The Future (Miranda July, 2011)

de le 12/08/2011
 
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Moi, toi et tous les autres, le premier essai de Miranda July, avait su séduire. Par son ton, par son regard, par sa sensibilité et son imagerie, elle s’inscrivait dans cette vague de jeunes réalisateurs pleins de surprises, loin de tous ces clones qui pensent que le cinéma indépendant doit se borner à revisiter sans cesse les mêmes thèmes de la même façon, avec la même mise en scène. Chez Miranda July il y a quelque chose d’autre, une propension à l’onirisme, la tentation du fantastique, un refus des règles et un amour fou pour la prise de risques, ce qui fait la marque des grands, ou des futurs grands. Avec The Future elle évolue considérablement tout en gardant le même cap. Comme le petit garçon de Moi, toi et tous les autres semblait entamer un dialogue avec le soleil dans le dernier plan du film, c’est cette fois la lune qui devient interlocuteur du personnage masculin. Une évolution toute naturelle quand il s’agit de s’adresser à une puissance régulatrice tout en gardant le thème centrale de la relation de couple, traitée cette fois encore de façon tout à fait singulière. Miranda July est une artiste libre, qui se permet à peu près tout, au risque de se vautrer parfois, mais dont le besoin d’expression par l’image et le corps se fait sentir à chaque plan de The Future, réflexion fascinante et hypnotique autour des mystères du couple.

Miranda July reprend des figures symboliques et rhétoriques de son film précédent pour bâtir un discours qui n’hésite pas à verser dans le fantastique ou une certaine forme de science-fiction. Ce n’est pas une surprise étant donné le titre, The Future traite avant tout du temps. Le temps qui passe, l’avenir réel ou fantasmé, et sa suspension. Il y a là une grande idée, une très grande idée même, à savoir considérer une rupture amoureuse comme une faille temporelle. La première scène du film, que l’on voit d’ailleurs dans la bande annonce, se place ainsi en répétition de ce qui sera le coeur du film, une ouverture à la rêverie qui fait de The Future un film également hors du temps, hors de l’espace, comme en apesanteur. Bien aidée par la composition à la fois planante et dérangeante de Jon Brion tout aussi à l’aise que sur Punch-Drunk-Love ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, tout en convoquant les errances musicales du cinéma de Richard Kelly (le ton apocalyptico-poétique est assez proche de Southland Tales), Miranda July construit une oeuvre avec du coeur et du style, contrairement à la plupart de ses contemporains du cinéma indie. D’autant plus qu’à sa réflexion sur la possibilité des sentiments à faire varier le déroulement du temps, concept tout à fait passionnant tant les variations amoureuses semblent en effet déconstruire le temps parfois, elle y ajoute ses thèmes chéris comme la présence de plus en plus aliénante d’internet mais aussi un discours plutôt original sur la responsabilité. À travers le chat Paw Paw, dont on ne verra que les pattes avant pendant que nous entendons ses pensées, elle crée un regard sur ce que peut changer l’arrivée d’un nouvel être dans un foyer. Un chat plutôt qu’un bébé lui permet justement de jouer la carte du fantastique et de l’onirisme mélancolique qui fonctionne comme par magie. Et cette porte qu’elle ouvre sur un futur possible, tellement proche d’une réalité bizarre, presque malsaine jusque dans le sexe froid et inanimé, s’avère bouleversante.

Avec ses envolées désespérées et son goût pour la pose justifiée, Miranda July a bien compris que le cinéma est une affaire d’image avant tout. Ainsi The Future s’avère être un film d’une beauté étrange mais permanente, avec cette sensation d’une caméra qui flotte, comme si la mise en scène elle-même se trouvait dans cet espace-temps où tout s’arrête. L’exercice a bien entendu quelques limites, car en jouant des ellipses audacieuses la réalisatrice perd parfois le fil de son récit. Mais c’est pour mieux le rattraper ensuite, en jouant sur la rupture permanente, sentimentale mais également de ton. Par son vrai talent pour la réalisation, son audace, son talent d’actrice communicatif également et son absence de pudeur, Miranda July parle autant de l’intime que de l’univers, dans quelque chose qui frôle la prophétie d’une douce apocalypse mais n’oublie jamais de parler de son sujet, à savoir le quotidien d’un couple d’adulte effrayés par l’engagement ou noyés dans la folie douce. D’un sujet bateau elle tire une fable magnifique et vaporeuse, c’est ça le talent.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sophie et Jason, un couple trentenaire, vivent dans un petit appartement à Los Angeles. Dans un mois, ils adopteront Paw Paw, un chat abandonné. Un peu paniqués à l’idée de perdre leur liberté, ils quittent leur travail et se donnent 30 jours pour accomplir leurs rêves. Sophie et Jason vont tenter toutes les expériences jusqu’à traverser l’espace-temps pour donner une nouvelle chance à leur futur.