The Lady (Luc Besson, 2011)

de le 30/11/2011
 
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Consciemment ou pas, Luc Besson a du sentir depuis quelques temps monter en lui un nouveau désir de reconnaissance, lui qui ne cesse de désavouer film après film tout ce qu’il a pu faire de bien, voire de grand, dans les années 80-90. Le catastrophique Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec constituant sans aucun doute une sorte de point de rupture. Avec The Lady et son grand sujet, le prix Nobel de la paix 1991 Aung San Suu Kyi, l’ambition est claire : faire un grand film. Et si le résultat a beau ne pas être à la hauteur de cette ambition, il rassure quelque peu quant à la santé du cinéma de Luc Besson qui n’a pas complètement disparu dans la médiocrité. le réalisateur se permet même d’aborder le sujet sous un angle surprenant, bien qu’il s’en défende. Ainsi The Lady ressemble à un objet de cinéma un peu malade. Absolument pas le grand film politique qu’on veut nous vendre mais une œuvre intimiste portant un regard inédit sur un couple pas comme les autres.

The Lady peut se résumer à un film maladroit, plein de bonnes intentions (dont celle de se racheter une conduite), porté par un sujet surpuissant mais au traitement un brin foutraque, comme s’il s’agissait d’un premier film. Sur un fil narratif global extrêmement linéaire, Luc Besson va donc tenter de dresser le portrait d’une femme exceptionnelle comme il les affectionne depuis si longtemps. Mais plutôt que de s’intéresser de près à la politique birmane et aux véritables agissements de la junte, il prend le pari de filmer la petite histoire derrière la grande, celle d’un homme et d’une femme. Ça part assez mal d’ailleurs avec un prologue retraçant un drame d’enfance de l’héroïne qui va certes établir les raisons qui la pousseront à s’investir autant dans la politique et l’avenir démocratique de son pays, mais qui se voit traité tel une introduction d’un possible film de vengeance. Bad guy au regard de fou, ralentis, morts dans tous les sens et regard de la petite fille, ça sentirait presque l’accroche de revenge movie s’il n’y avait pas le carton « histoire vraie » en ouverture. Heureusement par la suite il se calme et va livrer quelque chose de sobre, propre et sérieux. Tout à fait conscient du mythe auquel il s’attaque, il ne tente pas l’impossible et s’efface même quelque peu derrière le personnage intouchable. Il en dresse un portrait extrêmement lisse et plein de tendresse mais parait parfois paralysé par l’enjeu. Dans son approche il réussit quelques très jolies choses, de l’utilisation des diverses langues aux scènes-clés qu’il ne pouvait pas se permettre de rater. Ainsi, du premier discours d’Aung San Suu Kyi de retour en Birmanie à la remise du prix Nobel en son absence, en passant par cette séquence incroyable où elle s’avance face aux fusils des soldats, ça fonctionne. Dans sa démarche d’illustrer une icône, il n’hésite pas à isoler son actrice dans le cadre pour traduire le véritable isolement imposer par la junte et dans lequel elle s’enferme également par son engagement total. Ce qui fonctionne, c’est ce portrait de femme, ainsi que celui, parfois bouleversant, de son mari totalement dévoué. Leur histoire prenant le pas sur la grande qui se déroule dans le décor, le spectateur se prend en pleine face un dernier acte insupportable qui oublie toute retenue et se vautre dans le mélo bien lourd. Dommage, ce sont ces excès-là, très mal sentis, qui pourrissent le projet.

À côté d’un traitement visuel assez classique, au montage précis et doté d’une photographie qui fait la part belle aux couleurs chatoyantes et aux contrastes (Birmanie/Royaume-Uni), de la prestation irréprochable de David Thewlis et celle, absolument grandiose, d’une Michelle Yeoh toujours aussi belle et charismatique, trouvant ici et enfin un vrai grand rôle en occident, on trouve des choses inacceptables. Pourquoi truffer le film de répliques humoristiques d’une bêtise ahurissante ? Pourquoi Eric Serra se sent obligé de surdramatiser toutes les scènes avec sa bande-son aux accents du Dernier Empereur ? Pourquoi ce running gag débile sur la découverte de la musique ? Si on ajoute à cela un traitement catastrophique de la junte, réduite à une bande de brutes débiles dont les scènes se résument à de courtes séquences avec gros plans et cris dans tous les sens directement issues d’un actionner des années 80, ou une tendance agaçante à la répétition (difficile de compter le nombre de scènes avec une coupure de conversation téléphonique), on voit bien que Luc Besson a raté quelque chose. The Lady aurait du être un grand film, une grande fresque en faveur de la démocratie. Tout était réuni, et notamment grâce à la présence d’une immense actrice. À l’arrivée, tout se résume au générique de fin : une icône qui salue son peuple alors que résonne « Soldier of Love » de Sade. Quelle maladresse !

FICHE FILM
 
Synopsis

"The Lady" est une histoire d’amour hors du commun, celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple. Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie. "The Lady" est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.