The Thing (Matthijs van Heijningen Jr., 2011)

de le 11/10/2011
 
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Cette vague de remakes qui bat son plein à Hollywood (et sur laquelle nous avons tenté une approche ici) ne trouve de véritable justification que dans deux cas : soit l’oeuvre originale, et forcément culte, souffre de suffisamment de tares pour faire l’objet d’une « amélioration (La Colline a des yeux) soit un metteur en scène aux obsessions claires va y apporter une nouvelle vision comme pour exorciser quelque chose dans son rapport au film (Scarface de De palma ou… The Thing de Carpenter). On n’est pas ici face à une adaptation d’un roman, et donc face à un changement de médium, la comparaison est donc non seulement inévitable mais surtout essentielle afin d’émettre un quelconque jugement. Chez Universal tout le monde savait que lancer le remake d’un des (le?) plus grands films d’horreur de tous les temps c’était gravir un Everest cinématographique. On peut y voir du courage, mais on peut aussi y voir de la bêtise, une absence de réflexion totale et un aveu d’opportunisme. Et soyons clairs, s’il est loin d’être honteux, The Thing version 2011 est un film faible qui, en 1h45 un brin fastidieuses, ne parvient jamais à justifier son existence.

Alors certes tout ceci est à relativiser d’entrée de jeu. Le spectateur qui n’a jamais vu The Thing de John Carpenter (il parait que ça existe) prendra un certain plaisir devant ce remake qui, pris individuellement, est un film assez moyen avec quelques beaux petits moments. Sauf que la version de 2011 n’évolue jamais en marge de celle de 1982, ne lui rend pas d’hommage intelligent non plus, et se tire une nouvelle balle dans le pied à chaque nouvelle séquence. D’ailleurs, si tous les évènements de ce film sont censés nous emmener jusqu’à la fameuse arrivée du chien à la station 31, donnant à The Thing version 2011 le statut « honorable » de préquelle, il convient de ne pas faire preuve de naïveté, il s’agit bel et bien d’un remake. Et pas un des meilleurs. Tout se déroule avant, dans la station norvégienne visitée dans The Thing l’original, mais il s’y passe la même chose. C’est parfois d’une bêtise confondante tant l’ensemble manque de finesse et réfute totalement l’idée même d’une intelligence du spectateur (ou d’une culture). On navigue donc à vue, de scène connue en scène pompée, sans que jamais ne se dessine la moindre personnalité propre. Quand Carpenter créait la peur viscérale par la solitude dans le blanc immaculé, par le huis clos, par une ambiance tétanisante qui virait à l’horreur pure lors de la première apparition de la créature, le jeune Matthijs van Heijningen Jr. qui signe là son premier long métrage préfère des effets de manche aussi ringards qu’inefficaces. Alors oui on sursaute, plusieurs fois même tant il abuse de jump scares, sauf que la peur, la vraie, elle est cruellement absente. The Thing de Carpenter était un film d’horreur nihiliste qui osait des choses démentes et développait un discours symbolique puissant derrière la virtuosité de sa mise en scène et les prouesses techniques des effets spéciaux mécaniques. Son remake est d’une politesse qui ferait presque mal au coeur, se contentant de reprendre parfois des éléments connus (un bloc de glace, un lance-flamme, une hache…) comme pour flatter le cinéphile qui ne serait qu’un amateur de détails. Sauf que la nature de The Thing, son trait d’esprit, son sens, tout est ici balayé. ce n’est pas ça avoir du respect pour un film et lui rendre hommage, ça ce n’est que profiter d’une imagerie pour se faire un nom, et rien d’autre. D’autant plus que dans sa construction, The Thing 2011 évacue tout mystère en révélant en détails certains non-dits qui faisaient toute la force du film original. Plus aucun mystère, ça n’a d’autre conséquence que plus aucun intérêt.

Pas grand chose à redire sur l’exécution technique car si The Thing est un film bête, c’est aussi un film propre mis en scène sérieusement. Mais jamais intelligemment. Quand il reprend quasiment à l’idetnique la séquence de la cuisine de Jurassic Park, il se trompe de film, même si elle reste efficace. Quand il tombe dans la figure imposée du film d’invasion alien avec la visite dans le vaisseau spatial, il se plante encore, ce n’était pas nécessaire et ça appauvrit considérablement le film qui verse alors dans le n’importe quoi. À vrai dire, tout est à côté de la plaque, à part les acteurs qui s’en sortent tous très bien. Mais le déluge de CGI parfois miteux, une volonté de spectaculaire, l’impression de redite permanente et la bêtise générale font de ce remake de The Thing un étrange objet qui n’aurait jamais du sortir des cartons d’Universal. Un film banal et d’une inutilité affligeante, qui démontre dans son absence de discours que les auteurs n’ont absolument rien compris au classique de John Carpenter, qui doit avoir sérieusement mal en voyant le résultat. Aucune raison de se précipiter en salles, autant revoir l’original qui à presque 30 ans n’a rien perdu de son pouvoir de fascination et se paye même une nouvelle jeunesse en HD.

FICHE FILM
 
Synopsis

La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer. The Thing sert de prélude au film culte de 1982, réalisé par John Carpenter, dont il reprend le titre.