The Proposition (John Hillcoat, 2005)

de le 15/12/2009
 
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John Hillcoat est un réalisateur relativement rare… entre son premier long métrage en 1988, Ghosts of the Civil Dead, plongée hallucinante dans un univers carcéral et the Proposition, il n’a réalisé qu’un thriller difficilement visible, To Have and to Hold. Et d’ailleurs the Proposition n’avait jusque là même pas trouvé le chemin des salles françaises, 4 ans d’attente pour un grand film… ce n’est même plus étonnant. Et s’il a la chance de sortir c’est grâce au nouveau film de son réalisateur, l’adaptation du petit chef d’oeuvre littéraire The Road, de Cormac McCarthy

Logiquement the Proposition ne devrait pas entrer dans la catégorie western, terme réservé uniquement aux films se situant dans l’ouest américain, car l’action se passe dans le bush australien du XIXème siècle. Sauf que si ça ne colle pas géographiquement force est de constater que sur la forme on est bien devant un western, et sur le fond on est même devant un des plus grands. Car l’impression finale est bien que si le film était sorti dans les années 60/70 (ou même 90 avec les derniers chefs d’oeuvre du genre) il serait aujourd’hui avec le recul considéré comme un classique de ce sous-genre magnifique et passionnant, le western crépusculaire. Et pour un « petit » film australien, il ne souffre même pas de la comparaison avec les meilleurs Corbucci, Leone, Eastwood, Peckinpah… c’est dire le niveau du truc! A la manière de ces grands maîtres Hillcoat signe un portrait glaçant du crépuscule des hommes.

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Et qui d’autre que ce génie des mots (et de la musique) qu’est Nick Cave pouvait signer le scénario… quand on voit le résultat une évidence saute aux yeux, le néo-western a besoin d’auteurs issus du mouvement punk tant les deux courants ont de choses en commun! L’idée de no future est le fondement même du western crépusculaire… Mais the Proposition n’est pas « juste » un grand western (même si on pourrait s’en contenter étant donné que le genre est mort), c’est un film qui vient utiliser les codes du genre pour raconter plus qu’une histoire de fratricide, mais qui dresse le portrait d’une époque qui s’éteint, et dont les actes barbares, ou plutôt « sauvages » sont voilés par d’autres tout aussi immoraux mais plus moderne, donc acceptables par la population… c’est la fin des outlaws mais est-ce mieux?

Le propos nous rappelle bien sur le chef d’oeuvre de Sergio Leone, Il était une fois dans l’Ouest, mais en plus cruel car il y ajoute l’élément non négligeable de l’envahisseur anglais, de la même façon que Malick (on retrouve également l’idée de la nature comme refuge pour les âmes torturées) dans le Nouveau Monde. A savoir le grain de sable venu pour « civiliser » une région sans prendre en compte que les locaux n’en ont rien à faire de leur civilisation… Ce n’est donc pas un monde qui se change tout seul, par simple évolution, mais qui est révolutionné par un colonisateur n’éprouvant que mépris envers les coutumes culturelles… et le film tout entier sera construit sur cette idée: faire imploser cet univers en pervertissant un sauvage pour qu’il élimine de son propre chef l’aspect le plus détestable de sa race, en empruntant un chemin par vraiment plus glorieux.

Ce sauvage en question c’est Guy Pearce, magistral, et son parcours c’est sa recherche de lui-même car il a choisi de quitter les criminels, sa famille, sans pouvoir s’intégrer dans la société en pleine mutation. Son cheminement vers le fratricide ne se suit pas sans évoquer un certain Apocalypse Now (tuer un mythe, père ou frère symbolique peu importe, pour se trouver). Mais à côté de ça il y a aussi les aborigènes, asservis tels qu’on les voit dans le générique et qui hantent tout le film… ou quand le modernisme rejoint la barbarie. Bref on est quand même à des années lumières du beau film creux que certains semblent avoir vu… merci au scénario absolument fabuleux, qui transforme les sauvages bêtes et méchants habituels en personnages passionnants car ne tombant jamais dans ce cliché. Les frères Burns sont artistes, philosophes… tout en étant au fond de véritables animaux, joli!

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Le casting est fabuleux, à tel point qu’aucun des acteurs, du rôle principal au plus petit second rôle, ne s’élève au dessus des autres, c’est prodigieux, quel concentré de talents!! Le film suit un rythme lancinant, lyrique et à la lisière du mysticisme. Dans un scope magnifique, le bush australien frôle avec le fantastique, les paysages infinis en deviennent carrément enivrants… quelle beauté!

Mise en scène d’une classe folle à tel point qu’on sentirait presque la puanteur de cette crasse, photo belle à en pleurer, un scénario d’une profondeur abyssale qui ouvre des dizaines de voies de réflexion, des dialogues divins, une violence qui éclate froidement sans qu’on la sente arriver, des thèmes universels et forts… son seul défaut? 1h30 c’est trop court! Oui the Proposition est bien un film majeur, ce qui rend encore plus incompréhensible sa distribution si tardive (alors que l’Assassinat de Jesse James qui n’aurait jamais existé sans lui a profité d’une belle sortie… Ah mais oui il y avait Brad Pitt!). Sans trop prendre de risque en avançant cela, on a bien là le meilleur western depuis Impitoyable, rien que ça.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif...Le Capitaine Stanley s'est juré de "civiliser" le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mike. Les bandits ont été jugés responsables de l'attaque de la ferme Hopkins et de l'assassinat de toute une famille. Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, s'est réfugié dans la montagne. Le Capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n'a que neuf jours pour s'exécuter...