The Man from Nowhere (Lee Jeong-beom, 2010)

de le 10/11/2010
 
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Film d’ouverture du 5ème FFCF

Chaque année voit son nouveau petit phénomène filmique en provenance de Corée du Sud. Cette année il s’agit incontestablement de the Man from Nowhere qui dépasse allègrement les 6 millions de spectateurs dans le pays malgré sa tendance à l’ultra-violence. La cause étant sans doute la présence de Won Bin en tête d’affiche, acteur de drama et idole des jeunes filles coréennes qui a fait une entrée remarquée dans le cinéma avec notamment Frères de Sang, autre immense succès au box-office, mais surtout Mother, la dernière merveille en date de Bong Joon-ho. The Man from Nowhere (le titre original est simplement « Monsieur ») est le deuxième long métrage de Lee Jeong-beom après Cruel Winter Blues, tentative de faire du Kitano à la coréenne et, s’il confirme que succès au box-office ne rime pas forcément avec grand film, s’avère être un thriller des plus recommandable. Cela dit, s’il comblera le spectateur peu habitué à ce genre de spectacle, il sent tout de même le réchauffé pour qui bouffe du polar coréen depuis son explosion au début des années 2000. Concrètement ça veut dire qu’il n’apporte rien de nouveau au genre et s’appuie sur une recette bien huilée et qui a fait ses preuves.

Ainsi on imagine déjà l’accroche de la future affiche (ou du probable DVD, TF1 ayant acheté les droits) « un thriller dans la lignée de the Chaser et A Bittersweet Life » car il faut avouer qu’il se situe dans la même veine, pour ne pas dire qu’il en reprend les principaux éléments, laissant de côté les plus subversifs et originaux pour ne pas choquer outre mesure le grand public pour lequel il semble évidemment calibré. Et il est vrai qu’on y pense beaucoup à the Chaser ou à A Bittersweet Life, que ce soit au niveau de l’esthétique, du rythme, des personnages ou même des situations. The Man from Nowhere applique à la lettre le principe permettant à un thriller ou polar coréen de se vendre à l’étranger. Une histoire assez basique, pour ne pas dire déjà vue, une mise en scène léchée et stylée, une bonne dose de scènes de nuit, au moins une séquence avec des ralentis sous une pluie battante, un bon gros drame des familles et un personnage qui cachait bien son jeu mais se révèle être une véritable machine à tuer prête à tout.

Ainsi tout tourne autour de la relation parfois ambiguë – mais pas trop – entre le mystérieux prêteur sur gage Tae-sik et la jeune So-mi. On voit le drame venir à des kilomètres mais comme souvent, séduit par les qualités esthétiques quasiment inattaquables de l’ensemble, on se prend au jeu. Et tout se déroule comme prévu, jusqu’au dernier quart aussi attendu que redouté mais qui délivre sa dose de violence à la limite du soutenable pour un film grand public. C’est bien le schéma classique d’un film de vengeance made in Corée avec un soupçon de Léon, sans grande originalité, si ce n’est le malheureux final dégoulinant de pathos et pour le coup assez inattendu! Pourtant il faut avouer qu’on prend un certain plaisir devant ce qui ne dépasse jamais le cadre du divertissement mais comporte une dose suffisante d’action, de suspense et d’humour. Tout ceci permet de combler le manque d’originalité et le rythme inégal de the Man from Nowhere qui aurait gagné à repasser sur la table de montage pour resserrer l’action justement.

Visuellement ça a de la gueule, même si Lee Jeong-beom n’a peut-être pas encore l’assurance de ses aînés. Il livre une oeuvre à la mise en scène carrée, se permettant quelques fantaisies assez bien vues, notamment dans le dernier acte vengeur où il enchaîne les beaux mouvements de caméra et quelques plans séquences complexes. D’ailleurs il nous offre une poignée de séquences iconiques dignes des meilleurs heroic bloodshed (le face à face dans la boîte de nuit, superbe) et une longue scène de fight au couteau impressionnante de maîtrise autant au niveau des performances physiques des acteurs que de la gestion de l’espace. Les acteurs justement s’en sortent pour la plupart très bien, entre sobriété extrême pour les uns et jeu outrancier pour les autres. Won Bin en impose d’ailleurs dans son rôle de vengeur mutique et face à lui c’est Thanayong Wongtrakul, sosie thaïlandais de Donnie Yen, qui impressionne le plus, les autres n’étant que des faire-valoir peu développés, lui même ne l’étant que très peu.

[box_light]Véritable phénomène en Corée du Sud, the Man from Nowhere s’avère finalement très convenu, trop pour convaincre totalement. On y retrouve les éléments communs à tout thriller venu du pays du matin calme, du scénario vengeur à la photographie typique. Réalisé avec sérieux, interprété avec classe, il parvient pourtant à remplir son contrat de divertissement de haute volée grâce à un dernier acte surpuissant. Mais the man from Nowhere aurait gagné en efficacité si Lee Jeong-beom avait raccourci son film, l’intrigue se perdant parfois en route, et s’il avait évité le final larmoyant. Déjà vu mais ça reste un polar de qualité.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Le seul lien avec l'extérieur de l'ancien agent spécial Taesik est une petite fille, Somi, qui habite à côté de chez lui. La mère de la fillette vend de la drogue à son compte sans informer l'organisation criminelle pour laquelle elle est censée travailler. Elle confie un jour un sac de marchandise à Taesik sans l'avertir du contenu. Les trafiquants se rendent compte de la supercherie et kidnappent la mère et sa fille. Ils sont prêts à les relâcher si Taesik accepte de faire une livraison pour eux...