Trishna (Michael Winterbottom, 2011)

de le 11/06/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Depuis les années 90 l’anglais Michael Winterbottom construit une œuvre en dents de scie dans laquelle le médiocre peut faire suite au sublime sans logique apparente. Et après les deux belles réussites que furent The Killer Inside Me et The Trip, décliné en série TV et qui doit énormément au talent fou de Steve Coogan, il dégringole à nouveau avec Trishna, ratage incompréhensible tant le matériau de base était solide. En effet, si rien de l’indique clairement sur l’affiche qui préfère mettre en valeur « la révélation de Slumdog Millionaire« , la bien trop fade Freida Pinto, Trishna est en fait une nouvelle adaptation du roman « Tess d’Urberville » de Thomas Hardy. Un auteur auquel Michael Winterbottom est particulièrement attaché puisqu’il signe ici sa troisième adaptation après Jude en 1996 et Rédemption en 2000. Mais Tess d’Urberville restera à jamais la fragile Nastassja Kinski dans le sublime Tess de Roman Polanski, transposition flamboyante et inatteignable pour le médiocre Trishna qui s’écroule par une succession de choix maladroits et un exotisme de pacotille.

Pour entrer dans un peu moins de deux heures de film, Michael Winterbottom dégraisse un maximum le récit, multiplie les ellipses narratives et sacrifie des personnages qu’il remodèle un peu n’importe comment. En résulte un récit qui ne tient pas la route et se voit truffé d’incohérences qui font plus que frôler le grotesque. Le personnage de Trishna tout d’abord, peu aidé par une Freida Pinto une fois de plus décevante et ne possédant rien d’autre qu’un physique charmeur sans aucun éclat de talent d’actrice, est un de ces personnages de cinéma pour lesquels on devrait ressentir quelque chose mais qui nous laisse sur le bord de la route. Passive, soumise, elle n’a rien de naturel dans son comportement, sauf au début du film. Plus les bobines défilent plus tout cela tourne au grand n’importe quoi jusqu’au final vulgaire et grotesque, qui devrait représenter un sommet émotionnel mais provoque presque un rire embarrassant. Avec une héroïne aussi peu crédible, difficile d’adhérer au propos. Et elle n’est pas aidée non plus par cette très mauvaise idée de mélanger les figures de Alec d’Urberville et Angel Clare en un seul personnage. On assiste ainsi à la construction d’un personnage masculin qui passe d’un extrême à l’autre, du libertin au conservateur, de l’amant au tyran, de l’agneau au loup, et ce sans aucune logique, comme par magie. Tout cela, les personnages étant tout de même le cœur du film, fait de Trishna un film tout simplement incompréhensible, dont on se sent en permanence mis à distance car Michael Winterbottom a décidé que le cinéma lui permettait de faire tout et n’importe quoi, et peu importe ce que pourrait éventuellement penser le spectateur. Une incompréhension qui rejoint finalement le traitement formel du film, à côté de la plaque et brouillon, quand il n’est pas juste maladroit. Trishna est un film dans lequel tout va de travers, signe que les réalisateurs anglais ne sont définitivement pas les choix les plus judicieux pour filmer l’Inde.

La vision de carte postale de l’Inde que livre Michael Winterbottom, tout juste nuancée par une poignée de plans sur des ordures jonchant le sol, n’a finalement rien à envier à celle de Dany Boyle, toutes deux signes d’une Inde fantasmée et exotique. Et cette peinture aux couleurs locales, qui multiplie les plans d’ensemble lourdingues pour souligner encore et encore le lieu de l’action, s’accompagne bien mal d’une mise en scène heurtée et caméra à l’épaule, pour « faire vrai » mais qui n’est qu’une preuve d’un extrême mauvais goût, ou d’une incompréhension totale du sujet filmé. Et quand Michael Winterbottom s’essaye à quelque chose de plus poétique, quand il délaisse ses plans sur les nuques des personnages, qu’il ose le ralenti, la composition orientale de Shigeru Umebayashi, belle réussite du film, met en lumière une vilaine tendance à faire du sous-Wong Kar Wai, qui se confirme à plusieurs reprises. Et pour enfoncer le clou d’un film qui semble échouer dans tout ce qu’il entreprend, Trishna souffre d’un montage proprement atroce. Il faut voir le nombre de scènes de quelques secondes qui s’enchaînent sans raison ni logique avec des vilains fondus, tombant toutes à plat. Mags Arnold n’est pourtant pas un débutant de l’exercice, mais le découpage voulu par Michael Winterbottom est une horreur illogique. L’absence de logique, une constante dans Trishna, à tous les niveaux. Dommage pour l’excellent Riz Ahmed qui ne peut pas faire grand chose et se laisse porter par le naufrage. Mieux vaut revoir Tess, qui ne devrait pas tarder à ressortir dans une copie restaurée, car Michael Winterbottom est passé à côté de tout ce qui faisait la beauté et la modernité de ce récit.

FICHE FILM
 
Synopsis

De nos jours au Rajasthan, Trishna, une jeune paysanne indienne travaille pour son père. Issue d'un milieu défavorisé, elle fait la rencontre de Jay, un séduisant jeune homme fortuné. Charmé, il offre à Trishna de travailler en tant que serveuse dans son hôtel de luxe. Devenus amants, ils vont alors se plonger dans une passion amoureuse, contaminée par une lutte des classes omniprésente.