Le Sorcier et le serpent blanc (Ching Siu-tung, 2011)

de le 10/03/2012
 
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Festival du Film Asiatique de Deauville 2011 : Action Asia

Si la légende du serpent blanc, équivalent mythologique et chinois de Roméo et Juliette, est une des légendes les plus classiques, ses adaptations au cinéma sont relativement méconnues. Il y en a pourtant eu quelques unes entre les années 50 et 70, dont une version animée japonaise, Le Serpent blanc de Taiji Yabushita et Kazuhiko Okabe (premier film d’animation japonais en couleurs). C’est bien plus tard et sous la direction de Tsui Hark que la légende a refait surface. Dans son obsession de tout révolutionner en proposant des relectures modernes de l’héritage culturel chinois, il passe le serpent blanc au second plan au profit du serpent vert et livre avec Green Snake un de ses plus grands films, porté par les prestations inoubliables de Joey Wong et Maggie Cheung. Presque 20 ans plus tard, c’est Ching Siu-tung, qui quittait la Film Workshop juste avant Green Snake, qui revient sur cette légende avec The Sorcerer and the White Snake notamment présenté à la dernière Mostra de Venise.

Si The Sorcerer and the White Snake a bien une grande qualité, c’est celle de retrouver cet esprit qu’avait un peu perdu le cinéma de Hong Kong, celui des films de kung fu fantastiques de la Film Workshop justement, ses chorégraphies virevoltantes, ses couleurs éclatantes, ses bons sentiments et sa morale un peu niaise mais tellement imparable. Et si depuis quelques années Ching Siu-tung n’est plus que l’ombre du réalisateur qu’il a pu être dans ses grandes heures, il ne faut pas oublier qu’il est un des plus grands chorégraphes et action directors au monde, et que si les combats du cinéma HK ont un jour pris leur envol avec les câbles, c’est un peu grâce à lui. The Sorcerer and the White Snake fonctionne donc essentiellement sur son côté nostalgique et sur son aspect de divertissement familial plutôt rythmé et très généreux. Tout y est très balisé, de la romance à la quête spirituelle, en passant par les quelques sous-intrigues qui viennent se greffer au récit principal comme autant d’éléments perturbateurs. Assez classique, la trame principale n’est ni plus ni moins que celle de la légende. À savoir une histoire d’amour passionnée mais impossible, car remettant en cause l’ordre établi des choses dans l’univers, entre un humain et un démon. Accepter la différence, refuser l’amalgame, privilégier l’amour à tout le reste, imposer le sens du sacrifice, des valeurs simples et classiques du cinéma chinois qui retrouvent un nouvel écrin. Et bien sur la route du moine qui se rapproche encore un peu plus de l’illumination en acceptant de remettre en cause ses certitudes. On est clairement dans un récit mythologique donc dopé à des éléments dramatiques aussi stéréotypés que symboliques, vecteurs d’une certaine morale, voire d’une forme de vision du monde. Et tout ça dans un film dont la simple réunion Jet Li / Ching Siu-tung, 15 ans après Dr. Wai,  constitue une attraction suffisante, même si les deux ont déjà fait beaucoup mieux. The Sorcerer and the White Snake c’est de l’aventure old school, de la romance à l’eau de rose, de l’humour un peu bas du plafond et des scènes d’action surréalistes. Les séquences épiques se comptent par dizaines mais pourtant, le film déçoit, sur de trop nombreux points.

Les scènes d’action dans le film sont assez peu nombreuses et surtout ne sont que rarement des « vrais » combats. Entre sortilèges, incantations et pouvoirs magiques, peu de place pour des combats aux poings ou aux sabres. On est plus dans l’esprit de StormRiders que d’autre chose, malgré quelques sublimes chorégraphies et un sens du spectacle qui ne faiblit pas. C’est tout de même dommage pour Jet Li qui peut enfin jouer les rôles de vieux sages maîtres en arts martiaux. Il convient de saluer l’enchaînement de tableaux, souvent sublimés par des compositions de plans magnifiques et des mouvements de caméra sortis tout droit des 90’s, accentuant encore l’effet nostalgique du film, avec de belles idées de cinéma et la volonté d’en mettre plein la vue. Mais Ching Siu-tung n’a visiblement pas les moyens de ses ambitions. Ainsi, si la direction artistique est magnifique, on ne pourra pas en dire autant des effets numériques qu’on qualifiera gentiment de dégueulasses. Ces effets n’ont jamais été le point fort de ce genre de cinéma fantastique HK mais on assiste là à une profonde régression avec des graphismes dignes de cinématiques de Playstation 1 parfois. Dans l’absolu ce n’est pas rédhibitoire, sauf quand des séquences entières, comme l’affrontement entre le moine et les deux serpents géants sur une étendue d’eau déchaînée, sont construites sur des éléments numériques et transforment l’écran en une sorte de bouillie insupportable dont les pixels agressent la rétine. Quitte à pousser son concept encore plus loin, Ching Siu-tung aurait dû jouer la carte old school jusqu’au bout. Intégrer de l’animation image par image, jouer avec les effets physiques… quitte à paraître kitsch, autant que cela ne soit pas moche. C’est ennuyeux car The Sorcerer and the White Snake est avant tout un spectacle visuel dans la droite lignée des Green Snake ou Histoires de fantômes chinois, des classiques modernes avec lesquels il flirte parfois, dans la poésie un peu simple et dans la générosité permanente, ainsi qu’avec les codes visuels. Mais des classiques qui restent à très bonne distance, car à l’époque ils n’avaient pas nécessairement recours à des effets au rabais. Et surtout ils inventaient des choses, plutôt que de les recycler, et mettaient à profit les qualités physiques des acteurs. Dommage, car The Sorcerer and the White Snake est un film attachant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Deux femmes serpents, vivant dans les montagnes, se retrouvent face à un groupe d’humains. Le serpent blanc décide de leur faire peur mais tombe sous le charme d’un des hommes, un herboriste, qu’elle sauvera de la noyade en lui donnant un baiser sous l’eau. Amoureuse, elle décide de le suivre jusqu’en ville et de prendre forme humaine pour le retrouver. Mais les chasseurs de démons patrouillent dans les parages…