True Legend (Yuen Wo-ping, 2010)

de le 28/09/2011
 
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Yuen Wo-ping. Pour beaucoup il n’est en effet que le chorégraphe brillant de Matrix ou Tigre et Dragons, auxquels il convient d’ajouter plus d’une cinquantaine de films HK dont pas mal de chefs d’oeuvres et ce depuis la période de la Shaw Brothers, comme le dit l’affiche du film. Pour d’autres il est à la fois un maître parmi les action directors mais également un grand réalisateur, celui qui imposa Jackie Chan dans des rôles principaux (Le Chinois se déchaîne, Le Maître chinois, Le Héros magnifique et Tigre Blanc), qui révéla toute une génération avec la série des Tiger Cage et qui livra un pur chef d’oeuvre avec Iron Monkey. Autant dire que ce bonhomme qui n’avait rien réalisé complètement depuis Tai Chi II en 1996 était plus qu’attendu avec True Legend. Et ce d’autant plus qu’il y avait là la promesse d’un film de kung-fu old school avec des moyens modernes (plusieurs séquences construites en 3D, même si le film n’est exploité qu’en 100% 2D en France) avec le retour au premier plan de Vincent Zhao (aka Chiu Man-cheuk, la star de The Blade) et un personnage mythique, Beggar Su, pour renouer avec les films cités ci-dessus. Autant le dire tout de suite, ce retour de Yuen Wo-ping n’est pas à la hauteur de l’attente qu’il avait pu logiquement engendrer. Pire, le film est carrément faible, malgré quelques très belles choses.

Construit sur le schéma bancal de deux parties franchement inégales et n’ayant que trop peu d’éléments en commun, à tel point que la sensation de voir deux films est bien présente, True Legend alterne le bon et le beaucoup moins bon, avec une fâcheuse tendance à privilégier le second. Le film s’ouvre pourtant sur une séquence incroyable, une scène de combat en costumes aux enjeux clairement inscrits dans une idée historique intéressante mais qui surtout en met plein les yeux au niveau chorégraphies, gestion de l’espace et idées de mise en scène dingues. Pendant quelques minutes on se dit qu’on tient là un retour en force d’un petit génie, et puis on oublie. On oublie non pas parce que le film est tout pourri, mais simplement car on l’a déjà vu il y a longtemps, et en mieux. Toute la première partie reprend un schéma bien connu de nombre de films de kung-fu, à savoir deux « frères » qui se retrouvent à s’affronter, un des deux se fait humilier, s’exile, puis revient se venger. Yuen Wo-ping nous avait déjà fait le coup avec le très bon Tai-Chi Master dont il reprend plusieurs éléments avec maladresse. Ça pourrait passer, sauf qu’il ne parvient à construire aucun personnage, peu aidé il est vrai par des acteurs en roue libre enchaînant cris et grimaces, dans un excès permanent qui finit par fatiguer tant il n’y a aucun contrepoint. D’ailleurs il se fout tellement de ses personnages qu’il en sacrifie certains, à l’image de celui de Michelle Yeoh à priori intéressant mais au développement avorté. Tuer dans l’oeuf ce qui fonctionne et montrer jusqu’à l’overdose le reste, à l’image de l’entrainement imaginaire qui n’en finit plus et finit par devenir ridicule. C’est bête car on sent en permanence un potentiel inexploité, quand d’autres comme Ronny Yu ou Wilson Yip en ont fait des merveilles. Dans sa seconde partie qui laisse enfin la place au Beggar Sue et la boxe de l’homme ivre, c’est une sorte de resucée du Maître d’armes qu’il nous sert, poussant à l’extrême son côté nationaliste. Le vengeur repenti devient le symbole de la lutte contre le méchant envahisseur étranger, comme tellement de ces nouvelles productions chinoises qui pourrissent le cinéma de Hong Kong.

Qui dit film de kung-fu dit scénario éventuellement prétexte, ce n’est pas nécessairement un problème. Sauf qu’il faut pour cela contrebalancer avec un traitement visuel qui en impose. Et là, on ne sait pas trop quoi penser. certes la photographie est globalement belle et la mise en scène pleine de mouvement, sauf qu’on se retrouve face à une incompréhension. Yuen Wo-ping est un des meilleurs action directors au monde, quelqu’un dont la spécialité est de mettre en scène des séquences d’action. Et on a droit à des combats à priori tous sublimes, des chorégraphies inventives allant du monstrueux (1ère partie surtout) au très bof (l’intégration de mouvements de hip-hop à la boxe de l’homme ivre fonctionne moyennement, beaucoup moins que dans Raging Phoenix par exemple) mais surtout on assiste parfois à un massacre dans le découpage des fights. Certains sont magnifiques, d’autres sont ruinés par un sous-découpage ou des ralentis post-Snyder qui n’ont pas leur place ici. C’est franchement regrettable car les acteurs, au-delà de leur surjeu, possèdent de vraies qualités pour bouger. À cela s’ajoutent des effets visuels qu’on qualifiera gentiment d’horribles, les décors numériques se situant au niveau de ceux de Stormriders qui date d’il y a déjà 13 ans. Il faudra s’en contenter en cette période de vaches maigres, en attendant le prochain Tsui Hark, mais franchement ce retour du maître est assez raté.

FICHE FILM
 
Synopsis

Général réputé de la dynastie Qing, Su Chan met fin à sa carrière militaire pour réaliser son rêve : fonder une famille et sa propre école d'arts martiaux. Mais sa paisible existence est réduite à néant quand Yuan Lie, son frère adoptif qui cherche depuis toujours à venger son père naturel, exécute le père de Su Chan provoquant ce dernier en duel. Grâce à sa maîtrise des cinq venins mortels et à une armure le rendant quasiment invulnérable, Yuan Lie triomphe de Su Chan et enlève son fils Feng. Su Chan est sauvé de justesse par sa femme Ying et par Madame Yu, une herboriste vivant retirée dans la forêt. Physiquement et moralement diminué, il sombre dans l’alcool, conjurant l'aide du Dieu martial et d'un vieux sage excentrique dont il semble être le seul à reconnaître l'existence. Il s'entraîne des années durant à parfaire sa technique de combat, la boxe de l'homme ivre. Mais ce n'est que quand la vie de Feng est soudain mise en péril que Su Chan va enfin laisser libre cours à la passion qui sommeille en lui depuis toujours, et révéler la portée de son art, donnant ainsi naissance à la légende du roi des mendiants.