Time Out (Andrew Niccol, 2011)

de le 05/11/2011
 
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Andrew Niccol est un personnage trop rare. Aussi à l’aise derrière la caméra qu’à l’écriture d’un scénario (on mettra simplement de côté celui du Terminal de Spielberg, pas vraiment le plus glorieux pour les deux bonhommes) , il s’est tout de même imposé en trois films comme le type le plus intéressant d’Hollywood au moment de créer des films d’anticipation. Le scénario de The Truman Show est une merveille sublimée par Peter Weir, Bienvenue à Gattaca est un modèle, tandis que Simone vaut bien mieux que sa piètre réputation et reste aujourd’hui encore une oeuvre assez géniale de par ce qu’elle ouvre comme réflexions sur notre société. Et si Lord of War marquait une scission claire dans cette oeuvre en se focalisant sur le présent, Andrew Niccol nous prouve avec Time Out, son premier film depuis 6 ans, qu’il n’a rien perdu de ses préoccupations ni de son talent de conteur. Andrew Niccol est un homme d’idées, bien qu’il soit extrêmement réducteur de ne le limiter qu’à ça, mais c’est un fait : il trouve des concepts géniaux. Et jusqu’à présent ils ont été transformés en films tout aussi passionnants. Time Out – nouveau titre de In Time, modification amusante encore une fois – est une surprise car non seulement Niccol trouve encore un concept incroyable, mais il opère un brutal retour aux sources de son cinéma.

S’il sera facile de limiter Time Out à une illustration de l’expression « le temps c’est de l’argent », analyse simpliste qui se retrouvera un peu partout, il convient de mettre le film en perspective avec l’oeuvre que construit Andrew Niccol depuis une quinzaine d’années. Ce qui intéresse le plus le réalisateur, c’est la création d’univers d’anticipation dans un futur très proche, particulièrement inscrit dans notre présent. Pour réveiller les consciences, pour sonner l’alarme ou simplement pour exorciser ses peurs profondes ? Difficile à dire mais ses phobies sont terriblement actuelles. Après les dérives de la science et de l’entertainment, il poursuit avec Time Out la peinture d’une société non seulement aliénée mais dans laquelle l’évolution s’accompagne d’une régression obligatoire. Alors certes l’idée prédominante est celle du temps qui passe de notion impalpable à quelque chose de bien plus concret, proposant au passage une perspective fascinante sur la dérive d’une société qui va de plus en plus vite, ne prenant jamais le temps de se poser, d’observer, de réfléchir. Mais ce concept hautement excitant n’est qu’un prétexte, et cela risque bien d’accentuer la frustration du spectateur. Car Andrew Niccol va simplement utiliser cette idée pour conter une toute autre histoire, celle qu’il affectionne tant du couple face à la société. Ainsi il est frappant de voir à quel point Will Salas et Sylvia Weis ressemblent à des variations, dans un futur alternatif, de Vincent Freeman et Irene Cassini, le couple de héros de Bienvenue à Gattaca. Time Out, plus qu’un récit d’anticipation, est un film d’aventure, une parabole révolutionnaire et une romance. Si ce dernier aspect est assez mal traité, les sentiments entre les deux protagonistes étant quelque peu artificiels, les deux autres fonctionnent à plein régime. Andrew Niccol nous rappelle à quel point il maîtrise la mise en scène de la fuite, rappelant au passage à quel point Michael Bay ratait l’exercice dans The Island, et parvient à insuffler une tension désespérée à son récit. Il est vrai qu’en surface on navigue dans quelque chose d’assez connu, entre Robin des Bois et Bonnie & Clyde, mais dans le fond quelque chose de profondément tragique se joue. Andrew Niccol crée ainsi un futur proche probable, sans abuser d’artifices – les costumes et véhicules ne sont que des améliorations de modèles connus par ailleurs très inspirés des années 70 – afin de ne pas parasiter l’ensemble de son histoire par une overdose visuelle. ce qui se trame dans le fond, c’est un récit finalement classique, celui d’un jeune homme issu du niveau le plus bas de l’échelle sociale et dans lequel un puissant va remettre tout son espoir pour l’humanité. Un symbole fort pour un film qui l’est tout autant, passant de l’onirisme à la course sans fin sans se soucier de certaines notions de « réalisme » qui n’ont de toute façon pas vraiment leur place dans ce type de cinéma. Certes une femme court à toute vitesse avec des talons de 12cm, mais on s’en fout un peu, et réduire le film à ces détails et petites incohérences n’a pas lieu d’être.

Tout l’intérêt de Time Out vient de ses symboles de lutte des classes, de son ton révolutionnaire et de son concept génial. Les luttes se jouent sur deux niveaux, entre les riches et les pauvres mais également entre les rebelles et les « timekeeper ». Lutte sociale mais lutte d’idées également, avec d’un côté le couple qui cherche à remettre en cause tout un système et de l’autre les gardiens de la tradition. Des thèmes universels qui se retrouvent ainsi cristallisés dans chaque personnage, tous plus tragiques ou pathétiques les uns que les autres, donnant lieu à quelques égarements malheureux dans les caractérisations ou dans des sous-intrigues pas toujours à leur place pour maintenir un vrai rythme. Andrew Niccol joue également de façon assez habile avec la répétition, dans les situations mais également dans les personnages, créant une sensation de cycle impossible à interrompre. Le plus bel exemple étant la mère se retrouvant dans l’amante (mimétisme sidérant entre Olivia Wilde et Amanda Seyfried), avec à la clé deux séquences magnifiques d’émotion qui se renvoient l’une à l’autre. Peu démonstratif dans sa mise en scène, Niccol préfère créer des ambiances, et bien appuyé par la composition de Craig Armstrong et la photographie à tomber du génial Roger Deakins, il livre un nouveau petit bijou d’anticipation mélancolique, un film-fantasme dont la résolution ne gâche en rien l’univers criant de tristesse.

FICHE FILM
 
Synopsis

Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l'argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut "gagner" du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d'années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte.