Total Recall (Paul Verhoeven, 1990)

de le 16/05/2009
 
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Il y a toujours un risque à revoir après de longues années un film qu’on a vu des dizaines de fois et qu’on tenait pour culte étant enfant. Dans les années 80/90 les jeunes garçons allait voir les films avec Arnold Schwarzenegger simplement car il était à l’affiche, peu importe la qualité du film tant que notre demi-dieu était à l’image et fracassait le plus de monde possible… L’âge et une certaine culture aidant, on porte forcément aujourd’hui un autre regard sur ces films qui ont fait notre jeunesse, certains sont objectivement très mauvais, d’autres comme Total Recall continuent de nous émerveiller mais pour d’autres raisons… Outre le charisme indiscutable du gouvernator (car niveau acting on ne peut pas vraiment dire qu’il soit très subtil mais il impose une vraie présence c’est certain) c’est bien la présence derrière la caméra du hollandais fou qui entre Robocop et Basic Instinct ajoute une nouvelle pierre à l’édifice de son oeuvre gigantesque.

Il y a quelque chose de magique à se faire rencontrer l’espace d’un film LA star du film d’action (en 90 Schwarzy a déjà derrière lui Predator, Commando et les deux Conans… ça en fait des morts tout ça) et l’auteur de S.F. le plus passionnant, Philip K. Dick (pour les plus belles adaptation, Minority Report et Blade Runner, pour les plus mauvaises Paycheck et Next). Le film est « inspiré » de la nouvelle We Can Remember It For You Wholesale mais il s’agit là de bien plus qu’une inspiration, il s’agit de bien plus que d’un seul écrit de K. Dick. Total Recall est un film qui entre complètement dans le cadre de la réflexion schizophrénique Dickienne. Chez l’auteur les apparences sont toujours trompeuses et les personnages ne sont jamais qui ils croient être profondément. Le film suit cette logique pour le personnage de Quaid mais l’étend à sa structure même.

Cette dimension schyzophrène est la grande force de Total Recall. Pendant presque 2h on ne sait jamais vraiment si ce qu’on voit est la réalité ou si on se trouve dans le souvenir implanté par Rekall… Verhoeven joue avec nos nerfs et pousse le vice à son paroxisme lors de la séquence de l’hotel Hilton dans laquelle on se retrouve en plein doute! La scène a du pas mal inspirer les frères Wachowski pour Matrix sauf que chez Verhoeven Neo (enfin Quaid…) pète la gueule à Morpheus et lui crache la pilule rouge dessus!! C’est là toute la différence entre deux façons d’aborder le cinéma de Science-Fiction… et un indice pour le spectateur qui jusque là avait réussi à de persuader que ça n’était pas un rêve… Le réalisateur profite aussi de la belle opportunité qui lui est donnée pour s’exprimer sur les égarements d’un gouvernement devenu trop présent et balance de belles piques non dissimulées!

La mise en scène inspirée de Verhoeven permet au film de ne jamais baisser de rythme, accompagnée par la partition barbare de Jerry Goldsmith qui ici est fortement inspiré par le travail de Poledouris sur Conan (on s’en rend compte dès le générique d’ouverture).

Les acteurs sont excellents, même Sharon Stone (si si!) et Michael Ironside excelle encore une fois dans un rôle de bad guy bien nerveux. Le film est très généreux en hémoglobine et la plupart des effets spéciaux, qu’ils soient gores ou pas, sont réussis et surtout très marquants (la bonne femme à l’aéroport et ses « deux semaaiines » a longtemps été un traumatisme). D’autres par contre ont pris un sacré coup de vieux, tout comme les décors, costumes et coiffures hyper kitchs qui trahissent bien l’âge du film à une époque où la mode allait être aux couleurs fluos…

Total Recall a ouvert la voie à ce qu’on pourrait assimiler à un blockbuster de Science-Fiction, avec un scénario en béton qui nous permet de se creuser les méninges pour savoir si Quaid a vécu tout ça ou si ce n’était qu’un rêve… On n’aura jamais la réponse et ça n’est pas grave tant ce film est une réussite sur tous les tableaux! Et puis des punchlines aussi savoureuses que le mythique « consider it as a divorce » ça n’a pas de prix!

FICHE FILM
 
Synopsis

2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu'il est sur la planète Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s'efforce de dissiper ce fantasme. Doug va bientôt s'apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental. Il se souvient d'un séjour réel sur Mars, à l’époque où il était l'agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s'envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé.