Trop loin pour toi (Nanette Burstein, 2010)

de le 20/09/2010
 
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En général les comédies romantiques, à l’exception de celles en provenance du Royaume-Uni, se suivent et se ressemblent, inlassablement et sans grand intérêt. Le genre est balisé au possible, les sujets vus et revus des centaines de fois, donc à moins d’avoir un cœur d’artichaut à la place du cerveau, on s’ennuie très souvent. Et puis de temps en temps, sans crier gare, il y en a une qui vient briser les idées reçues et apporte un peu de fraîcheur à un genre moribond. C’est assez rare mais quand ça arrive le plaisir est assez intense. Et Trop Loin pour toi (encore un film qui hérite d’un titre français pas génial) en est le parfait exemple. Non pas qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre ou même d’un grand film, mais simplement 1h40 de franche rigolade et de sentiments suffisamment réalistes pour ne pas tomber dans le mielleux dégueulasse. Une histoire de jeunes adultes vivant une situation véritablement difficile, face à un choix toujours cornélien entre raison et passion. Pour mettre en scène cette histoire pas follement originale mais à laquelle on ne peut que croire par sa sincérité, le choix de confier la réalisation à une habituée du documentaire s’avère payant. Après the Kid Stays in the Picture et American Teen, deux docus passionnants, Nanette Burstein se lance dans le grand bain du long métrage de fiction, avec un énorme studio sur les épaules. Beau casting, personnages finement écrits, gags qui font mouche, Trop Loin pour toi ne marquera pas nécessairement les mémoires mais des comédies romantiques de ce niveau c’est tellement peu commun qu’on en redemande.

Pourtant le propos général n’a rien d’exceptionnel ou de terriblement original. Il y avait tout dans le pitch pour nous pousser vers la fuite. Un couple qui se rencontre dans une soirée beuverie, un coup de foudre improbable et une relation à distance. Du déjà vu il est vrai mais le traitement réservé à Trop Loin pour toi par Nanette Burstein dépasse les canons du genre, ou plutôt des genres. En effet si l’ensemble prend bien la forme d’une comédie romantique lambda, on y retrouve également un aspect plus surprenant, celui venu de la comédie « Sundance », la comédie indépendante au style arty pop. Faux film indie mais vrai moment de rigolade, Trop Loin pour toi puise sa force non pas de son scénario cousu de fil blanc mais de ses personnages hauts en couleurs sans pour autant tomber dans la caricature. On en rit beaucoup, c’est clair, mais on a surtout la douce sensation de les connaitre depuis longtemps, preuve qu’ils bénéficient d’une écriture brillante de réalisme.

C’est tellement rare de trouver dans ce genre de film une jeune femme qui n’attend pas forcément le prince charmant, qui parle de n’importe quel sujet crûment, et qui se pose vraiment la question de savoir si elle aspire plus à s’épanouir dans son boulot ou dans une relation. Tout aussi inhabituel de trouver un propos intelligent sur les relations amoureuses et leur complexité. Car si Trop Loin pour toi est un des films les plus intelligents jamais réalisés sur les relations à distance, sujet auquel Nanette Burstein semble avoir absolument tout compris, il dépasse même ce thème en proposant une vision d’une justesse incroyable concernant les relations homme/femme en général. Et bien entendu, avec un propos aussi concret et réaliste on se prend immédiatement au jeu, qu’on y soit naturellement réceptif ou pas. Ainsi, se sentant proches de tous ces personnages et de ce qui les anime, les émotions qui s’en diffusent n’en sont que plus fortes. Les gags sont plus drôles, les scènes émouvantes sont encore plus touchantes, le naturel est la clef de la comédie intelligente, certains ne l’ont toujours pas compris. D’autant plus qu’autour du couple principal gravite une galerie de personnages secondaires des plus savoureux et forcément mémorables.

Rien d’extraordinaire au niveau de la mise en scène. Pas vraiment inspirée mais portée par une belle énergie, Nanette Burstein se paye quelques effets de style amusants mais signe un film assez classique dans la forme, privilégiant largement le fond à la forme. Il en résulte une comédie bien torchée mais sans être exceptionnelle. Comme on l’a dit plus haut, Trop Loin pour toi mise tout sur les personnages et leurs relations. Ainsi ce sont avant tout des numéros d’acteurs permanents. Au centre le couple Drew Barrymore et Justin Long. Elle apporte sa fraîcheur et sa cool attitude éternelle, son naturel également, lui apporte son look de beau gosse assez commun duquel on se sent immédiatement proche. Mais autour d’eux les seconds rôles ne sont pas en reste, que ce soit du côté des personnages masculins comme féminins. Le duo Charlie Day / Jason Sudeikis possède une puissance comique juste démente, ce dernier portant superbement la moustache. Du côté des femmes, Christina Applegate est irrésistible dans le rôle de la mère de famille névrosée et maniaque. Preuve qu’un casting intelligent peut faire un film.

[box_light]Pas simple l’univers de la comédie romantique. Tous les films du genre se suivent et se ressemblent. Mais de temps en temps un film comme Trop Loin pour toi apporte un courant d’air frais. Pas inoubliable, pas extraordinaire, le premier film hors documentaire de Nanette Burstein est pourtant une excellente surprise. Traitant intelligemment et avec justesse des enjeux d’une relation amoureuse à distance, Trop Loin pour toi n’a aucun mal à convaincre le public trentenaire pour lequel il est évidemment calibré. Une relation d’un naturel désarmant, des personnages réalistes et hauts en couleurs, un groupe d’acteurs formidables. Voilà la recette d’une comédie romantique qui écrase toutes les autres. Très drôle et rafraîchissant, on n’en demandait même pas autant.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Erin et Garnett sont très bien ensemble, même quand ils ne le sont pas. Lorsqu’Erin, jeune étudiante en journalisme, part pour San Francisco terminer ses études ; son petit ami Garrett, jeune découvreur de talents musicaux, reste à Manhattan poursuivre ses ambitions dans l’attente d’une promotion qui lui a été promise. Grâce à la connexion d’une webcam et le programme miles "grand voyageur", ils avancent tous deux leurs pions naviguant au travers des pièges et problèmes de communication de leur amour Est-Ouest, évitant les mauvais conseils d’amis et de certains prédateurs célibataires pour qui "je suis pris" n’est pas un obstacle. Mais, lorsque leur attente semble tirer à sa fin, Erin décroche le job de ses rêves en Californie, tandis que la carrière de Garrett s’emballe à New York. Les grandes retrouvailles tant attendues pourraient les séparer pour de bon…à moins que leur amour ne tienne bon.