Total Recall – mémoires programmées (Len Wiseman, 2012)

de le 27/08/2012
 
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Après avoir fait illusion le temps d’un film plutôt cool, Len Wiseman est en plein élan de destruction de symboles de la culture populaire et du cinéma de genre. Après avoir ridiculisé John McClane dans l’effroyable Die hard 4 – Retour en enfer, il ouvre le bal des remakes des films de Paul Verhoeven en transformant son paranoïaque Total Recall en produit boursoufflé et sans âme qui n’a ni légitimité ni raison d’exister.

On ne va pas trop s’étendre sur les raisons qui ont pu pousser un studio à lancer le projet d’une nouvelle version de Total Recall de Philip K. Dick. Au delà d’un objectif purement commercial, il n’y en a pas. Paul Verhoeven avait livré l’adaptation idéale tout en s’éloignant de la nouvelle originale et son Total Recall traverse les âges sans aucun problème. Pourtant on nous bassine depuis des mois avec cette nouvelle version censée être plus proche du récit original, et ce grâce à une dream team de scénaristes mise en place pour l’occasion et composée de Mark Bomback (l’horreur Die hard 4 – Retour en enfer c’est lui) et l’inénarrable Kurt Wimmer qui, à part deux ou trois miracles inexplicables (il a réalisé Equilibrium et co-écrit Thomas Crown de John McTiernan), ressemble presque à ce qui se fait de pire en termes de scénariste à Hollywood avec Ultraviolet, Salt ou Double Trouble. Pendant un temps, Kurt Wimmer devait d’ailleurs mettre en scène Total Recall – mémoires programmées sauf qu’un réalisateur de génie se trouvait disponible au même moment et que l’avoir aux manettes c’était s’assurer la présence de sa femme, la Kate Beckinsale. Ce génie, qui avait réussi un petit tour de force avec le bruyant, poseur, gothique et cool Underworld il y a 10 ans, est essentiellement aujourd’hui celui qui a tué Die Hard avec ce quatrième épisode crétin qui faisait éclater au grand jour sa non compréhension des mécanismes de l’action ainsi qu’une absence de réflexion sur la légende. Avec Total Recall – mémoires programmées, il en remet une couche dans sa grande entreprise visant à souiller les icônes des années 80.

Total Recall – mémoires programmées est très précisément ce qu’un bon film de science-fiction, d’action ou pas, ne doit pas être. Pour fonctionner, un tel univers se doit avant toute chose d’être tangible, hors celui que développe Len Wiseman est tout entier construit sur des aberrations qui défient les lois de la physique ou de la logique. Dans Total Recall – mémoires programmées on nous annonce qu’il ne reste plus que deux zones habitables sur Terre, une partie de l’Europe gouvernée par l’Angleterre et l’Australie rebaptisée « la colonie ». Cette seconde zone, immense sur la carte et dont on ne verra qu’une poignée de quartiers, est une sorte de gigantesque bidonville du futur souffrant clairement de surpopulation mais où n’importe quel ouvrier peut vivre dans un appartement immense. la seule logique là-dedans est que les cités se sont développées dans la verticalité. Mais la grande idée dans cet univers branlant est la mise en place d’une sorte d’ascenseur type Space Mountain gigantesque qui permet de traverser la planète d’un bout à l’autre, en passant par le noyau. Cet ascenseur, baptisé « la chute » (financé par la boisson Oasis ? On ne le saura jamais) traverse donc tranquillement une zone chauffée à 5000°C régie par une pression atteignant les 3.5 millions de bars, et qu’on aurait donc réussi à percer sans vraiment changer quoi que ce soit au comportement de la Terre. OK. Tout aussi fou, on nous annonce que le voyage d’un bout à l’autre ne dure que 17 minutes. Et ce pour parcourir 12000 kilomètres. Cet ascenseur magique bouge donc à 43000 km/h, du délire, et les passagers peuvent lire et boire leur café tranquillement pendant le voyage. Alors il est vrai que ce type d’incohérence tient du détail sauf que tout l’univers de Total Recall – mémoires programmées est ainsi construit et ces bêtises se répercutent logiquement sur le déroulement de l’action. On assiste ainsi médusé à un festival de grand n’importe quoi qui viole allègrement toute logique spatiale ou temporelle en prenant le spectateur pour un demeuré incapable de remettre quoi que ce soit en cause. Un exemple parmi d’autres : lors de la dernière chute, qui semble bizarrement durer des plombes, Doug Quaid va s’amuser à ouvrir une sorte de hublot en pleine traversée du noyau terrestre, avant de grimper paisiblement le long de l’appareil qui avance à pleine vitesse, sans forcer. Total Recall – mémoires programmées, ou l’incohérence érigée en tant que principe narratif. Mais s’il n’y avait que ça…

