Tomboy (Céline Sciamma, 2011)

de le 21/04/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes en 2007, Naissance des pieuvres en agaçait autant qu’il en avait conquis. Une chose est certaine, ce premier film marquait surtout la naissance d’une artiste. Arrivant quatre ans plus tard, même s’il a été tourné en une vingtaine de jours pour conserver une certaine spontanéité chez les acteurs, Tomboy a lui bénéficié d’une présentation à la dernière Berlinale. Preuve que Céline Sciamma est déjà une bête de festival? Pas sur, car Tomboy n’est pas tout à fait la merveille louée ici et là. Il  y a au départ un sujet en or, une petite fille qui se fait passer pour un garçon, et au final il n’y a rien de bien original. Certes c’est un beau film, évidemment, dans ses thèmes surtout, mais il manque ce petit quelque chose qui en ferait plus qu’une gentille chronique estivale d’une enfance trouble. En voulant éviter à tout prix les pièges de la démonstration, de la théorie ou du jugement, Céline Sciamma semble noyer son point de vue et livre un film à la fois fascinant et anodin.

Littéralement un « tomboy » dans la langue de Shakespeare (pas certain qu’il apprécierait d’être associé à de l’argot, ceci dit) c’est un garçon manqué. C’est la petite fille dont on a tous un lointain souvenir d’écolier et qui ne jouait pas à la poupée mais plutôt au foot ou aux G.I. Joe, mais qui n’est pas nécessairement devenue lesbienne contrairement à ce que sous-entend la « thèse » de Tomboy. Car oui, Céline Sciamma a beau essayer d’éviter tous les pièges, elle tombe dans celui-ci, plus vicieux en quelque sorte. Elle semble faire une grossière erreur en ne différenciant que très peu le comportement d’une jeune fille qui se sent mieux dans l’apparence d’un garçon et les prémices de son attirance sexuelle. Pour simplifier, et même si cela n’est sans doute pas le propos de la réalisatrice, le comportement de la petite Laure s’apparente à un simple artifice pour masquer sa future homosexualité. Et ceci est un peu réducteur car si les deux choses peuvent clairement être liées, elles ne le sont pas nécessairement.

Ce point de discorde important écarté, il convient d’avouer que Tomboy est un film souvent fascinant. Imparfait, mais bourré de belles choses. Ainsi, la thèse évoquée ci-dessus s’efface parfois au profit d’une émotion brute magnifique, à l’image de ces dialogues de rencontres où le « qui es-tu? » deviens lourd de sens. Il y a ces séquences dans la forêt, comme hors d’un espace-temps défini. Ou encore la relation trouble avec les parents sans qu’on sache tout à fait quel est leur passif. À ce niveau d’ailleurs Céline Sciamma réussit une petite prouesse car sans ne jamais rien énoncer, et simplement par la douceur de sa captation, elle accouche de séquences et dialogues ambigus. Jamais elle ne tend vers le politiquement incorrect, et c’est d’ailleurs paradoxalement un des gros reproches que l’on peut lui adresser, mais pourtant cette ambiguïté (par exemple entre Laure et son père) apparaît toute seule, de façon assez fascinante là aussi. Pour le reste on retiendra quelques passages critiques comme la confection d’un sexe en pâte à modeler pour pouvoir se baigner avec les copains ou une partie de foot, mais globalement si les intentions sont là, il manque quelque chose. Une tension dramatique sans doute, qui irait plus loin que cette romance sous forme de crise identitaire en pleine période pré-adolescente. Dans cette bulle temporelle estivale, figure chérie des auteurs français, on aurait aimé que la réalisatrice soit finalement plus incisive, moins sage. Elle avait tous les éléments en main pour faire oublier Boys don’t cry de Kimberly Peirce, ce n’est pas le cas à l’arrivée.

C’est sans doute également la faute à une image délaissée au profit de ces fantastiques acteurs. Tous sans exception sont exceptionnels, avec Zoé Héran en tête bien sur, impeccable dans son double rôle et sa chute programmée vers le premier gros drame de sa vie adolescente. Mais paradoxalement elle se fait plusieurs fois voler la vedette par Malonn Lévana qui interprète sa petite soeur. Et son personnage devient assez vite le plus passionnant de par les trésors d’intelligence précoce et de manipulation égoïste dont elle fait preuve. Et passionnée par ses acteurs – on la comprend – Céline Sciamma ne soigne pas autant son image que sur son premier film qui semble ultra stylisé. Ici avec son 5D elle signe une mise en scène souvent plus proche du téléfilm que du cinéma. C’est peut-être ici aussi une volonté d’éviter la démonstration de force, mais Tomboy aurait mérité mieux qu’un traitement un peu fade, tellement typique de ce cinéma…

[box_light]Beau film par son sujet, l’éveil des sens d’une jeune fille se déguisant en garçon à l’aube de son adolescence, Tomboy n’est pas pour autant la franche réussite que tout le monde semble voir. Un peu maladroit dans le traitement de son thème casse-gueule, visuellement pas très beau, le second film de Céline Sciamma est clairement imparfait. Ce qui ne l’empêche pas d’être fascinant sur de nombreux points, notamment les rapports familiaux ou cette création d’une bulle temporelle estivale. D’autant plus que les jeunes acteurs y sont pour la plupart stupéfiants.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Laure a 10 ans. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres… suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret.