The Lovers (Tsui Hark, 1994)

de le 19/03/2009
 
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La légende des amants papillons fait partie intégrante de la culture littéraire chinoise et a déjà bénéficié de plusieurs adaptations au théâtre comme au cinéma. C’est d’ailleurs une des adaptations théâtrales qui marquera Tsui Hark dans les années 60 au point de le pousser à proposer sa vision personnelle de cette histoire simple et universelle.

Une fois de plus il se pose comme le seul véritable réalisateur chinois contemporain à vouloir faire renaître des légendes oubliées de son pays et les faire découvrir à la nouvelle génération. Tsui Hark c’est un peu le gardien de la culture chinoise finalement, avant d’être un metteur en scène de génie. Et ce qui est assez dingue c’est qu’à chaque fois qu’il a fait revenir un genre sur le devant de la scène, il a entrainé toute une vague d’oeuvres qui s’en sont inspirées. On peut sans doute utiliser le terme de visionnaire.

The Lovers c’est un peu Tsui Hark qui se livre complètement en montrant sa part de féminité. Ici ni sabres ni flingues, mais une belle histoire d’amour. Une histoire drôle, émouvante et tragique, une oeuvre en deux actes : le premier léger et rêveur, le deuxième beaucoup plus grave, lyrique et tragique. Ce qui frappe dans ce film c’est tout d’abord cette ambigüité sexuelle dans le récit. En effet quand les deux amants se rencontrent et commencent à éprouver des sentiments l’un pour l’autre, Chuk Ying-Toi est déguisée en homme, ce qui pousse Leung Shanpak à sérieusement se questionner sur son attirance envers une personne du même sexe. Celà donne lieu à nombre de situations cocasses et d’ailleurs ça rejoint la figure de l’androgyne très présente dans le cinéma chinois.

Tout rentre bien sur dans l’ordre une fois l’identité de la fille dévoilée et les amants vont vivre une belle histoire jusqu’à ce que la réalité les rattrape… Elle doit être mariée à quelqu’un de son rang et lui n’est qu’un pauvre. Alors le film qui jusque là se situait entre la romance et la comédie légère change radicalement de ton jusqu’à un final en deux parties véritablement émouvant et très fort. C’est là aussi une nouveautés car les films précédents du réalisateurs étaient souvent des démonstrations de mise en scène mais pouvaient manquer légèrement d’émotion.

Pour The Lovers Tsui Hark ne fait pas dans la surenchère d’effets de mise en scène. Il s’adapte parfaitement à son histoire et à l’humeur de ses personnages. pas de caméra virevoltante donc mais une utilisation massive de filtres comme il l’avait expérimenté sur Green Snake. En résulte un aspect visuel très travaillé, très coloré. Cela renforce l’aspect conte de fée cruel et un peu hors du temps, et c’est une de ses plus belles réussites esthétiques.

Bien sur on ne peut pas passer sur le couple d’acteurs, Nicky Wu et Charlie Young, tous deux magnifiques et habités par leurs rôles, tantôt enfantins, tantôt graves, on n’a aucun mal à croire à leur histoire et on se sent d’autant plus touchés par la tragédie qui les touche. Aucun n’aura par la suite retrouvé ce charme incroyable qui émane d’aux dans cette histoire. Et pour rendre leur tragédie inoubliable, James Wong nous sort ce qui restera comme une de ses plus belles compositions.

Oeuvre presque Shakespearienne dans son déroulement, The Lovers est bien le plus beau film de Tsui Hark, un de ses plus accessibles aussi par sa narration classique et son histoire simple et touchante. Il rejoint sans problème The Blade et Time and Tide, tout en haut d’une grande filmographie que beaucoup doivent lui envier!

FICHE FILM
 
Synopsis

Sous la dynastie Chung, une jeune fille est forcée par sa famille de prendre pour époux un fonctionnaire de haut rang.