The Fall (Tarsem Singh, 2006)

de le 20/11/2010
 
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Sorti en France directement en DVD après 3 ans à écumer les festivals de par le monde, the Fall a tout du projet titanesque. Un tournage dans une vingtaine de pays, des milliers de figurants, une intrigue ambitieuse, sur le papier il s’agit d’une oeuvre gigantesque à laquelle David Fincher et Spike Jonze ont même apporté leur soutien. Tarsem Singh, on le sait, est un habile faiseur d’images, très habile même. Que ce soit dans ses publicités ou ses clips musicaux, il a toujours fait preuve d’un réel talent de metteur en scène, c’est un fait indéniable. Et ce même si certains réalisateurs lui ont reproché de puiser dans leurs idées en les faisant siennes, reproches que l’on peut comprendre assez vite à la vision de the Fall, son second long métrage après l’intéressant the Cell qui jouait déjà de l’incursion d’un monde dans l’autre. The Fall a bénéficié de critiques dithyrambiques, allant jusqu’à le taxer de chef d’oeuvre, d’oeuvre magistrale et autres superlatifs pompeux et malvenus. Cela peut se comprendre. En effet the Fall est un film qui en impose visuellement, comme peu de films de cinéma osent le faire. Mais à l’image de ce qu’a fait Jaco Van Dormael avec Mr. Nobody, the Fall est un film à la beauté froide et artificielle qui dans le fond ne fait que puiser des idées à droite et à gauche pour aboutir sur une oeuvre où la puissance des images n’aboutit sur pas grand chose. Puissance qui se doit tout de même d’être relativisée en considérant qu’il n’invente jamais rien et se contente de recréer, parfois à l’identique, des séquences parmi les plus belles que le cinéma nous ait jamais offert. Un beau film oui, mais qui n’est un chef d’oeuvre que pour le spectateur qui n’aurait jamais eu la chance de voir les films dont il s’inspire bien trop ouvertement et sans la finesse nécessaire pour passer du recyclage à l’hommage.

Sur le fond, the Fall est un conte fantastique en apparence plutôt habile. En effet en entremêlant récit « contemporain » et récit imaginaire, Tarsem Singh utilise un artifice impeccable pour livrer une réflexion sur le pouvoir de l’imaginaire, sur le pouvoir de l’image, ainsi qu’une métaphore évidente sur l’art cinématographique. Habile il est vrai, on ne va pas le nier, mais il n’y a rien de nouveau là-dedans. Comment ne pas retrouver dans cette démarche ce qui a déjà été fait à maintes reprises comme par exemple dans le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, the Fountain de Darren Aronofsky ou bien entendu les Aventures du Baron de Münchausen et autres oeuvres de Terry Gilliam? Donc sur le fond, même si cette belle histoire peut séduire, par ses bons sentiments et sa simplicité, il n’y a absolument rien d’original. Sauf peut-être dans le dernier quart du film qui plonge dans une noirceur qu’on n’attendait vraiment pas et qui s’avère être la plus belle surprise de the Fall.

On dira donc que the Fall, que Tarsem Singh avoue être largement inspiré par un film bulgare des années 80, Yo Ho Ho de Zako Heskija, est un conte qui mise tout sur l’image, ce qui en un sens est vrai. Mais là encore quelque chose cloche. Une fois passée l’introduction au ralentie dans un noir et blanc au moins aussi sublime que celle d’Antichrist, c’est un festival d’emprunts divers et variés à tout un pan du cinéma, à du très grand cinéma. Tarsem Singh va reprendre deux heures durant, suivant un mode de narration paresseux, des séquences complètes de films à forte identité visuelle qui l’ont visiblement marqué au plus profond. On le comprend, car quiconque a découvert Baraka de Ron Fricke, Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski, la Montagne Sacrée ou El Topo d’Alejandro Jodorowsky ne peut pas s’en défaire. Sauf que lui ne fait que recréer ces tableaux en éliminant toute la subversion qui faisait leur puissance. En résulte une oeuvre de recycleur passif qui n’a pas compris que recracher sa culture (cinématographique ou autre, les peintures surréalistes de Dali sont également de la partie, voir l’affiche pompant le Visage de Mae West) ne suffit pas pour faire un film majeur. On se retrouve donc devant un film d’esthète, capable de créer des images sublimes, mais qui pêche par un manque d’identité flagrant.

Ceci dit, the Fall n’est pas pour autant un mauvais film, loin de là. L’aspect conte moderne multipliant les décors et cultures parmi les plus graphiques ne peine pas à séduire, tout comme l’esthétique générale certes trop ancrée dans le style publicitaire mais qui flatte la rétine. Tarsem Singh possède un réel sens du cadre et s’impose comme un des esthètes les plus talentueux du moment pour créer de la belle image. Aucun doute la dessus sauf que le plus brillant des techniciens n’est pas nécessairement le meilleur des artistes. Il ne crée rien de nouveau, mis à part quelques détails fugaces, et c’est là toute la faiblesse de the Fall, sans même mentionner le ton bien trop gentillet de tout ça. Heureusement il y a ce dernier quart de film extraordinaire de pessimisme et de noirceur, et l’alchimie incroyable qui se dégage du couple formé par Catinca Untaru et Lee Pace, même si l’émotion vraie manque cruellement à l’ensemble du film, trop artificiel.

[box_light]Oui the Fall est un beau film, un très beau film même. Mais cette beauté éphémère n’est que papier glacé. Trop parfait sur la forme pour espérer faire naître la moindre émotion, il s’en dégage le sentiment d’assister à un long spot publicitaire de deux heures, magnifique mais un peu creux. Ajoutons à cela une accumulation d’influences bien trop pesantes qui empêchent the Fall de définir sa propre identité filmique et on obtient un objet cinématographique bâtard. Une expérience visuelle bluffante pour les uns, une simple citation d’oeuvres bien plus imposantes pour les autres, the Fall est bien une déception cachée derrière des ambitions visuelles mégalomanes.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Los Angeles, années 1920. Alexandria, une petite fille de cinq ans hospitalisée à la suite d’une chute, se lie d’amitié avec un autre patient, Roy, cascadeur à Hollywood victime d’un accident. Pour passer le temps et l’ennui de la convalescence, le jeune homme se lance dans le récit d’une histoire épique avec le gouverneur Odieux et les cinq héros fantastiques déterminés à le combattre. Mais la frontière entre la réalité et ce monde éblouissant de magie et de mythes commence à disparaître et la petite Alexandria réalise qu’il existe un véritable enjeu…