Toscan (Isabelle Partiot, 2010)

de le 29/11/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Toscan. Un titre qui aurait très bien pu être celui d’un opéra de Verdi. Une chance étant donné l’amour sans limites que portait Daniel Toscan du Plantier, figure mythique du cinéma européen, à cet art majeur. Ce documentaire, le premier s’intéressant d’aussi près à l’homme, nous vient d’Isabelle Partiot-Pieri, metteur en scène d’opéra et figure de l’ombre de divers opéras filmés, de Carmen de Francesco Rosi à Tosca de Benoît Jacquot en passant par Madame Butterfly de Frédéric Mitterrand. Elle fut également l’assistante de Daniel Toscan du Plantier sur sa seule mise en scène, Don Giovanni à l’opéra de Monte-Carlo en 1983. À travers ce documentaire, terme se prêtant ici à la discussion, elle cherche non seulement à rendre un hommage mérité à la légende disparue en 2003 mais livre ce qui s’apparente à une véritable déclaration d ‘amour à l’homme qui aura eu un impact des plus notables sur le septième art. On rejoint ici la limite du documentaire, à savoir que dans Toscan on ne retrouve pas la moindre impartialité. Il s’agit d’un film totalement à la gloire de Daniel Toscan du Plantier et rien d’autre. Mais comme on la comprend à la vision de travail d’historien de l’image! Il n’a sans doute pas été simple de rassembler toutes ces séquences d’interviews pour en arriver à un ensemble homogène, mais elle a réussi. Cependant, si tout cinéphile sera bien évidemment comblé par le flot d’informations, le spectateur lambda risque bien de rester totalement hermétique.

Toscan est à rapprocher d’un autre documentaire du même type sorti il y a quelques temps, Maradona par Kusturica, bien entendu pas par le sujet mais le ton est plus ou moins le même. Ce film transpire l’amour pour l’homme et son oeuvre. Le tour de force reste de mettre en avant un personnage de producteur, habituellement homme de l’ombre, mais Daniel Toscan du Plantier n’était pas de ces gens là, c’était une véritable personnalité publique, du genre à fasciner autant qu’à agacer. Car en apparence il était une sorte de nabab, transformant souvent ce qu’il touchait en or et incroyablement séduisant par son phrasé légèrement hautain empreint des restes de la bourgeoisie dont il était issu. Mais derrière le personnage haut en couleurs trônait un homme passionné par l’image et la musique, et c’est de cet homme là que Toscan nous parle.

De cette succession d’interviews où finalement c’est Toscan qui parle de Toscan, se dégagent quarante années de cinéma, une fenêtre ouverte sur le septième art pour lequel il a tant oeuvré.  Parmi toutes ces images d’archive on croise entre autres Frederico Fellini, Peter Greenaway, Ingmar Bergman, Robert Bresson, Andrei Tarkovski ou bien entendu Maurice Pialat sur lequel on s’attarde un peu plus, rappelant au passage l’accueil réservé à Sous le soleil de Satan à Cannes. Toscan parle de sa passion pour Roberto Rossellini, de ses relations parfois complexes avec tous ces génies du cinéma qu’il a soutenu pour livrer des dizaines de chefs d’oeuvres, il y évoque les femmes de sa vie, le drame de l’assassinat de Sophie, son amour pour l’opéra qu’il imposera au cinéma (dont le titanesque Don Giovanni de Joseph Losey), de ses années Gaumont, Arte, Unifrance, du festival de Cannes ou des Césars… il en ressort le portrait d’un homme à la sensibilité à fleur de peau derrière une image publique quelque peu exagérée comme pour masquer des blessures.

Mais Toscan aborde les sujets de l’identité, de la vie et de la mort. À ce propos le film de se clore sur cet échange: « À quoi servez-vous Daniel Toscan du Plantier? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Mais j’espère que d’autres le sauront après ma mort… ». Lui qui aimait Nietsche, lui qui aimait les femmes au point de décorer les murs de chez lui de toiles de nu, il restait insaisissable pour lui-même. L’hommage est beau et passionné, et pour n’importe quel cinéphile s’intéressant un minimum à l’histoire du cinéma, Toscan est une oeuvre indispensable. Et ce malgré la forme de l’oeuvre parfois maladroite, et surtout dans cette manœuvre de passer en noir et blanc des images d’archive en couleur car le résultat est parfois assez moche il faut le dire. Mais l’essentiel n’est pas là, l’essentiel est qu’il était nécessaire de rendre hommage à ce grand homme qui à son échelle a permis au cinéma d’avancer.

[box_light]Oeuvre documentaire extrêmement partiale, Toscan se veut être un hommage doublé d’une déclaration d’amour. Daniel Toscan du Plantier y est omniprésent bien sur, partageant parfois l’affiche avec quelques monstres sacrés du cinéma européen mais parlant avant tout de lui. Avec pudeur on découvre un vrai passionné de cinéma bien sur, mais également d’opéra. Bercé des plus belles oeuvres de la musique classique, ce portrait documenté éclaire la légende sous un nouveau jour et passionne d’un bout à l’autre, comme un concentré d’histoire dont certains actes nous étaient étrangers. Ainsi on lui pardonnera une légère maladresse dans la mise en forme, faisant parfois tâche face à la beauté du propos. Le genre de film à réserver uniquement aux amoureux du cinéma toutefois.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Toscan… Daniel Toscan du Plantier. Producteur infatigable, notamment de Fellini, Pialat, Antonioni, Scola, Wajda, Deville, auteur de quatre livres, chroniqueur, directeur d’une maison de disques et d’une maison d’édition, président d’Unifrance… Impossible de réduire Daniel Toscan du Plantier à une fonction ou à son image médiatique. A sa disparition, quarante ans de vie par et pour le cinéma et l’opéra s’envolent. Sous des dehors de baladin flamboyant qui célébrait l’art et la vie comme une fête, l’homme rayonnait par son esprit et son talent pour transmettre sa passion à chacun. En reconstituant à partir de plusieurs centaines d’interviews réalisées sur près de 30 ans le puzzle de cette pensée si fidèle à elle-même, ce documentaire souhaite souligner combien la conviction et l’enthousiasme de Daniel Toscan du Plantier restent décidément indispensables.