Tolstoï, le dernier automne (Michael Hoffman, 2009)

de le 07/12/2010
 
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Les Cosaques, Guerre et paix, Anna Karénine, Résurrection. En 4 romans et nombre d’oeuvres annexes, le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, plus connu en tant que Léon Tolstoï s’est imposé comme l’une des figures majeures de la littérature russe du XIXème siècle devenu par la suite une sorte de guide spirituel et philosophique aux analyses tout simplement passionnantes. Étrange qu’il ait fallu attendre si longtemps pour voir débarquer ce grand humaniste au cinéma, dans un biopic qui lui est consacré. En l’occurrence avec Tolstoï, le dernier automne (titre pompeux auquel on lui préférera The Last Station, en référence à la gare d’Astapovo où il est mort et dont l’horloge est arrêtée depuis sur 6h05) on s’intéresse à la fin de vie de Tolstoï et à l’homme plutôt qu’à l’écrivain. Choix étrange que met en scène Michael Hoffman, habitué des oeuvres ultra classiques, telles que Le Club des empereurs ou Le Songe d’une nuit d’été. À l’arrivée Tolstoï, le dernier automne s’avère être une sorte de grand téléfilm de luxe peu ambitieux mais sauvé par une bande d’acteurs tous magistraux.

Ce dernier automne qui nous est conté ici nous montre un Tolstoï vieillard dans sa période mystique où il était déjà devenu un symbole et un maître à penser prônant une vie simple sans attache matérielle, les prémices de la doctrine communiste en quelque sorte. L’auteur autour de qui s’articule le film en est pourtant souvent absent. On y voit les fameux tolstoïens, communauté suivant les préceptes du maître et montrés comme une sorte de secte d’abrutis incapables de penser par eux-mêmes, on nous sert une romance en guise de cerise sur le gâteau, aussi fade qu’inutile, on en oublie le géant aux idées révolutionnaires qui s’en retrouve presque amoindri pour un temps. Le principal problème dans tout ça c’est que les idées de Tolstoï justement, elles sont mises de côté, atrocement simplifiées le temps d’entrer dans de brèves lignes de dialogue. Le traitement est des plus réducteurs.

Au lieu de ça on nous sert une oeuvre sous forme de fresque historique à l’amplitude réduite qui s’intéresse plus à l’entourage de Tolstoï et comment il a fini ses jours. Les luttes de pouvoir entre sa femme Sofya, pleine d’amour et d’incompréhension mais traitée de façon suffisamment ambiguë pour qu’on la devine vénale, et Vladimir Chertkov, proche de l’auteur s’étant attribué la pensée tolstoïenne pour la plier à ses désirs de conquête du peuple. Alors oui ces intrigues de couloirs parviennent à nous happer, en grande partie grâce aux compositions des acteurs, mais quand on traite un sujet de l’ampleur de celui de Léon Tolstoï on est en droit de s’attendre à quelque chose de plus profond que ce témoignage un peu fade de celui qui fut son assistant pendant une courte période et qui l’idolâtrait tout en se rapprochant de sa femme. Il manque clairement au film la profondeur morale des pensée de l’auteur qui en aurait fait une oeuvre majeure plutôt que ce film beau mais atrocement creux au final.

Tout n’est pas noir pour autant car on y trouve une certaine réflexion sur l’idéalisme et le dogme, la frontière ténue entre ces deux notions nous apparaissant par intermittence, sans que cela ne constitue le centre du propos. Comme on pouvait s’en douter Michael Hoffman traite le tout avec application mais sans l’envergure d’un grand metteur en scène. La reconstitution de la Russie de l’époque est réussie jusque dans les costumes mais sa mise en scène manque terriblement d’ampleur et tombe à plat la plupart du temps. C’est tellement académique que ça devient presque insignifiant, au niveau d’un téléfilm historique avec de gros moyens derrière. D’autant plus que dans le dernier acte il tombe dans un sentimentalisme insupportable. Mais comme on l’a dit plus haut, Tolstoï, le dernier automne est sauvé du gouffre par sa distribution. Christopher Plummer force l’admiration dans son incarnation du vieux maître, même si l’entendre parler anglais et non russe choque quelque peu. Paul Giamatti livre également une prestation remarquable toute en nuances. Est-il un immonde salopard ou est-il sincère? On en vient à douter. James McAvoy est la bonne surprise de ce casting, dans le rôle de l’assistant il parvient à nous toucher. Mais comme souvent c’est Helen Mirren qui s’impose, bluffante du début à la fin en femme délaissée et blessée dans sa chair et son amour, elle y est bouleversante.

[box_light]Vaste sujet que celui de Léon Tolstoï qui se voit ici traité de façon surprenante. La pensée de l’auteur philosophe n’est inscrite qu’en filigrane, Michael Hoffman préférant s’intéresser à l’agitation qui a entouré les derniers mois du maître à penser de tout un peuple. Si les thèmes de doctrine et d’idéologie dangereuse sont plutôt bien traités, on s’ennuie quand même pas mal devant la reconstitution sublime mais mollassonne, mise en scène sans fougue ni ambition. Mais derrière ses aspects de téléfilm de luxe émergent un quatuor d’acteurs exceptionnel duquel s’élève comme souvent une Helen Mirren tout simplement bouleversante. Mais cela reste une petite déception tout de même… et un biopic raté de plus.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Après cinquante ans de mariage, la comtesse Sofya Andreïevna, épouse aimante et dévouée de Léon Tolstoï, voit son monde s'écrouler soudain sous ses pieds. Au nom de sa nouvelle religion, le célèbre écrivain est en effet prêt à renoncer non seulement à son récent titre de noblesse, mais aussi à ses biens et à sa famille, décidé à terminer ses jours dans la pauvreté, l'austérité et la chasteté. Sofya Andreïevna qui a dédié sa vie à cet époux extraordinaire, lui a donné treize enfants et a même copié Guerre et Paix à six reprises de ses propres mains, découvre avec horreur les agissements du fidèle disciple Chertkov qui essaie de convaincre le grand Tolstoï de modifier son testament en laissant les droits de ses romans au peuple Russe plutôt qu'à sa famille ! Aussi indignée que révoltée et blessée, la comtesse se bat férocement contre ce qui constitue à ses yeux une insupportable injustice vis-à-vis d'elle et de ses enfants. Tout empire quand la passion qu'elle met à rappeler à son époux, les années, les difficultés et surtout leur amour, sert davantage le dessein de Chertkov et conforte Tolstoï dans son désir de simplicité, d'authenticité et de paix.