The Longest Nite (Patrick Yau, 1998)

de le 17/10/2010
 
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The Longest Nite jouit d’une côte de popularité assez impressionnante chez les amateurs de cinéma asiatique. Bizarrement il a été longtemps invisible chez nous, la seule solution pour voir la chose étant l’import jusqu’à ce que l’éditeur majeur HKVidéo se penche enfin sur son cas. Depuis quelques années les spectateurs français et/ou anglophobes peuvent enfin apprécier ce petit bijou imparfait mais doté de sérieux atouts. The Longest Nite est officiellement réalisé par Patrick Yau, une sorte d’inconnu ou presque. Il s’agit de son 3ème et avant-dernier film, il a complètement disparu de la situation depuis 2001. Mais on sait de source plus ou moins sure que le véritable réalisateur n’est autre que Johnnie To, crédité comme producteur. Cette impression est confirmée par l’esthétique du film et par une thématique plutôt chère à l’empereur du cinéma HK actuel. Concrètement Patrick Yau est un artiste qu’on peut considérer comme un « homme de main » de Johnnie To, un des nombreux produits issus de la Milkyway, sa société de production qui a vu naître plusieurs talents mais toujours à la gloire de monsieur To tout-puissant.

The Longest Nite c’est avant tout un duel, une confrontation entre deux personnages au caractères complexes qui ne peut finir que par la disparition de l’un des deux. Du flic pourri ou du tueur pataud, qui s’en sortira en meilleur état? Tel est l’enjeu. D’ailleurs ce duel fait fortement penser aux autres oeuvres de Johnnie To comme Running out of Time ou Fulltime Killer, encore un duo exclusivement masculin, un peu de grain à moudre pour les cinéphiles psychologues de comptoir qui ne peuvent s’empêcher d’y voir une homosexualité latente. Mais revenons-en au film, ou plutôt aux personnages. Le casting nous sort à peu près ce qui se fait de mieux dans les grands acteurs de Hong Kong: Tony Leung Chiu Wai, bien connu des amateurs de Wong Kar Wai pour ses prestations fabuleuses comme dans In the Mood for Love, en flic vendu à la mafia qui se permet les pires atrocités (quelques scènes de torture assez choc au passage…) et Lau Ching Wan, immense acteur pas forcément connu en France, il n’a jamais eu de prix dans un grand festival, mais qui est l’un des meilleurs à Hong Kong même s’il se fait beaucoup trop rare.

Le décor: Macao la nuit, une seule nuit de violence incroyable, il s’agit presque d’un 3ème intervenant dans le duel tant on sent sa présence, à l’image de ce qu’on pouvait ressentir devant Collatéral de Michael Mann. Mais cette ville prend également parfois le chemin de l’illusion car tout y est extrême, rien de positif n’y est montré, tout est destructeur. Seulement de la violence, que ce soit chez les flics, les voyous ou toute autre personne. Là où ce film se distingue d’autres polars HK, c’est dans son scénario. En effet il est d’une précision et d’une logique imparable, distillant au compte-goutte les vraies et fausses pistes, jusqu’à une révélation aussi surprenante que terrible.

Niveau mise en scène on retrouve cette classe assez incroyable typique des polars made in Johnnie To, agrémentée ici d’une photographie particulièrement soignée. Par exemple on garde longtemps en mémoire cette scène dans la cellule de prison avec la lumière qui filtre à travers les barreaux tout en éclairant les particules en suspension, tout simplement sublime. On appréciera également le recyclage du thème de Midnight Express utilisé assez judicieusement ici. Mais tout n’est malheureusement pas parfait dans the Longest Nite, et paradoxalement sa principale faiblesse est son scénario dont nous soulignions l’intelligence ci-dessus. En effet, tout fonctionne parfaitement, avec beaucoup de rythme jusqu’à la fameuse révélation qui apparait à peu près au bout d’1h de film… pour une durée totale de 1h21. Les 20 dernièes miutes constituent donc plus une sorte de remplissage scénaristique qu’autre chose,tout enjeu dramatique ayant disparu ou presque. On a tout de même droit à quelques belles scènes dans cette dernière partie mais il est clair que le film s’essouffle et retombe. Quel dommage! On était pas loin du très grand polar.

[box_light]The Longest Nite est un polar de très haut niveau, pour sa prestation d’acteurs, son ambiance, sa photographie sublime, sa musique délicieusement kitsh, sa violence frontale… mais il lui manque ce petit quelque chose dans la dernière partie pour atteindre la perfection. Malgré ce petit défaut, ce film se place très largement au dessus de tout ce que peut nous offrir l’occident au niveau des polars noirs et hard boiled. Pour les fans il est indispensable, culte![/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

A Macau, 2 gangs rivaux, celui de Mr. K et celui de Mr. Lung, sont en guerre. Les affrontements font rage depuis 8 mois et un puissant chef de Triade menace d’intervenir pour ramener l’ordre. Inquiets, Mr. K et Mr. Lung décident de se rencontrer pour faire la paix. Mais une rumeur circule selon laquelle Mr. K aurait mis à prix la tête de Mr. Lung. Les tueurs affluent dans la cité. La rencontre aura lieu dans quelques heures. Flics et truands se préparent pour… The Longest Nite.