The Green Hornet (Michel Gondry, 2011)

de le 15/01/2011
 
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En reprenant les rênes d’un projet voué à l’échec et sur lequel Kevin Smith et Stephen Chow s’étaient cassé les dents, Michel Gondry nous a effrayé pendant des mois. Pourtant à l’arrivée c’est un petit bonheur. Le scénario de Seth Rogen est un bijou de comédie, les acteurs sont tous à la fête et il règne sur The Green Hornet le parfum d’un vrai blockbuster détendu, léger. Pourtant Michel Gondry parvient à imposer sa signature, transformant l’essai du film de studio en une œuvre un poil plus personnelle, simplement par la grâce de sa mise en scène où il s’autorise de véritables tours de force techniques. On s’attendait à un blockbuster sans âme, on a peut-être déjà la comédie de l’année.

Un petit génie de l’image qui cède à la tentation du gros film de commande, on était prêt à le démolir simplement par principe. Car jusque là Michel Gondry avait su habilement contourner le système hollywoodien pour faire les films qu’il voulait faire et rien d’autre, ne cédant à aucun compromis. Pour The Green Hornet les choses sont différentes. En effet il s’agit bien plus d’un film de Seth Rogen, acolyte inséparable de Judd Apatow, ici scénariste et producteur, que de Michel Gondry. Plaisir de geek avant tout, The Green Hornet s’appuie sur la célèbre série TV des années 60 que tout le monde a oublié mis à part le personnage de Kato interprété par Bruce Lee qui faisait ses grands débuts aux USA avant de devenir l’icone que l’on sait. Ce qui frappe tout d’abord dans cette adaptation, c’est le plaisir évident qu’a pris Seth Rogen à écrire cette histoire qui retourne les codes du film de super-héros ainsi qu’à l’interpréter. Ensuite c’est à quel point Michel Gondry s’est approprié la chose, prouvant qu’il est possible pour un français d’aborder un film de studio, un film de commande, sans se renier complètement. Et surtout sans oublier de faire du grand cinéma car il y a dans The Green Hornet des idées de mise en scène absolument dingues.

À vrai dire le garçon est tellement doué qu’il efface en moins de deux heures notre amertume face aux divers problèmes rencontrés durant la production du film, et en particulier les abandons/destitutions successifs de Kevin Smith (dont le scénario a fini en comic book sorti chez nous il y a peu) et Stephen Chow. On regrette tout de même ce dernier qui aurait sans aucun doute été encore plus convaincant que Jay Chou en Kato. Mais passons, car la star de la canto-pop parvient à confirmer qu’il peut être un brillant acteur. Seth Rogen, aujourd’hui superstar de la nouvelle comédie américaine, a pondu un scénario brillant, et ce pour de nombreuses raisons. Tout d’abord il est parvenu à s’émanciper du modèle du super-héros héritier, Batman, en faisant de son Britt Reid un sale con égocentrique et capricieux qui ne combat jamais le crime pour faire le bien mais exclusivement pour qu’on parle de lui de façon détournée. Ensuite car il est parvenu à trouver un équilibre génial entre le héros et son sidekick, ce qui constituait le gros point faible de la série originale. Et enfin car sous ses apparences purement comiques, The Green Hornet règle de sérieux comptes avec le complexe d’Oedipe tout en foulant allègrement la morale made in USA.

Des films de super-héros où les héros ne sont finalement que des sales gosses qui jouent à qui pisse le plus loin, passent leur temps à se chamailler, et fracassent du bad guy à coup de savate et faux super-pouvoirs, c’est assez rare pour mériter toute l’attention possible. Bien sur on pourra lui reprocher un scénario à la trame bien trop simple et ne mettant pas assez en avant les failles des personnages, handicapé par un méchant absolument ridicule et autres écueils évidents. Mais il ne faut pas oublier le plaisir du spectateur, porté ici au sommet par la générosité peu habituelle d’un tel blockbuster. C’est tout de même ahurissant de voir ce couple de vigilantes masqués démolir l’immeuble d’un quotidien (héritage du héros), simuler un attentat, suivre les conseils de la secrétaires pour élaborer un plan, et ce dans un seul but : faire parler d’eux et essayer de se taper ladite secrétaire! On a déjà vu plus politiquement correct. Par contre on avait jamais vu aussi drôle dans le genre, Rogen s’étant particulièrement penché sur des dialogues qui font mouche à chaque fois, de la même façon que les nombreux gags tous réussis, sans exception.

Et pour mettre cette perle de comédie en mouvement, il fallait tout le talent et la folie visuelle d’un artiste tel que Michel Gondry (ou Stephen Chow d’ailleurs), sans faire preuve d’un quelconque chauvinisme. Car les films de super-héros, à quelques exceptions près, quand des auteurs se penchent dessus, se suivent et se ressemblent. Ici si sur la totalité du film tout est assez classique finalement, Gondry parvient tout de même à imposer sa patte de magicien le temps de quelques scènes ahurissantes. La première met en avant ce que Gondry appelle la « Kato’s vision ». En gros il joue avec l’hypervitesse à coups de ralentis et accélérés lors des scènes de combat mettant en scène Kato, pulvérisant au passage les effets de Zack Snyder sur 300. Plus discrets, une poignée de plans séquences dont le plus dingue se situe lors d’une poursuite en bagnole. La caméra opère des changements de direction brutaux mais d’une fluidité qui laisse bouche bée. Enfin, on trouve dans The Green Hornet ce qui est aujourd’hui le split-screen le plus dingue qui nous reste en mémoire. L’écran se divise au fur et à mesure jusqu’à 8 fenêtres sans coupe visible. Il y a de quoi se décrocher la mâchoire. Concernant le casting, Seth Rogen assure comme à son habitude en king of comedy à l’évolution intéressante. À ses côtés Jay Chou joue sur la nonchalance à la Bruce Lee sans pour autant singer le maître (un clin d’oeil lui est fait le temps d’un croquis, tout comme au fameux générique de la série en fin de film), et prouve après La Cité interdite (merci de citer celui-ci plutôt que le mauvais Shaolin Basket…) qu’il possède un beau potentiel d’acteur, ainsi que des qualités martiales qui méritent de s’y intéresser. Par contre Cameron Diaz n’est présente qu’en tant que potiche un brin agaçante et Christoph Waltz hérite d’un rôle bien trop ingrat et ridicule pour qu’il puisse s’y exprimer à loisir. À noter également un caméo assez réjouissant de James Franco, le bouffon vert chez le frelon vert… plutôt cool.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le directeur du journal Daily Sentinel se transforme la nuit en super-héros connu sous le nom de Frelon Vert. Il est secondé par Kato, l'expert en arts martiaux.