The Town (Ben Affleck, 2010)

de le 09/09/2010
 
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Ben Affleck est un réalisateur en pleine construction, il ne faut pas l’oublier à la vision de The Town, et ce même si son premier et brillant essai Gone Baby Gone avait fait forte impression. Il ne faut pas s’attendre à revoir la perfection ultime de Heat, Michael Mann avait déjà plusieurs longs métrages et épisodes de séries TV à son actif quand il a réalisé son chef d’oeuvre. Pourtant la comparaison est quelque part inévitable: un film de braquage, un type qui veut raccrocher, une love story compliquée à gérer qui apparaît au milieu, ce sont en effet des éléments qui caractérisent Heat mais the Town n’a clairement pas l’ambition de tenter de détrôner l’indétrônable maître étalon du polar tragique, car Affleck est apparu comme un metteur en scène classique dans la veine d’Eastwood, et non un esthète comme Mann. Ainsi, si on peut comparer sur certains points de l’intrigue les deux films, sans que jamais the Town n’arrive aux épaules de Heat, il convient de relativiser les choses et de ne pas y voir du sous-Michael Mann car il parait évident que Ben Affleck n’avait pas cette prétention là. Son nouveau film, sélectionné à la Mostra de Venise Hors Compétition – belle reconnaissance même si sans doute trop rapide – est un polar pur jus, maîtrisé de bout en bout et d’une efficacité sans failles. Deux heures qui filent à toute vitesse et qui confirment tout le bien qu’on pouvait penser de Ben Affleck réalisateur qui poursuit des thématiques qui lui sont chères, dresse le portrait magnifique d’un des pires quartiers de Boston et livre un film sérieux, classique dans la forme, évidemment sous influence, mais de haute volée. Toujours pas de chef d’oeuvre en vue mais il y arrivera un jour s’il continue sur cette voie, car le bonhomme possède vraiment quelque chose et qui lui manquait cruellement en tant qu’acteur.

D’un côté le film de braquage héritier de Heat doublé d’un de polar US des années 70 façon Serpico et ses personnages au moins aussi important, sinon plus, que l’action elle-même, de l’autre des portraits d’hommes perdus et un récit de rédemption quasi impossible. Au milieu, la ville. Ce n’est pas pour rien si le film se nomme the Town, car bien qu’elle ne soit là qu’en arrière plan le plus souvent, sauf quand Affleck sort son grand angle et nous la montre en time-lapse. Elle est alors seule à l’écran, toute puissante et pleine de vie pendant qu’elle engloutit les siens dans un destin qui les dépasse. Ben Affleck porte énormément d’affection envers les faibles et laissés pour compte, les petites frappes des quartiers auxquels personne ne s’intéresse. C’était le cas dans son scénario de Will Hunting puis dans Gone Baby Gone, les petites gens pris dans des tragédies qui les enterrent, embourbés dans une vie dont ils ne peuvent que rarement s’échapper car il faut bien un jour ou l’autre payer le prix de ses erreurs passées.

Bien entendu de the Town on retiendra ses trois grosses scènes d’action, un braquage de banque, une attaque de fourgon blindé et une fusillade urbaine (le modèle Heat est bien présent), trois tours de force. Mais ce qui restera ce sont ses personnages. Ni tous blancs ni tous noirs, Affleck s’est appuyé sur le roman de Chuck Hogan, « Prince of Thieves », pour créer des personnages vraiment complexes. Tous portent leur fardeau lié à ce quartier dans lequel on est voyou de père en fils. C’est d’ailleurs un sujet que manque quelque peu the Town, la paternité. Si les « relations » entre Doug et son père sont relativement exploitées, celle entre lui et cet enfant qui pourrait être son fils sont complètement écartées, tout comme l’esquisse de triangle amoureux qui tourne légèrement à vide. The Town c’est finalement et avant tout le portrait d’un homme, le seul qui ait décidé de sortir de l’environnement urbain qui les détruit tous, et qui se retrouve coincé entre son désir de liberté et son attachement à ceux qui ont toujours été les siens. Ce dilemme est parfaitement illustré par sa relation avec Claire, relation fondée sur une passion nourrie de mensonge, tout comme sa vie toute entière.

