Toy Story 3 (Lee Unkrich, 2010)

de le 25/06/2010
 
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Il y a maintenant 15 ans (déjà!) un coup de tonnerre grondait et une révolution avait lieu dans le petit monde de l’animation. C’était la naissance du studio Pixar en tant que studio de production de longs métrages, l’avènement d’un immense artiste, John Lasseter, c’était la sortie du tout premier Toy Story. Choc inoubliable pour toute une génération d’enfants bercés jusque là aux productions Disney, le film clairement destiné à un jeune public redistribuait les cartes de l’animation et imposait les images de synthèse comme une alternative sérieuse à l’animation traditionnelle. La suite on la connait tous, c’est une des plus belles success story de l’histoire du cinéma. Pixar a depuis produit plus d’une dizaine de longs métrages avec un rythme hallucinant, récoltant récompense sur récompense, mais le plus important n’est pas là. Si l’expression peut paraitre un peu facile, le studio impose film après film une maturité carrément sidérante! Faisant appel à de nouveaux talents ou s’appuyant sur leurs valeurs sures, chaque nouveau film fait un pas en avant vers l’universalité du propos. Concrètement, les enfants seront toujours aux anges grâce à des récits d’aventure drôles et plein d’action, mais les spectateurs adultes ne sont pas oubliés, au contraire. On sent depuis les Indestructibles la volonté de mettre en place de façon très naturelle un second niveau de lecture tout simplement inaccessible aux plus jeunes. Et si Wall-E puis Là-Haut semblaient atteindre une sorte de nirvana mélancolique et adulte, nous tirant (presque) des larmes, Toy Story 3 enfonce le clou alors qu’à première vu il s’agissait d’une régression. Lee Unkrich et son équipe parlent à nos souvenirs d’enfant et d’adolescent et signent peut-être le plus grand film du studio Pixar à ce jour, dans le sens où c’est sans doute le plus abouti.

On pourrait parler de timing parfaitement géré par Pixar. 11 ans se sont écoulés depuis Toy Story 2, et il en est de même dans le monde parallèle des jouets. Ainsi, Andy a aujourd’hui 17 ans et se retrouve à la veille de son départ pour l’université. Andy, à quelques années près, c’est l’oeil du spectateur à l’intérieur du film, le personnage qui permet de croire à cette histoire de jouets qui prennent vie, celui auquel on ne peut que s’identifier qu’on aie gardé son âme d’enfant ou pas. En cela Toy Story 3, à l’image des autres productions du studio, n’est vraiment pas un film segmentant qui ne parlerait qu’aux gosses ou aux adultes souffrant du syndrome de Peter Pan. Dans les faits, le film fait rire toutes les générations, fait rêver et éblouit les plus jeunes pendant qu’il fait pleurer les plus âgés. C’est la magie Pixar qui opère une fois de plus, et ce dès la scène d’introduction tout simplement brillante et qui colle d’entrée de jeu un sous-texte hyper nostalgique qui prend de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure que se déroule le récit et qui éclate littéralement dans un final bouleversant.

Là où on pourra voir une simple aventure digne de la Grande Evasion, une succession de gags tous plus drôles et inventifs les uns que les autres ou encore une série de portraits de personnages en pleine dépression que n’aurait pas renié un Wes Anderson sous amphétamines. Des niveaux de lecture multiples pour autant de publics cibles donc, et si l’écran se voit accaparé par les jouets le personnage central n’est autre qu’Andy. Il est la cause de toutes les peines et les joies, de toutes les actions et aventures, mais surtout il nous parle à nous, public de jeunes adultes. Car quel est le sujet central de Toy Story 3 au fond? Au delà de l’évasion, au delà de l’action et de l’humour? C’est l’histoire d’un jeune homme qui devient adulte et qui quitte le nid familial, et qui pose un regard plein de tendresse sur ses jouets qui représentent tout simplement son enfance et ce qu’il en reste. Il n’y a qu’à voir cette scène poignante et qui résume à elle seule le propos de tout le film, quand Woody assiste caché à l’aveu de la mère d’Andy qui est en pleurs à cause de son départ.

Toy Story 3 est un film profondément nostalgique et triste, c’est ce qui ressort le plus alors qu’on passe 1h40 à rire aux éclats! C’est tout de même très fort! En sortant de la salle, on se pose à peu près tous la même question en essuyant les restes d’une petite larme incontrôlable: qu’est-ce que j’ai fait de mes jouets en quittant la maison familiale? À cette question toute bête Lee Unkrich nous offre la plus belle des réponses. Visuellement, c’est époustouflant, bourré d’idées de mise en scène absolument géniale, maniant l’action comme peu de blockbusters hollywoodiens y parviennent et surtout un humour tout simplement ravageur et irrésistible. De nouveaux personnages font leur apparition, bénéficiant tous d’un travail d’écriture qui remet en cause à lui tout seul la crise d’inspiration des scénaristes et de doublages par d’immenses acteurs. Au rayon des nouveautés on retiendra particulièrement le couple Ken/Barbie qui hérite d’une scène tout simplement anthologique, entre autres morceaux de bravoure.

On se prend à rire aux éclats d’un Mr Patate en roue libre ou d’un buzz passé en mode espagnol, et on en prend plein les yeux dans des séquences d’aventures en tous points brillantes. Lee Unkrich maitrise son rythme et dose parfaitement tous les ingrédients pour atteindre son but, divertir le spectateur pour mieux le toucher. Il ne force pas sur le pathos, tout apparait naturellement comme par magie et après des moments dantesques où on se prend à craindre pour l’avenir de ces jouets, on se fait cueillir comme un amateur par un final époustouflant d’émotion. Derrière un pur film d’aventure, Pixar nous emporte par un message aussi simple qu’imparable car il touche à ce qu’on a de plus cher, nos tendres souvenirs d’enfance. Derrière la 3D réussie mais inutile, derrière les gags d’une efficacité rare, derrière la gestion de l’action qui doit faire pleurer Michael Bay de honte, derrière tout cette perfection formelle se cache un récit tendre, lucide et très adulte. Quelle superbe conclusion!!

Merci au club 300 Allociné pour la projection

FICHE FILM
 
Synopsis

Les créateurs des très populaires films Toy Story ouvrent à nouveau le coffre à jouets et invitent les spectateurs à retrouver le monde délicieusement magique de Woody et Buzz au moment où Andy s'apprête à partir pour l'université. Délaissée, la plus célèbre bande de jouets se retrouve... à la crèche ! Les bambins déchaînés et leurs petits doigts capables de tout arracher sont une vraie menace pour nos amis ! Il devient urgent d'échafauder un plan pour leur échapper au plus vite. Quelques nouveaux venus vont se joindre à la Grande évasion, dont l'éternel séducteur et célibataire Ken, compagnon de Barbie, un hérisson comédien nommé Larosse, et un ours rose parfumé à la fraise appelé Lotso.