Troll Hunter (André Øvredal, 2010)

de le 22/07/2011
 
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La mode du mockumentary (ou documenteur, ou faux documentaire) ne semble pas prête à s’estomper. De l’Espagne à Hollywwod, tout le monde y va de sa contribution au genre avec plus ou moins de talent et/ou de réussite. Pour un grand Cloverfield, combien de Paranormal Activity pourris? Beaucoup trop, on fait plus que friser l’indigestion de ces machins filmés avec les pieds et auxquels nous serions censés pardonner toutes les erreurs grossières de mise en scène sous prétexte qu’ils adoptent un style documentaire amateur. Quoi qu’il en soit, et alors qu’une des franchise à avoir relancé cette mode va l’abandonner au profit de quelque chose de plus classique ([REC]³ Génesis ne sera à priori plus en vue subjective), c’est au tour de la Norvège de céder à la vague déferlante du mockumentary, alors que les pays nordiques proposent justement un des cinéma de genre parmi les plus léchés visuellement de toute la planète. Bref, dans l’idée c’est une erreur qui s’efface derrière un concept assez fou, créer de toutes pièces une idée de chasse aux trolls. The Troll Hunter repose sur ce seul principe, montrer à l’écran des monstres de mythes et légendes nordiques, et ce sous un angle plutôt ludique, celui de la comédie. Étrange.

Faussement humble, The Troll Hunter est avant tout un objet cinématographique clairement pensé pour faire parler de lui et se vendre à l’international. La sincérité toute relative de l’entreprise disparaît en effet assez rapidement, quand jamais ne s’impose l’idée qu’il pourrait s’agir d’un véritable documentaire. Concrètement, André Øvredal a cherché le buzz plus qu’un vrai film, et il l’a vraisemblablement trouvé tant The Troll Hunter a fait parler de lui pendant de longs mois avant de s’imposer comme une relative déception de festival en festival, à la manière de ces si nombreux pétards mouillés qui arrivent chaque année. Tout n’est pas à jeter dans son film, au contraire il y a même plein de choses assez fascinantes, et notamment cet humour totalement improbable mais qui fonctionne. Un humour forcément grotesque et assez froid mais qui fonctionne sans problème dans toute la première partie, jusqu’à une sorte de climax de comic-book lors de la scène du pont. le soucis est que tout sonne faux, malgré l’humour qui impose un second degré. Comme si le réalisateur roublard en profitait pour masquer le fait qu’il n’avait pas grand chose à raconter.

[quote]À part les trolls, du déjà vu en tellement mieux…

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Et en effet The Troll Hunter ne raconte rien, ou presque. Et d’ailleurs ce qu’il raconte, d’autres l’ont déjà raconté avant lui et en mieux. Pour un film de monstre à la porée politique, autant revoir le chef d’oeuvre The Host, et pour le documenteur en mode rigolo avec des créatures géantes autant essayer de voir (cette petite bombe n’étant pas sortie chez nous) l’excellentissime Dai-Nihonjin du génial Hitoshi Matsumoto (réalisateur de Symbol) qui, pour le coup, imposait quelque chose d’original. Car malgré ses qualités évidentes et ce plaisir immédiat qu’il peut procurer, The Troll Hunter n’est qu’une farce qui sent la redite et la prétention plus qu’autre chose. Et c’est d’autant plus dommage que la mythologie derrière est passionnante, et que certaines séquences sont carrément anthologiques.

En effet, il faut bien avouer que le film possède un vrai pouvoir d’attraction, par la seule présence de ces trolls. Ils sont d’ailleurs au final le seul véritable intérêt de l’exercice qui tourne à vide. Dès leur première apparition la magie opère. Entre « réalisme » et effets cheap, les créatures fascinent rapidement puis deviennent carrément impressionnantes dans la dernière partie dantesque. Le soucis est qu’on a beau être impressionnés, logiquement, on en ressent pas pas grand chose. Ni attachement à des personnages lisses et mal écrits, ni émotion, ni peur, ni rien du tout. On assiste simplement à ce spectacle qui sent la démonstration un brin gratuite et assez vaine, cherchant à chaque instant à montrer quel point elle a tout pour être culte. Sauf que ça ne prend pas, on a déjà vu tout ça, mis en scène par de vrais réalisateurs. Prendre une caméra numérique et la bouger dans tous les sens ne s’appelle pas de la mise en scène, et ces amateurs qui n’ont rien compris devraient prendre des cours devant Cloverfield justement, qui malgré ses faiblesses montrait une technique de cinéma irréprochable. Du vent donc que ce Troll Hunter dont on ne retiendra pas grand chose, si ce n’est une poignée de scènes brillantes et un humour qui fonctionne pas mal. Pour le reste il s’est déjà évaporé dans les limbes des fausses petites productions opportunistes.

FICHE FILM
 
Synopsis

Armés d'une caméra vidéo, un groupe d'étudiants norvégiens se lance à la recherche de mystérieuses créatures qui sèment la pagaille dans la région. Durant leur traque, ils vont découvrir un mystérieux braconnier surnommé le "chasseur de Trolls".