Transformers 3 : la face cachée de la lune (Michael Bay, 2011)

de le 01/07/2011
 
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Le grand enfant Michael qui fait joujou avec ses gros robots. C’est à peu près la même rengaine critique depuis Transformers et Transformers 2, comme s’il n’y avait pas eu la moindre évolution. C’est se mettre des oeillères que de ne pas accepter de voir la progression artistique de Michael Bay sur cet épisode. Alors c’est certain, on ne transforme pas un âne en cheval de course du jour au lendemain, mais le bonhomme fait des efforts. Il faut dire qu’il n’avait pas vraiment le choix cette fois avec l’impératif de la 3D et la nécessité absolue de rallonger la durée de ses plans. Le résultat est à la hauteur des attentes, ni plus ni moins, car si la franchise évolue considérablement sur le plan de la mise en scène et du montage, pour le reste c’est à peu près la même recette qui nous est servie. Et elle commence à sentir le réchauffé, d’autant plus que les pires fautes sont toujours présentes, même si l’amélioration est notable. Michael Bay n’est toujours pas Ridley Scott ou Steven Spielberg pour livrer du blockbuster haut de gamme, mais il sait contenter son public une fois son rythme de croisière atteint, et personne à Hollywood n’est capable de filmer de la destruction pure avec une telle envergure, avec tout ce que cela implique.

Le gros souci du film vient de sa durée qui dépasse encore le raisonnable. Quasiment 2h40, le piège des grosses baisses de rythme est bien tendu. Et Bay y tombe quasiment immédiatement. Car une fois passée son introduction qui revisite de façon à la fois ludique et enjouée la période de la guerre froide et la conquête de l’espace, il faut se farcir 1h30 qui frisent l’indécence. Un récit aux enjeux humains débiles quand ils ne sont pas absents, un manque total d’implication du spectateur et, en poussant légèrement, une bêtise profonde quant aux enjeux de la saga complète et du leader Decepticon Megatron en particulier, stratège lamentable. 1h30 pendant laquelle il ne se passe pas grande chose et on ne sait pas trop quoi penser devant cette tentative de recherche identitaire qui semble essentiellement hors sujet. Sans même parler du one man show outrancier et minable de Ken Jeong (le chinois de Very Bad Trip toujours adepte des gay jokes un peu nases) qui vient anéantir tout l’aspect humoristique déjà bas du plafond de l’ensemble du film. À part une poignée de séquences, on se dit qu’on tient là non seulement l’épisode le plus mauvais de la saga mais également un blockbuster estival qui ne tient aucune de ses promesses. Puis Michael Bay se réveille.

De la même manière qu’il se cassait les dents sur les tentatives de faire de la science-fiction sérieuse dans la première partie de The Island, il se vautre pendant plus de la moitié de Transformers 3 dans le vide abyssal de la comédie pas drôle, avant de donner tout ce qu’il a en termes d’action. Et là il faut bien avouer que, étant dans son élément, il pond quelques miracles. Bien qu’écourtée, son invasion extra-terrestre est la plus convaincante vue sur un écran depuis belle lurette, les diverses et nombreuses séquences de fight sont toutes plus impressionnantes les unes que les autres et la seule scène de l’immeuble, longue et harassante, proposant des images d’une poésie métallique inédite quand le robot de Shockwave le perce de part en part, vaut le déplacement. Malheureusement, si on ne pourra rien reprocher aux techniciens des SFX qui ont encore une fois fait un boulot remarquable, ce n’est pas suffisant pour faire un grand film d’action. Car en plus de la première heure et demi imbuvable, la seconde a elle aussi droit à son lot de casseroles, et semble souffrir de coupes franches dans le script. Les ellipses narratives et les sauts géographiques fusent à tel point qu’on en vient à perdre pied et à ne plus réussir à suivre l’action. Alors oui, « on s’en fout c’est un film pop-corn » mais non, il convient de faire les choses sérieusement pour parvenir à divertir un public en droit d’être exigent.

La photographie de Amir M. Mokri ne manque pas de panache, la composition de Steve Jablonsky est tonitruante à souhait même si les envolées lyriques finissent par agacer, et Michael Bay soigne sa mise en scène. Dans sa composition des plans qu’il ne peut plus rattraper par un montage cut, on sent l’effort et une certaine humilité quand on voit qu’il ne signe aucun plan-séquence de frimeur comme il a pu le faire par le passé. Au mieux, il se lâche sur un travelling majestueux lors d’une intervention d’Optimus Prime en pleine guérilla urbaine, mais on l’a connu plus excité. Toute la petite heure d’action est un modèle, y compris pour la 3D qui, à défaut de présenter une réelle utilité, est une véritable réussite visuelle. Côté acteurs on prend presque les même et on recommence, en les sentant de moins en moins impliqués, à l’exception de John Turturro qui s’amuse comme un gosse dans le surjeu total. Toutefois on se demande encore ce que viennent faire ici plusieurs acteurs habitués du cinéma des frères Coen. Quant à Rosie Huntington-Whiteley, elle se glisse facilement dans le moule de la femme parfaite selon Michael Bay mais n’efface jamais le souvenir ému de Megan Fox et ses talents pour la mécanique.

Si pour apprécier le spectacle à sa juste valeur il faut se taper 1h30 proprement insupportable, la dernière heure de pure action de Transformers 3 est tellement jouissive, tellement immense, qu’elle justifie à elle seule le prix d’une place de cinéma. ceci dit, il faudra que la prochaine fois Michael Bay repasse par la case montage pour couper dans le gras d’un récit faussement vaste et vraiment ennuyeux. Mais il y a du mieux, et la présence de Spielberg se fait sentir à plusieurs reprises.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un événement mystérieux lié à notre passé éclate au grand jour. C’est la guerre qui menace aujourd’hui notre Terre ; une guerre d’une telle ampleur que l’aide des Transformers pourrait, cette fois, ne pas suffire à nous sauver.