TRON : L’Héritage (Joseph Kosinski, 2010)

de le 24/01/2011
 
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En 1982, 2 évènements majeurs : votre serviteur poussait son premier cri et Steven Lisberger réalisait le premier TRON. Si le premier évènement fut injustement passé sous silence, le second fut une véritable révolution. En effet, en 1982, l’ambiance des jeux vidéos était aux Pac Man, Pong et autres Space Invaders, et on y jouait sur borne d’arcade exclusivement. Et avec TRON le spectateur se retrouvait propulsé dans un monde virtuel complet, en 3D, qui atomisait toute la production vidéoludique. Un film loin d’être parfait (réalisé sans le moindre talent) mais un film prophète à l’image du personnage de TRON, nourri à la poésie numérique. Presque 30 ans plus tard, Disney remet le couvert avec à la barre Joseph Kosinski, architecte, spécialiste en infographie et réalisateur de spots publicitaires à succès (dont le fameux « Mad World » pour le jeu vidéo Gears of War), choix rempli de risques mais tellement logique à la vue du résultat. Une chose est sure c’est que celui qui aurait très bien pu s’appeler TRON 2.0 ne pourra que déstabiliser le public, y compris toute la frange geek à laquelle il semble faussement s’adresser. Car il ne faut pas se leurrer, afin de rameuter le public le plus large en salle on nous a vendu un blockbuster d’action hyper stylé à coups de fights au ralenti et de course de motos futuristes. Sauf que TRON : L’Héritage ce n’est pas vraiment ça. De l’action il y en a mais avec parcimonie. L’univers de Moebius a laissé sa place à la génération Jonathan Ive. Les couleurs flashys sont abandonnées au profit d’un monochrome aux néons. Et avec son budget titanesque de 170M$, TRON : L’Héritage n’est rien d’autre qu’une (un peu trop) longue symphonie crépusculaire et désincarnée, une plongée glaçante et improbable dans un univers full 3D qui éclate la rétine et une pure oeuvre sensorielle. Si Disney avait eu la bonne idée d’embaucher un vrai scénariste, on tenait là un chef d’oeuvre. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Il est bon de savoir que si cette suite respectueuse de TRON premier du nom s’adresse en partie aux spectateurs vénérant l’original, elle est clairement ouverte à un nouveau public. Comprendre par là qu’il n’est pas nécessaire d’avoir vu le premier pour suivre le second, ce qui est plutôt une bonne chose car découvrir TRON aujourd’hui risque de créer une folle désillusion face au culte qui existe autour (s’ils étaient révolutionnaires à l’époque, les SFX paraissent aujourd’hui appartenir à la préhistoire). Mais parlons tout d’abord de ce qui fâche, car derrière la claque graphique il y a tout de même de sacrées déceptions. En premier lieu il y a ce scénario parfois inepte. Malgré la présence à l’écriture de Steven Lisberger épaulé de quatre scénaristes dont Edward Kitsis et Adam Horowitz (ces mecs ont bossé sur la série TV Lost tout de même!) on a droit à un récit flemmard, d’un classicisme qui choque face à la révolution visuelle en route et qui finit même par contredire complètement le propos de départ en soulignant la « beauté inégalable d’un lever de soleil » face au monde virtuel. D’ailleurs ce qui s’annonçait comme la quête initiatique de Sam dans le monde crée, en partie, par son père, se transforme en aventure bien trop simpliste pour marquer les mémoires. D’autant plus que les plus belles idées de ce scénario sont sacrifiées sans raison valable, en particulier le personnage de TRON, sous-exploité, ou les ISO qui représentaient une forme d’évolution fascinante de cet univers.

Ajoutons à cette erreur majeure un Jeff Bridges rajeuni numériquement absolument hideux (et pourquoi est-il la seule création virtuelle à avoir une gueule numérique?) et on tient déjà de quoi en refroidir un certain nombre. Cependant, à côté de ces problèmes évidents, TRON : L’Héritage possède de sérieux atouts pour lui. En premier lieu ce mélange entre modernité extrême des décors et costumes et une mise en scène à l’ancienne. Joseph Kosinski ne tente pas le diable et se contente de filmer l’action plutôt que de la créer avec sa caméra, chose plus qu’appréciable même si la conséquence inévitable est qu’à l’inverse de James Cameron sur Avatar il a du mal à intégrer la 3D (pourtant la technologie n’avait pas trouvé plus belle justification et utilisation depuis Avatar justement) dans son processus de mise en scène. Néanmoins l’univers crée de toutes pièces s’avère tellement riche, et ce malgré une certaine épure, qu’il suffit au spectateur de lâcher la bride du réel pour se laisser emporter comme rarement au cinéma. Tout simplement car l’immersion dans ce monde fantasmé est totale et qu’il réinventerait presque la notion de cinéma contemplatif. Habituellement dans ce type de cinéma c’est la nature ou la jungle urbaine qui est au centre, ici c’est un univers régi par sa propre physique et que le réalisateur prend un plaisir communicatif à explorer, délaissant son récit prétexte pour un opéra électronique bouleversant les sens.

C’est cette expérience sensorielle nouvelle génération qui propulse TRON : L’Héritage bien au-delà de tout ce qui a été fait jusqu’à présent. Et c’est d’autant plus agaçant de voir que les autres aspects du film ont été à ce point négligé qu’il en résulte une oeuvre terriblement bancale au final. On regrettera le choix de Garrett Hedlund dans le rôle principal, manquant cruellement de charisme, particulièrement quand il se retrouve face à un Jeff Bridges impérial et icônisé à mort. On est agréablement surpris par Olivia Wilde qui apporte bien plus qu’une touche sexy au film tandis que Michael Sheen cabotine comme jamais. On appréciera également les emprunts et/ou clins d’oeils aux mastodontes de la SF, du premier TRON à Star Wars en passant par Matrix (jsute retour des choses pour ce dernier qui empruntait allègrement à TRON). Il est facile de se laisser happer par le ton mystique de ce voyage incroyable, dont l’ingrédient clé s’avère être sa bande son, proprement hallucinante. Les Daft Punk ont fait un boulot remarquable, réinventant à leur sauce la composition d’un blockbuster, se payant le luxe d’une scène dédiée à leur génie et superbement chorégraphiée. Des éléments de contentement, TRON : L’Héritage en est bourré. Des scènes dantesques, une plongée sans filin dans un univers propre, des morceaux de bravoure qui font un peu plus regretter ce scénario presque honteux…

[box_light]On pourrait appeler ça TRON 2.0 ou l’opéra des Daft Punk. TRON : L’Héritage est un film extrêmement ambitieux, qui dépasse facilement son existence purement commerciale, mais bancal. Car au delà de l’immersion totale du spectateur dans un monde crée intégralement, au delà de l’expérience sensorielle d’une puissance rare, au delà de la claque visuelle qui semble avoir 10 ans d’avance, se cache une aventure ramenée au sol par un scénario souvent affligeant et ne profitant jamais de la richesse de l’univers établi. Il n’en reste pas moins que, malgré ce lourd handicap, cette suite au film culte de toute une génération propose un spectacle fascinant et à des années lumières de tous les blockbusters qui inondent nos écrans. Un film qui refuse souvent l’action pour la contemplation, ce n’est pas ce qui était attendu et c’est pourquoi l’accueil public risque d’être frileux. Mais c’est pourtant la raison fondamentale de pourquoi il comporte les germes d’un immense film.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente de Kevin, père et fils s'engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais...