sauver un film à lui tout seul.

Car pour le reste, il est vrai qu’on reste un peu sur notre faim. L’univers du vignoble reste assez peu exploité, ne donnant lieu qu’à deux gros travelings aériens mais jamais on ne ressent la présence de cet environnement assez rare au cinéma. Et si on appréciera le petit clin d’œil cinématographique à Francis Ford Coppola et son vignoble, logiquement, il est difficile d’être emporté par cet aspect là du récit, mal exploité. D’autant plus que Gilles Legrand ne montre pas de talent supérieur pour la mise en scène. Il se contente de livrer des cadres propres et un découpage un brin pataud mais rien n’est foiré, de la même façon que rien ne brille vraiment. On pourra également déplorer quelques bourdes dans la captation de la lumière parfois tellement aveuglante qu’elle efface les silhouettes. On ne va pas faire la fine bouche car en surface le film tient plutôt bien la route, bénéficie d’un rythme parfaitement géré qui expédie les presque deux heures en un clin d’oeil et surtout jouit d’interprétations absolument remarquables. mais il n’y a vraiment pas de quoi s’extasier non plus.

FICHE FILM
 
Synopsis

On ne choisit ni ses parents, ni ses enfants ! Paul de Marseul, propriétaire d’un prestigieux vignoble à Saint Emilion a un fils, Martin, qui travaille avec lui sur le domaine familial. Mais Paul, vigneron exigeant et passionné, ne supporte pas l’idée que son fils puisse un jour lui succéder. Il rêve d’un fils plus talentueux, plus charismatique… plus conforme à ses fantasmes de père ! L’arrivée de Philippe, le fils de son régisseur va bouleverser la vie de la propriété. Paul tombe en fascination devant ce fils idéal. Commence alors une partie d’échec qui se jouera à quatre : deux pères, deux fils, sous le regard impuissant des femmes qui les entourent. Et au moins l’un d’entre eux n’a plus rien à perdre …