Tropa de Elite (José Padilha, 2007)

de le 19/07/2009
 
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Auréolé de nombreuses récompenses un peu partout dont un prestigieux Ours d’Or au festival de Berlin, au nez et à la barbe du chef d’oeuvre There Will Be Blood, Troupe d’élite vient marquer une nouvelle fois que le cinéma brésilien est capable de lancer de véritables bombes atomiques à intervalles plus ou moins réguliers. Alors qu’Hector Babenco (Pixote, le Baiser de la Femme Araignée, Carandiru…) semble être blackilisté tant ses derniers films ont bénéficié de peu de promotion, que Fernando Meirelles (la Cité de Dieu, the Constant Gardener, Blindness…) s’est définitivement installé aux USA et que Walter Sales s’intéresse à d’autres horizons, le cinéma brésilien avait besoin d’un nouveau porte étendard. Après avoir vu cette petite bombe, il semblerait qu’il se nomme José Padilha! Pourtant c’est son premier long métrage de fiction après 2 documentaires, et malgré ça il fait preuve d’une maîtrise carrément impressionnante, imprimant à son film une énergie incroyable, le choc!

Les pays vivant dans l’agitation sont souvent des terrains fertiles pour la naissance d’oeuvres coup de poing, sans concession. Hong Kong et l’Italie n’ont-ils pas livré leurs meilleurs polars en période de troubles? L’approche de la rétrocession pour le premier et les années de plomb avec entre autres les brigades rouges pour le second. C’est également le cas du Brésil qui derrière les belles images de vacances vit une crise extrême, et Troupe d’élite emboîte le pas de la Cité de Dieu (ainsi que de la cité des hommes) à la perfection, en s’intéressant cette fois non pas aux gangsters faisant la loi dans les favelas ou à la population « normale » de ces quartiers mais plutôt à la police en général, et au SWAT local (le BOPE) en particulier. A part le lieu et la présence des mêmes scénaristes et monteur, on ne peut pas vraiment comparer les deux films. Quand Meirelles s’intéressait au parcours façon Scarface de jeunes des favelas, Padilha cherche le réalisme avant tout.

On ne s’étonnera donc pas de trouver beaucoup moins des effets « clipesques » qui pullulaient dans la Cité de Dieu. Ici place à la caméra portée en permanence pour créer un sensation de tension omniprésente et qui s’aggrave encore plus lors des divers assauts. La scène d’ouverture est d’ailleurs un modèle du genre et nous plonge directement dans l’enfer de ces favelas qui ne sont rien d’autre que des poudrières que la moindre étincelle vient faire exploser. Véritable scène de guérilla urbaine, elle ne nous laisse pas une seconde pour respirer jusqu’au générique, c’est simplement virtuose. Ensuite le film va prendre une direction différente avec une longue exposition qui va nous amener doucement vers la scène d’ouverture.

On nous y présente bien sur les trois protagonistes principaux, avec en tête le capitaine Nascimento interprété par Wagner Moura (déjà vu dans Carandiru ou Avril Brisé) et avec lui, en parallèle, les deux jeunes recrues Neto et André Matias. Lui cherche son remplaçant à cause de son métier qui le détruit psychologiquement en même temps que sa vie de couple qui bat de l’aile avec un bébé qui arrive… Les deux recrues vont découvrir avec nous l’envers du décor de la police brésilienne alors qu’ils sont le plus intègres possible. C’est la partie la plus critique du film qui bénéficie d’un scénariste ayant travaillé pour le BOPE, et ce qu’on nous montre n’est pas vraiment reluisant. Les flics sont à peu près aussi pourris que les trafiquants, c’est la corruption qui domine tout. On pense un peu au cinéma engagé à la Sidney Lumet dans cette critique vraiment violente du système, avec les coups bas même entre policiers plus ou moins gradés… c’est assez effrayant.

Une fois qu’on retrouve la scène d’ouverture, c’est la mission du capitaine pour trouver son successeur qui prend le dessus. Et en s’attaquant au genre du film d’entraînement, Padilha se frotte forcément au maître étalon du genre, chef d’oeuvre indétrônable, Full Metal Jacket… et très honnêtement on n’avait pas vu quelque chose d’aussi bon depuis le film de Kubrick. Grâce à des acteurs qui se donnent à 200% et toujours cette mise en scène de l’urgence, on y croit sans aucun problème. Chaque personnage se révèle sous un nouveau jour, les masques tombent dans l’humiliation la plus totale… cette partie est vraiment éprouvante et ne fait pas de cadeau.

Tourné sur le vif, Troupe d’élite impressionne vraiment. Par sa mise en scène c’est clair, car dopée à l’énergie tout en restant parfaitement fluide, mais aussi par son propos qui va jusqu’au bout. Et ce sans jamais tomber dans la glorification de la police, tout semble vrai, des situations aux personnages, les flics qui s’entretuent, les boucliers humains que sont les habitants des favelas… certes les stéréotypes sont présents et le choix de ne pas montrer de personnages neutres (des gens qui ne seraient ni flics, ni trafiquants, ni jeune bourgeois, ni toxico) est discutable, mais le propos n’est pas là. Il s’agit d’un film de guerre avant tout, d’un nouveau genre. La violence est là à tous les coins de rue et quand elle est à l’écran elle fait très mal, ses conséquences aussi.

Jusque dans son final exceptionnel, Troupe d’élite est une grosse claque dans la gueule, un bon gros choc de cinéma qui imprime la rétine, et la naissance artistique d’un réalisateur qu’il faudra suivre avec attention!


Tropa de Elite – Trailer
envoyé par infonlinebr. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

FICHE FILM
 
Synopsis

1997. Les milices armées liées au trafic de drogue contrôlent les favelas de Rio. Rongée par la corruption, la police n'intervient plus sur le terrain. Les forces d'élite du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police) sont livrées à elles-mêmes dans leur lutte sans merci contre les trafiquants. Mais le maintien de l'ordre a un prix : il est de plus en plus difficile de distinguer le bien du mal, de faire la différence entre l'exigence de justice et le désir de vengeance. Le Capitaine du BOPE Nascimento est en pleine crise : en plus de risquer sa vie sur le terrain, il doit choisir et former son successeur, dans l'espoir de quitter cette vie de violence et de rester auprès de son épouse, qui s'apprête à donner naissance à leur premier enfant. Neto et Matias, deux de ses recrues les plus récentes, sont amis d'enfance : l'un est un as de la gâchette, l'autre refuse de transiger sur ses idéaux. A eux deux, ils seraient parfaits pour le poste. Séparément, il n'est pas sûr qu'ils puissent s'en tirer vivants...