The Housemaid (Im Sang-soo, 2010)

de le 12/07/2010
 
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Réaliser un remake d’un classique n’est plus la spécialité d’Hollywood, le manque d’inspiration imaginaire semble malheureusement se généraliser dans l’industrie cinématographique en dépassant les frontières de l’Oncle Sam. The Housemaid, la Servante, réalisé par Kim Ki-young en 1960 est un film légendaire. Considéré comme un des trois plus grands films jamais réalisés en Corée, il possède ce statut d’intouchable qui ne lui évite pourtant pas d’avoir droit à son remake, 50 ans plus tard. Volonté purement mercantile ou véritable création artistique, difficile à dire avant d’être mis face à la nouvelle oeuvre d’Im Sang-soo. Il éloigne assez rapidement le doute car en ayant repris lui-même l’écriture d’un scénario qui lui avait été soumis, il livre un récit qui s’éloigne foncièrement du film original si important pour toute une génération de cinéastes coréens (Park Chan-wook en tête). Concrètement, Im Sang-soo adapte tous les éléments de the Housemaid en fonction de l’évolution de la société et de sa propre personne. Il livre une oeuvre surprenante, pas tant par son discours social car on n’en attendait pas moins de sa part (tous ses films précédents possèdent une trame de fond basée sur un malaise social), mais surtout par son traitement qui flirte avec le fantastique, dans un style souvent baroque en n’ayant pas peur des excès d’érotisme ou de grand-guignol comme dans ce final qui nous cueille par surprise. On peut faire des remakes intelligents, the Housemaid en est la preuve, il faut simplement un certain talent pour l’écriture et la mise en scène, mais c’est le lot de n’importe quel film finalement.

Alors que le Vieux Jardin semblait porter les germes de l’aboutissement formel et thématique d’un réalisateur, le voilà qui passe à quelque chose de très différent avec the Housemaid, se rapprochant presque dans le ton de l’incroyable the President’s Last Bang, qui derrière un vernis de comédie satyrique hyper stylisée dans sa mise en scène cachait un propos social plus qu’incisif. Non pas qu’on soit devant une satyre cette fois encore, on en est très loin, mais Im Sang-soo, à la manière d’un Bong Joon-ho mais toutefois moins virtuose dans la subtilité, utilise habilement les codes d’un pur film de genre pour mieux les pervertir. Ainsi, si on n’y prête pas vraiment attention, si on n’écaille pas ce vernis si séduisant d’un thriller érotique parfois véritablement sulfureux, on risque de ne pas prêter attention au propos principal du film, la prise de pouvoir de la haute bourgeoisie coréenne. Le sujet n’est pas neuf il est vrai mais le ton sur lequel il est traité provoque une véritable attraction malsaine.

Une scène d’ouverture sous forme de choc psychologique et qui semble presque hors sujet alors qu’elle va définir à elle seule toute la psychologie du personnage principal, et le film dérange déjà la bonne morale. Ça ne s’arrange pas par la suite avec la mise en place progressive d’une relation extrêmement bizarre entre la servante et le maître de maison. On pense à tous les classiques de l’érotisme asiatique par cette tension sexuelle qui se dégage de chaque séquence qui met le couple adultère en scène, l’ambiance est des plus onirique et suggestive, voir même très osée pour un film coréen d’un auteur si reconnu. Et si le sujet est si brûlant, c’est qu’au sexe se mêlent assez vite des idées de domination et d’humiliation, une jalousie destructrice conséquence d’une lutte des classes, un personnage féminin complètement libéré sous ses airs naïfs (et qui contrairement aux apparences domine le récit pendant un bon moment, chose là encore osée dans la culture asiatique qui a tendance à rabaisser la femme) et un trame vengeresse bouleversante. Si le personnage d’Euny est à priori asservi sous le pouvoir de Hoon, jusqu’au drame terrible dont elle est victime elle anime pourtant les (d)ébats et ne fait que ce qu’elle veut faire. Et si l’aspect très cru de nombreuses séquences risque de fortement déranger, il n’empêche qu’Im Sang-soo a écrit un personnage passionnant de par sa complexité et sa force intérieure.

Bercé d’une ambiance moite et très noire, the Housemaid ressemble à s’y méprendre à un pur thriller qui flirte même avec le fantastique dans premier climax baroque à souhait et qui apparait comme la conclusion formelle du réalisateur. Il livre ici un de ses films les plus élégants sur le plan formel, chaque plan est merveilleusement construit et éclairé à la perfection pour créer une illusion de fantastique qui atteint parfois des sommets picturaux. Monté comme une boucle cruelle avec ses conclusions et introductions qui tranchent terriblement avec le reste tout en nous assénant un message d’un pessimisme incroyable sur l’enfermement dans lequel évoluent ces membres de la société bourgeoise, The Housemaid est un pur film de genre, poisseux et transpirant le désir interdit. Au niveau de cette ambiance particulièrement travaillée et onirique, on pense beaucoup à la stylisation de Park Chan-wook, et en particulier à son travail sur Thirst, autre sujet brûlant.

Bénéficiant d’un casting de choix, the Housemaid se voit pourtant dominé de la tête et des épaules par le personnage d’Euny, la servante du titre. C’est la belle et mystérieuse Jeon Do-youn, sacrée meilleure actrice à Cannes en 2008 pour sa performance incroyable dans Secret Sunshine, qui lui prête ses traits. Elle puise dans ses ressources pour livrer une prestation une fois de plus bluffante d’intensité, composant un personnage complexe à l’évolution permanente, passant de la libertine insouciante à la mère victime du pire des drames et qui perd complètement pied. Le seul lien véritablement humain qu’elle liera, dans un quatuor féminin impressionnant de cruauté, sera avec la jeune fille, personnage dont on imagine un futur des plus sombres. Film assez traumatisant par certaines images, mais surtout fascinant par d’autres, the Housemaid est une expérience picturale passionnante doublée d’un récit malsain et fortement inspiré par une société moderne dénuée d’humanité, et qui ne refuse pas d’aborder l’angle du fantastique. Une jolie réussite.

FICHE FILM
 
Synopsis

Euny est engagée comme aide-gouvernante dans une riche maison bourgeoise. Le mari, Hoon, la prend pour maîtresse. La vie de toute la maison va alors basculer.