Trick ‘r Treat (Michael Dougherty, 2008)

de le 26/10/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Petit protégé de Bryan Singer qui produit le film et pour qui il avait signé les scénarios pas vraiment géniaux de X2 et Superman Returns (et aussi Urban Legends 3 mais on va faire l’impasse dessus), Michael Dougherty se lance dans l’aventure du long métrage avec ce Trick ‘r Treat toujours inédit au cinéma en France (décision incompréhensible!) et qui pourtant est une excellente surprise! Un film rafraichissant, loin des fades parodies de films de genre comme en produit Sam Raimi par exemple et qui pullulent dans le cinéma US… il s’agit d’un film d’un véritable amoureux du genre, qui rend hommage à ses ainés sans jamais tomber dans le ridicule de la citation. Il réalise une sorte de film à sketches qui nous rappelle au bon souvenir d’œuvres majeures telles que Creepshow, le genre de film pas vraiment effrayant mais qui vient titiller l’amateur. Ô joie!!

Pourtant à la scène d’ouverture on peut se poser des questions sur la qualité de ce qui va suivre… Construction des cadres, mouvements de caméra, personnages, on se croirait dans Halloween de John Carpenter! Heureusement même si Trick ‘r Treat se passe pendant la nuit d’Halloween (on s’en doutait un peu vu le titre) ce sera la seule référence au chef d’œuvre de Big John. Cette première scène servira simplement à faire un pseudo-lien entre les 4 histoires qui vont se croiser dans un ensemble casse-gueule mais finalement hyper cohérent à l’arrivée. C’est toujours le soucis dans les films à sketches, le manque de cohérence et certaines parties plus faibles que les autres. Pas de ça ici, chaque petite histoire va reprendre un mythe d’Halloween: le boogeyman, les loups-garous, le tueur en série et les zombies maudits (et presque un vampire).

Ce qui est absolument génial dans tout ça c’est que Dougherty aborde le(s) genre(s) avec sincérité et respect, et qu’il livre un film complètement premier degré, jamais cynique ou parodique. En fait on a l’impression de voir un film « d’horreur » comme il s’en faisait dans les années 80-90, des bouts de peloche pas inoubliables, pas choquant, pas effrayant, mais qui vous font passer un excellent moment et très efficaces. Dans ce sens il est clair qu’on se rapproche de ce qu’avaient fait Romero et King sur Creepshow! Une sorte de déclaration d’amour au genre tout en recherchant une certaine forme d’originalité qui sera atteinte plusieurs fois car le réalisateur réussit à nous prendre par surprise alors qu’on avait la certitude d’avoir tout compris.

La narration peut paraître assez chaotique au départ mais une fois que les histoires s’imbriquent il faut avouer que c’est très fluide et cohérent… Ainsi le couple du départ (dont Leslie Bibb) vient tisser un lien logique entre un père bizarre (joué par l’excellent Dylan Baker) qui zigouille du gamin et son fils encore plus taré, une bande de jeunes ados qui veulent jouer à se faire peur et se font prendre à leur propre jeu, un petit boogeyman citrouille qui vient s’incruster chez un vieil ermite râleur (énorme Brian Cox) et une bande de jeunes filles racoleuses dont la plus sage se prend pour le petit chaperon rouge mais qui se révélera surprenante… En plus c’est la belle Anna Paquin qui hérite du rôle, cerise sur le gâteau des réjouissances!

Tous les acteurs sont excellents et impliqués, les SFX old school sont tous réussis dans cet ensemble qui transpire vraiment l’amour du genre. Les quatre histoires sont plutôt inégales mais abordent différents genres avec maestria, naviguant entre horreur et fantastique pour le bonheur du spectateur qui n’en demandait même pas tant. En voyant ce genre de réussite on peut légitimement se demander comment ce film a pu rester inédit aussi longtemps et sortir directement en vidéo. Car en plus de son scénario en béton, la mise en scène est impeccable, on est très loin d’un direct-to-video cheap et mal foutu. On trouve une vraie recherche dans la mise en scène qui réussit même dans de rares moments à créer une tension palpable.

Et comme si ce n’était pas suffisant, le réalisateur nous sort quelques scènes qui resteront. Je pense bien sur à l’orgie/mutation rythmée par Sweet Dreams version Manson, ou encore le fight entre la petite citrouille et Brian Cox, le flashback du bus ou la fin de cette scène dans la carrière! Non seulement elle nous prend par surprise mais l’espace d’un instant, quand se croisent le gamin-citrouille et la surdouée autiste, Dougherty réussit à créer un moment de pure magie macabre comme savait les distiller le Tim Burton de la grande époque. Donc oui en plus de tout le reste on a aussi droit à de belles images!

Malheureusement tout n’est pas parfait. En effet on a jamais peur et tout ça reste quand même un peu trop gentillet pour espérer marquer durablement le spectateur. C’est un divertissement d’Halloween tout ce qu’il y a de plus recommandable sauf si on cherche le frisson… mais la sincérité et l’amour du genre (avec de beaux clins d’œils cinéphiles) qu’il dégage sont suffisants pour en faire un modèle à suivre!

Vu au SMIHFF 2009

FICHE FILM
 
Synopsis

Le soir de Halloween, dans une ville comme il y en a beaucoup, ceux qui ne suivent pas les règles de cette fête le font à leurs dépens...