[quote]A quoi sert Rekall ? A rien.

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Dans cette relecture de la nouvelle originale qui fait table rase du passé, Len Wiseman ne peut s’empêcher d’enchainer les clins d’œils vulgaires au film de Paul Verhoeven, prouvant une bonne fois pour toutes que le projet dans son ensemble n’a que faire de la cohérence. Ainsi Doug Quaid évoque son rêve de voyager sur Mars (mais n’ira jamais), on y croise furtivement une femme à 3 seins sans raison valable (dans l’original il y a des mutants) et une grosse dame en jaune qui lance le cultissime « Deux semaines » là encore simplement pour payer un hommage bas du front au film de Verhoeven. Total Recall – mémoires programmées n’est qu’un pauvre blockbuster bas de gamme qui tente péniblement de développer un récit linéaire au possible et sans le moindre enjeu dramatique, qui oublie que l’idée originale tournait autour de la paranoïa et la schizophrénie du héros, qui n’utilise le principe des souvenirs de Rekall que comme déclencheur et non comme thème central tout en se vautrant de façon spectaculaire au niveau de la rythmique de la narration. Les deux heures du film paraissent en durer dix, et ce n’est pas avec les quelques scènes d’action torchées à la va-vite, et sans doute par le réalisateur de seconde équipe Spiro Razatos, qui vont élever le niveau. Bien au contraire, le moindre combat ou la moindre fusillade s’avère tout simplement incompréhensible, preuve que même un plan séquence dans un espace assez réduit peut devenir un vrai brouillon. Il en est de même pour tous ces pompages éhontés qui vont de Blade Runner à Minority report, en passant par Le Cinquième élément, donnant au film un aspect de patchwork visuel sans âme. Cadré à l’arrache, monté mollement, bourré de mouvements de caméra qui ne servent à rien, à tel point que la profusion de travellings circulaires finissent par ressembler à un running gag (au moins 3 identiques en 2 minutes lorsque Doug Quaid utilise son téléphone du futur qu’il faut coller à une vitre pour bien l’utiliser…). Len Wiseman est tellement à côté de la plaque qu’il refuse de croire que des plans posés ne ruinent en rien le rythme d’un film, et la preuve se trouve devant les yeux du spectateur. Il est sans doute trop occupé à filmer les fesses de Kate Beckinsale et de laisser tous ses acteurs en roue libre qui ont rarement été aussi mauvais, tous venus prendre leur chèque sans aucun investissement, et en premier lieu Colin Farrell. Même le pourtant très bon Paul Cameron (directeur de la photographie sur Collatéral et Man on Fire) fait n’importe quoi avec la lumière en truffant chaque plan de lense flares dégueulasses qui n’ont souvent pas lieu d’être, signe que ce triste Total Recall – mémoires programmées n’avait vraiment pas lieu d’être. Mieux vaut oublier cette horreur et revoir le film de Paul Verhoeven qui s’est payé une belle réédition en blu-ray.

FICHE FILM
 
Synopsis

Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?