The Killer Inside Me (Michael Winterbottom, 2010)

de le 31/07/2010
 
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Scandale à Sundance! Des spectateurs, dont Jessica Alba, ont quitté la salle devant la violence malsaine d’une scène de violence extra-conjugale qui tourne mal. On connait le goût prononcé des spectateurs américains pour les réactions excessives, et encore plus en temps de festival. On connait également celui de Michael Winterbottom pour le scandale programmé, on a tous en mémoire son 9 Songs faiblard qui n’a bâti sa réputation sulfureuse que sur ses scènes de sexe frontales et son rock faisandé, un film sans grand intérêt avouons le. Et malheureusement the Killer Inside Me ne véhicule que ce parfum de scandale lié à une scène bien précise mettant en scène la belle Jessica Alba. C’est d’autant plus dommage que le film vaut bien plus que cela. C’est un peu comme si Irréversible ne se résumait qu’à la seule scène de viol de Monica Bellucci, c’est non seulement faux mais surtout stupide comme stratégie pour vendre un film. Le parallèle Noé/Winterbottom n’est pas tout à fait fortuit car il parait évident que tous deux prennent un malin plaisir à choquer parfois gratuitement, simplement par désir de créer des polémiques et de surfer sur cette image de marque. Mais ce n’est que leur seul point commun, les deux réalisateurs suivant des trajectoires foncièrement différentes. Quoi qu’il en soit, il convient d’aborder the Killer Inside Me avec un certain recul nécessaire et ne pas y voir qu’un objet de provoc, ce qu’il n’est pas. Il s’agit d’un portrait assez tétanisant d’un homme sombrant dans une forme de folie autodestructrice, porté par un acteur qui confirme film après film qu’il fait partie des plus grands de sa génération.

Michael Winterbottom adapte cette fois une nouvelle considérée comme la plus noire de Jim Thompson, auteur prolifique spécialiste du roman noir justement, et dont les écrits ont déjà été adaptés par Sam Peckinpah (Guet-Apens), Alain Corneau (Série Noire), Stephen Frears (les Arnaqueurs) ou Bertrand Tavernier (Coup de Torchon), une référence donc. Pour l’anecdote, le Démon dans ma Peau avait déjà été transposé à l’écran en 1976 par Burt Kennedy, un film qui n’a pas forcément marqué les mémoires. Mais peu importe la qualité du roman original finalement, car avec the Killer Inside Me Michael Winterbottom trouve un sujet juste passionnant et qui lui permet d’ajouter une nouvelle corde à l’arc de sa carrière pour le moins éclectique. Et si l’aspect scandale annoncé et bien préparé laisse songeur sur les véritables ambitions du réalisateur, il n’empêche qu’il transcende son sujet pour proposer une étude clinique des mécanismes d’un tueur qui se découvre, sans fard, sans stylisation, sans forcer le trait. The Killer Inside Me fait mal par la froideur du tableau, par la difficulté à prendre du recul qu’il nous impose. Pas la grosse claque annoncée mais de très belles choses, efficaces surtout.

Ainsi pendant deux heures on va se plonger dans l’esprit d’un tueur. Mais un tueur pas comme les autres. Tout d’abord car c’est un shérif et qu’il est sensé représenter le bien, ensuite il ne sait pas vraiment qu’il en est un. On ne sait que peu de choses de son passé et des blessures profondes qui rejaillissent tout d’un coup dans sa vie, et c’est sans doute le plus troublant. Ce manque de repères sociaux ou dramatiques concrets auxquels on pourrait se raccrocher en tant que spectateur afin de prendre du recul enfoncent un peu plus le clou. Et il est clair que the Killer Inside Me ne se destine alors qu’à certains publics. Car la violence soudaine qui nous est montrée est froide, sans âme, elle met en scène un homme qui se retrouve confronté à la perte de contrôle de sa vie qu’il tentait de maintenir dans une fausse normalité après avoir enfoui son enfance. La rencontre entre Lou et Joyce, leurs ébats faits de sexe et de violence, sont le déclencheurs d’une auto-destruction inévitable. Dans cette spirale Lou va aller très loin, perdant ses repères mais pas sa lucidité, il va tout simplement laisser son instinct prendre le dessus et tout détruire autour de lui dans un schéma d’une précision d’horloger.

S’il dit ne pas aimer les films qui manipulent le public, Michael Winterbottom le fait pourtant de façon extrêmement perverse. Car ce type qu’il nous montre a beau tabasser les femmes qui l’aiment et qu’il aime sans aucun doute, il a beau être une incarnation diabolique de la violence conjugale, adepte du sadisme extrême, on le trouve pourtant sympathique. C’est le grand tour de force du réalisateur bien appuyé par son acteur principal. Car pour le reste c’est finalement assez classique. La forme est plutôt celle d’un film noir avec le mode de narration en voix off (troublant étant donné le timbre de Casey Affleck) ou la figure de la femme fatale. Toutefois, le temps de deux scènes vraiment chocs et totalement justifiées dans le récit, Winterbottom fait de petits miracles et nous prend littéralement les tripes pour les presser bien fort. Ces deux séquences mémorables sont peut être même un peu trop puissantes au milieu d’un récit finalement très calme et qui essaye d’empoisonner l’esprit du spectateur subtilement.

Il a déjà été célébré un peu partout mais the Killer Inside Me ne serait qu’une anecdote sans la présence de Casey Affleck. Il est bluffant, tétanisant par son calme permanent et la violence brutale qu’il contient, cachée au plus profond. Et ce n’est finalement pas dans ses excès de fureur qu’il est le plus effrayant mais tout au long du film, derrière son regard aussi naïf que calculateur. Après l’assassinat de Jesse James il livre une nouvelle prestation époustouflante. Nous pouvons en dire de même pour Kate Hudson, excellente en femme propre sur elle, aimante d’un amour platonique mais se révélant sous un jour totalement différent une fois au lit avec son homme. Par contre Jessica Alba pose problème. L’idée de prendre un phantasme masculin populaire pour en faire une prostituée adepte du masochisme et qui se fait démolir la gueule en plein cadre est une excellente idée. Mais on sait que les contrats de la belle stipulent toujours qu’elle ne doit pas apparaitre nue à l’image et donc on a droit à l’image d’une prostituée pudique. Conséquence inévitable: un manque de naturel flagrant malgré le traitement plutôt chaud des scènes de sexe, mais avec Alba on n’y croit jamais. Autre gros point noir qui empêche clairement le film d’atteindre son but, Winterbottom nous a pondu un final juste grotesque, et c’est bien dommage pour la dernière impression avant de quitter la salle.

Avec sa réputation sulfureuse, the Killer Inside Me était attendu au tournant. Et si dans les grandes lignes il ne déçoit pas, certaines maladresses le privent du titre qu’il cherche à obtenir. Le choc est atténué par des choix stupides mais la performance de Casey Affleck emporte tout sur son passage et fait de ce portrait glaçant d’un tueur hors de contrôle un grand moment de film noir, parfois. Quel dommage alors qu’il ne tienne pas totalement la distance car il y a les germes d’un film d’exception.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lou a un tas de problèmes. Des problèmes avec les femmes. Des problèmes avec la loi. Trop de meurtres commencent à s'accumuler dans la juridiction de sa petite ville du Texas. Et surtout, Lou est un tueur sadique et psychopathe. Lorsque les soupçons commencent à peser sur lui, il ne lui reste pas beaucoup de temps avant d'être démasqué...