The Thieves (Choi Dong-hoon, 2012)

de le 11/11/2012
 
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Festival du Film Coréen à Paris 2012 : Film de clôture.

Véritable phénomène de société en Corée du Sud où il s’est emparé de la première place au box-office all time, la chipant à The Host qui régnait en maître depuis six ans, The Thieves n’a pourtant rien de bien original. Extrêmement calibré, bourré d’emprunts à quelques pépites du septième art, bling-bling jusqu’aux boutons de manchette de Simon Yam, le quatrième film de Choi Dong-hoon, film de casse à la sauce coréenne, était programmé pour tout écraser. Ce qui ne l’empêche pas de posséder un charme fou.

Déjà parmi les champions du box office avec Woochi en 2009, tranquillement placé dans les 5 plus gros succès de l’année, Choi Dong-hoon place la barre encore un cran plus haut avec The Thieves, film de casse choral très clinquant qui mise l’essentiel sur la somme de paillettes. Car il est bien difficile d’être véritablement surpris par quoi que ce soit devant ce récit certes abracadabrantesque mais qui se contente de simples variations autour de thèmes bien connus. The Thieves s’inscrit gentiment dans la grande tradition des films de casse sans vraiment injecter de sang neuf au genre, si ce n’est pas son exotisme exacerbé bien sur. Certes, la saga Mission : Impossible avait déjà apporté une bonne dose de dépaysement en impliquant un nouveau tour du monde à chaque film, mais entre les décors de Séoul, Hong Kong et Macao, The Thieves propose son lot de décors flamboyants qui servent de base à une intrigue tortueuse faite de manipulations, trahisons et révélations. Des éléments classiques pour un film dont l’originalité n’est pas là où on pouvait l’attendre, et qui revisite le mythe de Robin des bois avec panache mais en partie seulement, en volant aux riches pour tout garder.

The Thieves met immédiatement dans l’ambiance avec une introduction très claire, très posée, et qui reprend le principe d’un Mission : impossible, à savoir un gros coup qui met autant en avant le sens de la manipulation des personnages que des exploits purement physiques. Il s’agit du dernier acte d’une arnaque à la fois brillante et cruelle, tournée en dérision grâce au talent comique de Chapman To qui se paye un caméo assez génial. La précision de la narration et du montage, qui faisaient déjà la force de The Bing Swindle, autre film de casse façon Ocean’s Eleven de Choi Dong-hoon, font encore des miracles. The Thieves est un film précis, carré, qui répond à une mécanique d’horloger et transcende ainsi sa succession de retournements de situation attendus. Non pas qu’on puisse deviner précisément le déroulement de l’intrigue et ses détails, mais quiconque a déjà vu un film de casse sait bien qu’il y aura son lot de trahisons, qu’il y aura à un moment une copie du butin et que l’originale sera subtilisé… soit des motifs extrêmement classiques mais qui, s’ils sont amenés avec justesse et précision, assurent toujours un spectacle flamboyant. La surprise viendra plutôt de qui remportera ce jeu de dupes, qui sera le ou la plus habile pour manipuler toute une bande de voleurs professionnels. Mais à cela s’ajoutent des éléments moins attendus qui tiennent du point de vue sur le mélange des genres que constitue le film de casse. Ainsi, The Thieves est un film qui n’est avare ni en bavardages, ni en romances contrariées (avec à la clef de formidables jeux de séduction) et encore moins en action. Sur ce point, le spectacle est total même si Choi Dong-hoon est plutôt du genre à reproduire des séquences qui l’ont marquées plutôt que d’inventer quelque chose. Entre un gunfight brutal et posé qui reproduit, en plus pop, l’approche de Johnnie To sur The Mission, ou une longue séquence câblée sur une façade d’immeuble, avec cascades de dingues, directement inspirée d’une des grosses scènes de Time and Tide, rien de bien nouveau à l’écran. Mais l’action se voit traitée avec suffisamment de respect et d’application pour que les performances des cascadeurs de soient pas massacrées au montage, ni à la mise en scène. L’élégance des personnages, leur goût pour le luxe et le romantisme de certains se retrouve également à travers la mise en scène du film et son découpage, préférant l’effet juste à l’effet gratuit et répondant précisément à la narration.

En résulte un film fait de mouvements toujours élégants et parfois impressionnants, d’artifices en accord avec la situation dans le cadre (l’utilisation du splitscreen n’est pas anodine) et d’étincelles, à l’image de la galerie de personnages hauts en couleurs. Choi Dong-hoon et son co-scénariste Lee Gi-cheol jonglent entre une dizaine de personnages essentiels, et même si certains se retrouvent sacrifiés ou évincés sans raison apparente, tous bénéficient d’un développement et d’une écriture précise qui multiplie les enjeux dramatiques. Chacun a une bonne raison de réussir le coup et/ou de s’emparer du butin, et suffisamment de rebondissements sont aménagés pour que chaque personnage évolue considérablement dans le regard du spectateur. Il s’agit d’un simple jeu de faux semblants mais assez habile pour accrocher et même permettre une certaine émotion à travers certains personnages d’abord drôles puis très touchants. A ce titre, le couple formé par Simon Yam et Kim Hae-sook tient du pur génie, tandis que la « révélation » de The Chaser, Kim Yoon-seok, impose à nouveau les nombreuses nuances de son jeu versatile. The Thieves alterne ainsi le pur divertissement bling bling et charmeur (avec des action women de charme) avec des accès de violence extrêmement soudains et dévastateurs, accompagnés logiquement de la mort brutale de certains personnages. Le petit plus apporté par le cinéma coréen au genre est en partie dans ces excès qui, ajoutés à l’extrême élégance de la mise en scène et le charisme de tous ces acteurs, ainsi qu’une maîtrise de la narration qui transcende un scénario complexe, transforme ce film en divertissement populaire de haute volée. Aucune révolution mais dur pur entertainment très solide.

FICHE FILM
 
Synopsis

Forcés de faire profil bas après leur dernier braquage, Popeye et sa bande partent à Macao pour un autre contrat. Mais l’homme derrière ce contrat n’est autre que Macao Park, l’ancien partenaire de Popeye, qui s’est échappé avec 68kg d’or après leur dernier coup quelques années auparavant. Macao Park est lui-même accompagné de sa propre bande de gangsters venus de Chine. Tous réunis, ils tentent de voler un diamant à 20 millions de dollars, gardé précieusement dans un casino. Mais chacun aimerait garder le diamant pour lui-même…