The Mist (Frank Darabont, 2007)

de le 10/05/2009
 
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The Majestic restera toujours un exception dans la filmographie du réalisateur des Évadés qui pour son dernier film en date, une fois de plus, adapte un livre Stephen King… et livre un film très étonnant, un film de monstre, genre délaissé depuis longtemps par les bons réalisateurs (dernier grand film du genre, The Host) tout en dévoilant une véritable déclaration d’amour à tout un pan du cinéma fantastique. On le comprend dès la première scène avec la présence des affiches de The Thing de Carpenter et du Labyrinthe de Pan (autre déclaration d’amour à tous les monstres), celà ne fait que se confirmer par la suite. Un vrai film fantastique fait par un amoureux du fantastique, et qui aura été assassiné par les distributeurs lors de sa sortie avec seulement 40 salles en France… ah mais le même jour sortait la niaiserie de Danny Boon avec des ch’tis dedans, c’est beau un pays qui aime le cinéma… séance réhabilitation pour une oeuvre qui le mérite!

The Mist s’inscrit une certaine tradition du film d’horreur et semble hors du temps. A la croisée d’une mise en scène toute droit venue des années 50 (Hawks, Siegel…) et d’une thématique qu’on pourrait rapprocher du cinéma de Romero ou Carpenter des années 70/80, avec un discours social et une analyse comportementale omniprésents et métaphoriques. Ce n’est donc pas un hasard que la quasi totalité du film se déroule dans un supermarché, symbole ultime d’un consumérisme outrancier (car malgré les touches nostalgique, l’action se situe bien dans un environnement contemporain), et le vase clôt que constitue ce commerce devient le cadre parfait pour une étude de caractères, la proximité et la peur transcendant complètement le moindre comportement.

Bien entendu tous les ingrédients sont là pour tomber dans les clichés et c’est malheureusement le cas, c’est bien un des seuls défauts du film que de ne montrer que des personnages stéréotypés au possible, mais qui finalement ne sont qu’un échantillon du monde extérieur. Et cet extérieur parlons-en justement. Utiliser un brouillard dans un film d’horreur atteint toujours son but, créer l’angoisse et le mystère. Ca fonctionne très bien ici et renforce l’impression de menace voir de terreur qui s’installe peu à peu dans le supermarché, et visuellement c’est vraiment beau. Mais on comprend assez vite que ce brouillard n’est pas naturel et qu’il est peuplé de créatures plutôt pas naturelles non plus et surtout pas très sympas.

Darabont se fait plaisir avec un bestiaire qui parfois semble venir de chez Lovecraft, il est généreux sur les attaques tantôt hors champ tantôt plein cadre, avec quelques effets gores bien sentis. Mais ces créatures sont aussi le plus gros défaut du film, les SFX sont minables, les incrustations affreuses… La version en noir et blanc cache sans doute la misère mais en couleurs, ça pique les yeux. C’est vraisemblablement un budget un peu serré qui en est la cause… c’est un peu dommage car comme on ne croit pas aux effets on a du mal à croire à la peur… mais à côté de ça, on a droit à de belles scènes toujours mises en scène avec classe malgré l’utilisation de la caméra portée. La recette n’est pas nouvelle mais pourquoi changer quand ça fonctionne? On peut très bien encore aujourd’hui réaliser un film d’horreur avec une réalisation classique! La preuve, ce film est l’un des tout meilleurs depuis longtemps.

Les attaques sont bien sauvages et surtout le casting a été très bien fait. Thomas Jane prouve une fois de plus que quand il est bien dirigé il peut être excellent, et tous les seconds rôles autour de lui sont très convaincants. Et bizarrement à la fin on en vient à regretter que le film en soit pas plus long… en effet l’influence de l’intégriste religieuse sur un cocon de population apeurée est très crédible (symbole de l’influence de la religion sur un peuple en perdition) mais ça se passe beaucoup trop vite!

Et pour finir, Darabont a osé une fin géniale, pessimiste, nihiliste… des fins comme ça on n’en voit quasiment jamais dans le cinéma US et c’est à saluer!! The Mist est un très grand film de monstre, qui souffre de quelques défauts qui l’empêcheront sans doute d’atteindre le statut de classique (en particulier ses SFX râtés), mais qui renoue avec un cinéma fantastique old school. Un excellent moment de cinéma!

FICHE FILM
 
Synopsis

Tandis qu'une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine, David Drayton et son jeune fils Billy se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d'autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à s'apercevoir que le brouillard est peuplé d'inquiétantes créatures... Leur seule chance à tous de s'en sortir consiste à s'unir. Mais est-ce possible quand on connaît la nature humaine ? Alors que certains cèdent à la panique, David se demande ce qui est le plus effrayant : les monstres qui rôdent dans la brume ou ses semblables réfugiés dans le supermarché ?