The Restless (Jo Dong-oh, 2006)

de le 21/08/2010
 
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Parmi la pléthore de grosses productions sortant chaque année de Corée du Sud, il reste quelques genres bien spécifiques qui ne sont que rarement abordés. Ainsi si on ne compte plus les polars, comédies et drames bien pesants, les films de science-fiction et de fantasy ne courent pas les rues. De ce fait il plane une sorte de complexe vis à vis de l’occident en abordant ces genres si particuliers qui donnent presque à chaque fois des films ratés. Avec the Restless, tout premier film de Jo Dong-oh qui avait fait ses armes en tant qu’assistant réalisateur sur Musa, la Princesse du Désert et Phantom, the Submarine, c’est encore la même chose qui se passe. Le film est rempli de bonnes intentions autres que commerciales – le réalisateur a écrit et porté le projet pendant plusieurs années pour convaincre un producteur – mais se vautre complètement par maladresse. Baigné d’influences diverses mal digérées, boosté aux effets numériques omniprésents, plombé par un rythme pataud, the Restless peine à trouver son identité propre et donc à permettre au spectateur d’adhérer totalement. Pourtant tout est loin d’être mauvais, on y trouve tout un tas de belles choses qui raviront certaines franges du public mais l’ensemble est bien trop bâtard et déséquilibré pour convaincre. Ainsi, the Restless est à ranger aux côtés des autres tentatives manquées du genre, avec la Légende d’Evil Lake, c’est à dire loin, très loin de Musa et Bichunmoo. Ces exceptions confirment que la Corée n’est pas prête de rivaliser avec les Wu Xia Pian fantastiques made in HK.

Le temps d’une introduction bisseuse à souhait, un fight entre le héros et des démons aux masques sortis tout droit d’Evil Dead, bien chorégraphié avec ampleur et un mélange de violence et lyrisme, mais déjà mal découpé et cadré, on garde espoir pour la suite. L’arrivée dans l’entre deux mondes maintient la barre à bon niveau avec une utilisation judicieuse des effets numériques et un humour directement issu de la comédie cantonnaise, ça vole bas mais on sourit gentiment. Mais on déchante vite. Car la suite va prendre la forme d’une longue et ennuyeuse romance par laquelle on ne se sentira jamais concernée, et ponctuée de séquences d’action plus ou moins réussies, à tendance méchamment négative tout de même. Et là où on attendait un mélange de WXP et de fantasy on ne trouve qu’un vulgaire drama typiquement coréen mais qui bénéficie d’une patine visuelle hors du commun. Paradoxe étrange, étant donné les moyens déployés il est clair que graphiquement le film est souvent une grosse claque mais ce qui se trame dans ce cadre somptueux ne passionne jamais.

Centré autour d’une histoire d’amour aussi tragique que niaise, the Restless nous ennuie assez vite. Le film ne dure que 1h45 mais qui paraissent le double tellement il ne se passe rien. D’autant plus que le scénario de base s’est vu taillé en pièces pour réduire la durée, sacrifiant au passage la plupart des personnages secondaires. La conséquence inévitable et là aussi plutôt tragique est que tout ce qui se passe autour de l’histoire d’amour mielleuse n’a aucun sens, toute l’intrigue concernant les anciens chasseurs de démons morts pour continuer leur révolution dans l’entre deux mondes souffre d’ellipses tellement énormes qu’on ne comprend plus rien à ce qu’il se passe. Autant un joyeux bordel scénaristique passe très bien dans ce genre de production à HK, car il est contrebalancé par d’autres éléments bien jouissifs, tel de gros combats ou des situations dantesques, autant ici ça ne passe pas car rien n’est mis en oeuvre pour retenir l’attention du spectateur qui n’a aucun sujet auquel se raccrocher s’il n’adhère pas, et c’est une chose quasi-impossible, à la romance bien foireuse qui parasite the Restless du début jusqu’à la fin aussi tire-larmes que le pire mélo hollywoodien. Heureusement quelques séquences assez énormes nous sortent ne notre torpeur mais elles sont tellement rares qu’elles n’atteignent jamais leur but finalement.

Question mise en scène il faut avouer que c’est plutôt la classe, surtout pour un premier film. Sauf qu’il ne faut pas se leurrer, la plupart des images sont artificielles, tout comme certains mouvements de caméra un peu dingues. Ça bouge beaucoup mais c’est avant tout un gros morceau d’effets numériques pour l’essentiel très beau, même si on sent bien que Jo Dong-oh a sans doute beaucoup apprécié Legend of Zu qu’il pille abondamment, tout comme Casshern d’ailleurs. Le soucis c’est que cet aspect tout numérique ne fonctionne pas toujours, et ne trouve sa raison d’être que dans une poignée de scènes de combat qui sont malheureusement cadrées trop proches des acteurs et mal découpées afin de masquer les qualités martiales limitées des acteurs. Ainsi on retiendra surtout le combat final, un grand moment de n’importe quoi à un contre mille qui semble tout droit sorti d’un jeu vidéo type God of War. Les mouvements de caméra se font amples et énergiques, à l’écran ça zigouille du démon dans tous les sens, un vrai plaisir de bisseux en fait. On se console comme on peut, d’autant plus qu’on ne peut même pas savourer un quelconque jeu d’acteur, Jeong Woo-seong en fait le minimum et fronce beaucoup les sourcils pendant que la débutante Kim Tae-hee alterne larmes et gueule d’ahurie pendant presque deux heures. On a vu bien mieux.

[box_light]Wu Xia Pian de pacotille à la mode coréenne, the Restless tente de surfer sur la vague des films de sabre chinois mêlant combats stylés à mort et lyrisme. Sauf qu’on a plus l’impression de suivre un drama en costumes qu’autre chose. La romance ennuie rapidement, le trop plein d’effets numériques crée vite l’overdose et on en vient à trouver le temps long. Pourtant en l’espace de deux séquences, l’introduction et le combat final titanesque, on peut voir toute la générosité de ce jeune réalisateur qui n’a pas réussi à s’exprimer sur la longueur. Dommage, car derrière la beauté artificielle des images ne se cache que le vide, rien de plus.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

An 924. Le déclin de la dynastie Shilla. Les forces du mal se propagent et les démons errent librement parmi les gens. Yi Kwak, né avec le don de voir les esprits, rejoint l’escouade royale pour combattre les démons et la cour corrompue. Mais les co-équipiers de Yi Kwak sont tous exécutés pour avoir tenté de renverser les membres corrompus de la cour royale. Dorénavant recherché, Yi Kwak trouve refuge dans un lieu saint qui lui permet d’enter dans le « Paradis du Milieu », un endroit où les morts restent 49 jours avant d’être réincarnés…