The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)

de le 16/05/2011
 
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S’il ne devait rester en mémoire qu’un seul film attendu sur la Croisette cette année, c’était lui. Il y était même attendu depuis l’année dernière, et toute cette attente ne pouvait pas aboutir que sur du positif. Depuis quelques semaines, malgré des images et une bande annonce sublimes, à pleurer, une légère crainte s’est installée.Et si The Tree of Life n’était finalement que la publicité pour EDF que certains ont cru voir dans le trailer? Et si on avait attendu trop longtemps? Et si Terrence Malick n’était pas infaillible? Des craintes malheureusement justifiées. Pour son cinquième film, Terrence Malick se plante, pour la première fois de sa carrière qui ne comportait QUE des chefs d’oeuvres. Et le plus malheureux dans tout ça est qu’on ne peut même pas tout mettre sur le dos d’une attente trop importante, d’espoirs trop grands. Non, The Tree of Life est un film raté, un film bâtard, une énorme erreur de parcours qui nous rappelle que même les plus grands font des erreurs parfois. Mais cela reste un film fascinant car Malick ne s’est pas transformé du jour au lendemain de génie pur en gros nul. Il a simplement trébuché sur un projet qu’il porte en lui depuis bien trop longtemps et sur lequel il a perdu le contrôle.

Pendant 2h30, une durée considérable, Malick va s’essayer à la métaphysique, lui le spécialiste de la poésie et de la philosophie filmées. Et il apparaît comme évident que ce n’est pas son truc. Pourtant, tout part à la perfection. Pendant presque une heure, le grand film qu’on attendait se dévoile sous nos yeux, et il est immense. Une mise en scène aérienne et en mouvement perpétuel, comme dans les plus belles envolées lyriques du Nouveau Monde, de beaux acteurs dirigés avec assurance, des milliers de thématiques passionnantes qui s’entrouvrent, tout semble réuni pour que The Tree of Life soit le chef d’oeuvre qu’il devait être. C’est assez incroyable car Malick trouve encore comment nous étonner et comment nous passionner. Il commence à dessiner un portrait de l’éducation dans les 50’s, trace les contours d’une réflexion sur le deuil, flirte avec des notions mystiques, et c’est passionnant, vraiment. D’autant plus que c’est merveilleusement réalisé, comme on pouvait s’en douter. Il parvient même, le temps d’une séquence monstrueuse qui élève Tree of Life sur les traces de 2001 l’odyssée de l’espace, à toucher du doigt le grand cinéma cosmique. Un trip monumental et hypnotique dans lequel le cosmos tutoie les micro-cellules, quelque chose d’indéfinissable se met en place sur un mode lyrique et les larmes sont au bord des yeux. Et même quand il invoque ses dinosaures, il y a un sens, c’est loin d’être ridicule. On se prend au jeu, on se laisse emporter, et le retour sur Terre est d’autant plus brutal.

On prend vite conscience que tout cela tourne à vide. La mise en scène n’a plus rien d’inventif puisqu’il recycle les mêmes cadres, les mêmes mouvements, la même rythmique, jusqu’à l’overdose. Puis il semble mettre en place sa thèse. La citation de Job en introduction n’était pas là que pour la frime, The Tree of Life devient une oeuvre biblique, dans sa démesure et dans son message. mais biblique au sens le plus bête, dans des basses bondieuseries sans grand intérêt réflectif. Pire, dans son dernier acte surréaliste, il embrasse un message assez dérangeant, comme si Terrence Malick devenait le gourou d’une drôle de secte et prêchait pour sa paroisse. Non, définitivement, Tree of Life développe un discours qui pose problème. Et c’est incompréhensible, douloureux même, de voir cet apôtre de la toute puissance de la nature tomber dans son contraire absolu en récitant ses prières à travers les voix off de ses personnages. C’est terrible de voir ce spectacle si beau plastiquement se transformer en véhicule magistral de modernité pour un message si rétrograde.

Comment celui qui nous avait fait tant réfléchir sur notre propre condition humaine a-t-il pu tomber si bas? Aurait-il perdu toute confiance en son public pour autant le materner, le prendre pour un imbécile et tout lui répéter des dizaines de fois? car non seulement on assiste à un désaveu total par rapport à ses quatre films précédents mais Malick met tout en place pour nous écraser. Ainsi si sa caméra est bien en mouvement permanent, il utilise essentiellement la contre-plongée au ras du sol. Pour se mettre à la hauteur de ses personnages qui sont essentiellement des enfants? Peut-être, mais la sensation qui prédomine est celle d’un artiste qui se prend pour le tout puissant et regarde son audience de très haut. Et c’est désagréable de la part de celui qui nous a offert les plus belles réflexions philosophiques du cinéma. Toutefois il reste de Tree of Life de très grands moments de cinéma, de l’émotion brute et des voyages extraordinaires. Il reste un grand Brad Pitt (Sean Penn est presque en caméo) en symbole d’une éducation stricte, il reste le trip astral et la composition exceptionnelle d’Alexandre Desplat, il reste la poésie filmique et le portrait enfantin un brin naïf. Mais ce qui restera, c’est l’impression d’un film composite raté et une grosse déception qui masquent presque ses immenses qualités.

Trop attendu, trop fantasmé, trop tout, The Tree of Life est une déception, une de celles qui font descendre les légendes de leur piédestal. Le cinquième film de Terrence Malick n’est pas honteux, il est juste incompréhensible, en l’état et mis en perspective avec son oeuvre globale. En 2h30 il touche au sublime sur le plan visuel mais se vautre dans son message aux relents parfois méprisables, en choisissant lourdement la voie de la grâce plutôt que celle de la nature. Allez, même les génies ont droit à l’erreur, et on croit fort au prochain qui n’arrivera pas dans 6 ans cette fois.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...