Trance (Danny Boyle, 2013)

de le 08/05/2013
 
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Avec Trance, Danny Boyle opère un retour aux sources de son œuvre, le thriller, genre qui l’a propulsé sur la scène internationale. Mais un thriller pas comme les autres, mental et sexy, et qui à trop vouloir jouer au petit malin plonge dans le gouffre du grotesque. Assez crétin et peu surprenant malgré sa profusion d’artifices, Trance ne manque pas d’idées mais son maniérisme gratuit finit par fatiguer.

Danny Boyle est un cinéaste malin, et il le prouve depuis maintenant 20 ans. Son sens de l’esbroufe et son talent – il faut bien le lui reconnaître – pour manipuler le spectateur en lui donnant l’illusion de films extrêmement denses, quand sa mise en scène maniérée au possible n’est souvent qu’un cache-misère, sont clairement au point. Sur ses 10 longs métrages, on n’en retiendra d’ailleurs que 2 ou 3 solides du début à la fin (Petits meurtres entre amis, Trainspotting et dans une moindre mesure 127 heures) quand tous les autres ou presque ont tendance à s’effondrer dans leur dernier acte. C’est la raison pour laquelle il est complètement passé à côté de ce qui devait être son chef d’œuvre, Sunshine. Quoi qu’il en soit, avec Trance, il livre un petit film dans la veine de ses deux premiers, à savoir un thriller hautement manipulateur qui déploie un arsenal conséquent pour en mettre plein la vue, pour mieux cacher la vacuité de son scénario et ressembler à un grand film noir postmoderne aux yeux de quiconque se laisserait berner. Trance est loin d’être désagréable, notamment grâce à sa durée ramassée qui ne laisse pas vraiment le temps de s’ennuyer, mais il n’est que poudre aux yeux et hystérie pour pas grand chose. Il en faudra plus pour prétendre réinventer le film noir.

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Le problème de Danny Boyle est que quoi qu’il fasse, il semble incapable de poser sa narration. La raison est simple : il n’a pas cette capacité qu’ont certains cinéastes à perdre le spectateur naturellement, il a donc besoin de le brusquer, de le violenter même, ou de l’épuiser. Par cette technique qui altère physiquement la perception du public, il peut lui faire passer n’importe quoi, comme par exemple faire de Slumdog Millionaire un beau film sur l’Inde et même lui faire gagner des oscars. Cependant, si cette profusion d’images modulées trouve un sens en faisant écho au récit dans certains de ses films, elle est parfois d’une telle gratuité qu’on peut sérieusement remettre en cause la sincérité du réalisateur, plus encore que sa prétendue maîtrise. Avec Trance, Danny Boyle nous ressort toute la panoplie du réalisateur qui a confondu film et clip musical avec un seul but : créer une confusion entre réel et imaginaire, le film jouant énormément avec la notion d’hypnose. C’est John Hodge, scénariste de tous les films de Danny Boyle jusqu’à La Plage, qui s’est chargé de tisser cette intrigue en apparence complexe, reposant sur une succession de twists pour, là encore, donner au spectateur l’illusion d’un récit habilement manipulateur. En réalité, ce remake d’un téléfilm éponyme de Joe Ahearne datant de 2001, qui commence comme un film de braquage pour évoluer vers un néo-noir hyper sexué, se revendiquant bien plus intelligent qu’il en l’est en réalité, est le film de tous les excès pour Danny Boyle qui ne pouvait pas rêver mieux pour noyer le poisson. Mais tous les jeux sur les objectifs, tous les filtres ou angles de caméras étranges ne changeront jamais une narration défaillante. Et dans le jeu de manipulation et de séduction dans le milieu de l’art, autant revoir le formidable Thomas Crown de John McTiernan qui n’avait pas besoin d’artifices grossiers pour se montrer aussi ludique qu’intelligent.

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Un film crétin qui voudrait se faire passer pour intelligent est une des choses les plus agaçantes que peut produire le cinéma. D’autant plus que Trance développe en sous-marin un propos sexiste des plus douteux. Qu’il s’agisse de LA scène avec Rosario Dawson qui émoustille tous les mâles en chaleur, d’une bêtise crasse, ce plan surréaliste où la bite de Vincent Cassel (toujours suggérée, les sexes d’homme ne sont pas visibles dans le film) devient une sorte d’objet divin pour elle, et la seule raison pour qu’elle s’y attache, ou de tant d’autres éléments, Trance se montre globalement idiot au moment de traiter son personnage féminin. Un choix d’autant plus paradoxal que le personnage est un pivot du récit, comme dans tout bon film noir qui se respecte. Pour la relecture moderne des motifs fondamentaux tels que la femme fatale, on repassera également. Danny Boyle est bien trop occupé à se prendre pour un Goya du XXIème siècle pour développer une quelconque cohérence. Alors il est vrai qu’il livre toujours des images plutôt léchées, appuyant en quelque sorte son propos sur la chute vertigineuse de l’esprit, avec ses plans embrumés, ses dutch angles permanents et son découpage souvent hystérique, provoquant une certaine émulation. Trance est un film qui a plutôt de la gueule, même si tous ces artifices déjà présents dans ses autres films commencent à sentir le réchauffé. James McAvoy y est fidèle à lui-même, c’est à dire très bon et impliqué, et les relations qui nouent le trio principal s’avèrent assez solides, à défaut de développer une quelconque émotion. Là encore, Danny Boyle force le trait en permanence, qu’il s’agisse de son utilisation de la voix off, du grand angle, ou des séquences explicatives, histoire de ne surtout pas laisser une occasion au spectateur de réfléchir mais de plutôt le guider en permanence et lui donner cette illusion de maîtrise du récit. L’ensemble a beau être ludique, porté par une vraie énergie et une bande son stupéfiante signée Rick Smith, Trance est un film très moyen qui a bien des difficultés à faire illusion.

FICHE FILM
 
Synopsis

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…