The Ghost Writer (Roman Polanski, 2010)

de le 14/03/2010
 
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Dernièrement, le démon des années 70 a rattrapé le franco-polonais qui s’est tristement retrouvé dans les gros titres de tous les médias pour son affaire de moeurs. Et ce à un tel point que beaucoup en ont oublié à quel point l’artiste derrière le personnage public à l’image sulfureuse est grand. On se demandait si son dernier film, après l’abandon de son pharaonique Pompeï, allait voir le jour ou non, alors que la justice américaine et le fantôme collabo suisse s’acharnait. Et c’est dans son chalet suisse où il était assigné à résidence que Polanski a  pu mettre un point final à son Ghost Writer, son meilleur film depuis très longtemps. En adaptant le roman l’Homme de l’Ombre de l’écrivain anglais Robert Harris, le réalisateur signe une œuvre qui prend des airs de thriller politique pour en faire un drame psychologique tout simplement brillant, se jouant de tous les codes pour livrer comme dans Frantic un film digne du grand Hitchcock, posant en quelques secondes une ambiance aussi mystérieuse qu’immersive. Et s’il est vrai que le récit est plutôt convenu et ne révèlera que peu de surprises, c’est que tout l’intérêt est ailleurs, dans le portrait d’un homme qui se perd, dans la manipulation, dans la symbolique et l’environnement. Avec the Ghost Writer, Polanski nous donne tout simplement une leçon de cinéma qui ne peut que faire oublier le personnage derrière l’artiste, afin de mieux séparer les deux, comme cela devrait toujours être le cas.

The Ghost Writer est avant tout un pur film de Polanski, dans lequel toutes ses obsessions depuis ses débuts au cinéma se retrouvent. La méfiance face aux politiques, ce mélange si difficile à retranscrire entre la fascination et la répulsion, le culte du looser, la puissance inquiétante de la mer (et donc de l’eau par extension), le bien et le mal intimement liés, le sexe, et bien entendu ce goût immodéré pour pour le huis-clôt. Mais cela va bien au delà d’un simple best-of de ce que le réalisateur nous propose depuis plus de 40 ans, il s’agit d’un film tout à fait autonome et qui passionne. Et ce pour plusieurs raisons. Si le cinéphile amoureux de l’œuvre du réalisateur sera déjà aux anges pour les raisons citées précédemment, on ne peut que se passionner pour le jeu géopolitique et ses travers à tendance mafieuse. C’est suffisamment habile dans la construction pour nous immerger dans un récit à la fois complexe mais aussi logique et extrêmement fluide.

Sur ce point, le parallèle est inévitable avec la réalité, et même plusieurs réalités jusqu’à un point qui en devient presque troublant. Tout d’abord le personnage de Pierce Brosnan et ses actes « amicaux » vis-à-vis de Washington se pose bien évidemment comme le pendant cinématographique d’un certain Tony Blair qui s’était vu également mêlé à de drôles d’affaires. Rien d’étonnant à ça, Harris était assez proche de l’ancien premier ministre britannique qui l’a sans doute influencé, même inconsciemment pour construire ce portrait de chef d’état à la botte du géant américain. Mais là où ça devient déstabilisant, car à la limite du surnaturel, c’est dans le rapprochement que l’on peut faire entre the Ghost Writer et son créateur, Roman Polanski. Non pas que de retrouver des éléments de la vie d’un réalisateur dans ses films soit surprenant, mais ici cela tient presque de la prophétie. Toute la construction du film, à l’exception du montage, s’est faite bien avant que ne remontent à la surface les vieux démons du metteur en scène, et pourtant on en retrouve des éléments dans le film. Si ça n’est pas quelque chose de troublant ça!!

Polanski isole ses personnages, réussit avec une aisance déconcertante à créer une ambiance à la fois planante et oppressante, transformant cette superbe demeure d’architecte en un lieu effrayant et désincarné, une gigantesque prison de verre où le danger semble venir de derrière chaque porte. Il ballade Ewan McGregor comme un pion sur un échiquier bien trop grand pour lui et l’utilise simplement comme le témoin auquel le personnage peut s’identifier, en étant autant manipulé que lui. Mais toute cette succession de faux semblants n’atteint jamais l’overdose (qui est toujours le risque du thriller) car on n’est jamais pris pour un imbécile. Le metteur en scène sait que son scénario ne surprendra personne, il préfère se concentrer sur le reste. Et le reste c’est en grande partie la mise en scène. Et sur ce point, c’est le bonheur absolu!

Polanski livre un boulot remarquable, chaque plan, chaque scène, tout est construit à la perfection, avec un véritable amour pour la belle image pleine de sens. Rien de gratuit, rien de prétentieux, derrière un classicisme apparent se cache une maitrise totale de son art, et c’est bluffant. On tient là un vrai bijou de mise en scène, où le moindre cadre est pile à sa place, la classe ultime. On ajoute à cela une bande originale aussi sobre qu’efficace, une tripotée d’acteurs tous aussi exceptionnels les uns que les autres (Brosnan au charisme phénoménal, McGregor enfin revenu à son meilleur niveau) plus des caméos savoureux (James Bellucci méconnaissable, Eli Wallach qu’on retrouve à l’écran avec plaisir), et on tient là tout simplement un grand film. Scandale, exil, persécution, manipulation, the Ghost Writer tient autant du thriller politique que du récit paranoïaque à tendance fantastique (difficile de rater l’idée de malédiction) et c’est un film tout simplement brillant, qu’il cherche à nous effrayer ou à nous faire rire de l’absurde de ses situations, bravo.

FICHE FILM
 
Synopsis

The Ghost, un " écrivain - nègre " à succès est engagé pour terminer les mémoires de l'ancien Premier ministre britannique, Adam Lang. Mais dès le début de cette collaboration, le projet semble périlleux : une ombre plane sur le décès accidentel du précédent rédacteur, ancien bras droit de Lang...