This Must Be the Place (Paolo Sorrentino, 2011)

de le 28/08/2011
 
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Paolo Sorrentino est devenu le nouveau petit chouchou de Cannes. Sur 5 films, 4 se sont retrouvés en sélection officielle et l’un d’eux, Il Divo, est même reparti avec le prix du jury l’année où Sean Penn était président, l’année où il récompensait de façon totalement absurde Entre les murs. Ceci expliquant la présence du génial acteur dans la première expérience américaine du metteur en scène italien. Le bougre ne fait pas les choses à moitié pour sa première fois et signe le film le plus maladroit de l’année, d’assez loin. Est-ce par bêtise ou par conviction? Difficile de trancher, mais ce qui est certain c’est qu’il se plante sur toute la ligne avec cet essai nauséabond qui mélange tout en dépit du bon sens. Sans doute conscient qu’après un tel outrage, deux heures pleines franchement difficiles à avaler, il ne pourra plus jamais planter sa caméra chez l’oncle Sam à moins d’un malentendu, il balance tout ce qu’il peu dans une sorte de bouillie filmique sans queue ni tête, qui tente de jouer la carte du road-movie initiatique. Pétri de bonnes intentions qu’il ne montre jamais à l’écran, Paolo Sorrentino montre cruellement à quel point il n’était pas mûr pour l’expérience américaine et fait preuve d’une maladresse incroyable qui transforme son trip léger-mais-pas-trop-car-il-parle-de-la-shoah en un objet ridicule et carrément obscène dans sa dernière bobine. Le genre d’image dont on se passerait bien volontiers.

Les réalisateurs étrangers qui vont mettre en scène un road-movie aux USA, ce n’est pas nouveau. Au hasard Paris, Texas, modèle assez évident de Paolo Sorrentino qui fait même appel à Harry Dean Stanton pour ceux qui n’auraient pas bien compris, ou My Blueberry Nights. Seulement, là où Wong Kar Wai suivait les traces de Wim Wenders en proposant de vraies rencontres américaines en parallèle de son récit qui correspondait totalement à son cinéma, l’italien Sorrentino se fourvoie complètement. This Must Be the Place commence pourtant bien, Sean Penn balayant d’un souffle négligé dans sa chevelure improbable les craintes légitimes que nous pouvions nourrir sur son personnage. On s’habitue assez vite à son look largement inspiré de Robert Smith et sa diction surréaliste. On se prend même d’affection pour lui quand est dessinées la relation qu’il entretient avec sa femme (impeccable Frances McDormand). À vrai dire, toute la première partie fonctionne plutôt bien et on s’attache assez vite aux personnages. Amusant, poétique, un brin rêveur, This Must Be the Place s’ouvre réellement sur les bases les plus saines, sauf que cela ne tient pas sur la longueur. Entre les acteurs, tous clairement impliqués, la mise en scène plutôt virtuose et la bande son, tout est là. Puis rapidement, Paolo Sorrentino commence à patiner. Une rock star qui se cherche, une relation avortée avec un père aujourd’hui disparu, la volonté de faire le bien autour de soi, à tout cela vient s’ajouter quelque chose de plutôt inattendu : une chasse au nazi. Pas vraiment dans la veine d’Inglourious Basterds, le personnage de Cheyenne étant plutôt du genre à tourner au ralenti, plutôt une chasse sous forme d’enquête aux indices bien trop faciles, aux résolutions un peu bêtes, aux rencontres qui mises bout à bout construisent une carte de l’Amérique dans laquelle tout n’est que cliché. Dans une succession de séquences auxquelles manquent un véritable fil conducteur, Sorrentino se perd en route, et son film lui échappe complètement. L’intrigue fait du surplace, l’errance de Cheyenne perd de plus en plus de sens, et le réalisateur va jusqu’à la symbolique absurde lors de la séquence de l’auto-stoppeur indien, grotesque.

Paolo Sorrentino n’a visiblement pas peur du ridicule, grand bien lui fasse. Sauf que ce qui n’était finalement que potache finit par devenir carrément nauséabond. Dans le dernier acte de This Must Be the Place se met en place une réflexion dégueulasse qui va complètement contre le propos initial. En effet, l’idée de la rock star en héros était excellente, comme une glorification courageuse des excentriques, mais Sorrentino ne l’assume pas. Dans sa conclusion il nous énonce fièrement que pour grandir, l’homme doit laisser derrière lui le maquillage, le rouge à lèvres, la coiffure improbable et les fringues venues d’un autre monde. La normalité comme idéal en somme. Grotesque, l’esprit rock revendiqué est tout simplement piétiné. Pour pousser la bêtise encore plus loin, il va jusqu’à dire qu’un homme qui ne se met pas à fumer est en fait resté un enfant. On applaudit. Mais finalement, si tout ceci est déjà l’idéal pour enfoncer un film qui partait de façon plus que charmante, ce n’est rien comparé au propos sur la vengeance juive. Dans une séquence carrément obscène, Paolo Sorrentino va jusqu’à illustrer un ancien nazi tel un déporté de l’holocauste. Un vieillard nu dans la neige, la scène n’est même pas maladroite, elle est ignoble, puante, et ne sert absolument aucun propos qui se réclamerait évolué. Dommage, car même si tout est totalement gratuit, Paolo Sorrentino livre une petite démonstration technique de mise en scène, sauf que jamais elle ne s’accorde au propos, souligne sa vacuité, et n’apporte donc rien. Au final on ne retiendra que les compétences de technicien du réalisateur, l’interprétation hallucinée d’un Sean Penn impressionnant et la bande son magnifique. C’est trop peu pour faire passer le goût de vomi dû à certaines séquences.

FICHE FILM
 
Synopsis

Cheyenne est une ancienne star du rock. A 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. Il décide de poursuivre, à travers l'Amérique, la vengeance qui hantait son père.