Et malgré le fait que ce soit cet aspect social, cette étude comportementale, qui frappera, l’aspect polar n’est pas en reste et s’affirme comme le pendant violent nécessaire au doute et au pessimisme ambiant. « On ne peut pas s’en sortir, on est coincés ici, alors profitons-en jusqu’à notre dernier souffle », voilà à quoi pourrait se résumer l’état d’esprit du petit groupe de braqueurs, le personnage de Doug étant à part puisqu’il cherche à changer de vie sans pour autant craindre la mort ou quoi que ce soit. Relativement posée dans toutes les séquences intimistes, la mise en scène d’Affleck révèle toute sa puissance et son énergie lors des séquences d’actions qui s’avèrent tout simplement bluffantes de la part d’un « débutant ». Que ce soit au niveau du rythme, du placement dans l’espace ou du découpage, ces scènes s’avèrent être d’une efficacité redoutable tout en s’éloignant du modèle « in your face » de Heat. On n’en atteint jamais les sommets mais on est devant quelque chose de propre et réalisé avec talent et énergie, à tel point que Ben Affleck réussit souvent à nous couper le souffle, en particulier lors d’une scène de poursuite qui est une des plus réussies depuis celle de la Nuit nous Appartient, et qui nous laisse le souffle court.

Côté casting, Ben Affleck n’a sans doute pas eu l’idée du siècle en se donnant le premier rôle. S’il est largement meilleur que d’habitude, on a encore un peu de mal à y croire quand il joue les bad boys, mais il s’améliore très nettement. Par contre pour le reste c’est excellent. Si son personnage est légèrement sous-exploité, Rebecca Hall s’affirme comme une révélation, Jeremy Renner confirme après Démineurs qu’il maîtrise incroyablement la rage contenue derrière un physique de gentil nounours, Jon Hamm est aussi impeccable que dans la série Mad Men, bref que du très bon. On regrettera juste que le personnage bien torturé de Blake Lively soit autant massacré et laissé de côté, il y avait un beau potentiel.

[box_light]Avec the Town Ben Affleck poursuit son étude des petits voyous des quartiers irlandais. Il signe un polar/film de braquage fortement influencé par Heat mais qui s’en démarque finalement assez largement, ne serait-ce que sur la forme. Il y apporte une étude de personnages assez brillante et livre des portraits d’hommes tous plus passionnants les uns que les autres tant il semblent perdus. Après la révélation de Gone Baby Gone, the Town est la belle confirmation d’un talent évident pour la mise en scène chez Ben Affleck qui n’a sans doute pas fini de nous étonner.[/box_light]

Crédits photos: @ Warner Bros. Pictures
FICHE FILM
 
Synopsis

Doug MacRay est un criminel impénitent, le leader de facto d’une impitoyable bande de braqueurs de banque qui s’ennorgueillit de voler à leur gré sans se faire prendre. Sans attaches particulières, Doug ne craint jamais la perte d’un être cher. Mais tout va changer le jour où, lors du dernier casse de la bande, ils prennent en otage la directrice de la banque, Claire Keesey. Bien qu’ils l’aient relâchée indemne, Claire est nerveuse car elle sait que les voleurs connaissent son nom… et savent où elle habite. Mais elle baisse la garde le jour où elle rencontre un homme discret et plutôt charmant du nom de Doug….ne réalisant pas qu’il est celui qui, quelques jours plus tôt, l’avait terrorisée. L’attraction instantanée entre eux va se transformer graduellement en une romance passionnée qui menacera de les entraîner tous deux sur un chemin dangereux et potentiellement mortel.