The Devil’s Rejects (Rob Zombie, 2005)

de le 30/08/2007
 
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Au départ c’est la suite directe de La Maison des 1000 morts mais c’est à un autre genre que nous invite l’ancien leader de White Zombie reconverti en grand réalisateur. Si son 1er film est un pur délire visuel, jouissif mais pas effrayant du tout, la séquelle est un contre-pied total car de l’aveu même du réalisateur, réaliser une suite n’est intéressant sur le plan artistique que si on s’éloigne de l’original. Cette réflexion montre à quel point l’artiste possède le goût du risque et de la remise en question, et le résultat est un vrai bonheur malsain. Un bonheur car Rob Zombie réussit son pari, livre un film à la mise en scène beaucoup plus soignée et posée que son précédent film, malsain car c’est l’œuvre d’un cinéphile amoureux du cinéma bis et trash, et donc des œuvres bizarres et controversées.

Quand un réalisateur fait un film, bien qu’il s’agisse souvent de fictions, il y met souvent de sa personne, de sa vie et de sa culture. Il n’est donc pas étonnant que certains soient rebutés par un léger aspect de déjà vu dans ce film car il reprend des codes cinématographiques souvent utilisés mais presque oubliés depuis. Les codes du cinéma d’exploitation des années 70, certainement une des plus belle décennie de cinéma dont 2 œuvres ont profondément marqué Rob Zombie : Massacre à la tronçonneuse et La Horde sauvage. Et on retrouve dans The Devil’s Rejects tout ce qui faisait le cinéma de cette époque. Un sujet politiquement incorrect, un traitement réaliste, une morale douteuse, des personnages impressionnants, du sang, du sexe et le tout mélangé dans un cocktail détonnant, de quoi donner des vertiges aux membres des comités de censure. On trouve tout ça dans The Devil’s Rejects, et bien plus encore, mais c’est pour souligner à quel point Zombie a voulu faire un film nihiliste à l’ancienne mais également ultra référencé. Il est pourtant difficile de défendre le film en restant objectif, tant il va à l’encontre de la morale, cette belle invention qui gouverne la culture… En y réfléchissant, il semblerait qu’en plus de vouloir faire un revival d’un genre qui l’a construit artistiquement, le réalisateur a voulu faire un bon gros fuck à cette morale et à l’industrie, et que ces gens-là sont tellement stupides qu’ils n’ont pas vu la partie immergée de l’iceberg. Ils n’ont vu qu’un film d’horreur de plus, du genre de ceux qui rapportent un max aux studios en ce moment alors qu’il y a encore quelques années c’était impensable d’en produire un… ils n’ont rien compris, tant mieux !

Pourquoi il faut voir (et aimer) ce film?

  • The Devil’s Rejects n’est pas vraiment un film d’horreur ! Il s’agit d’un film hybride, mélange de road-movie, de western et de film d’horreur, 3 genres qui ont donné un sacré paquet de bons films et typiquement ancrés dans les années 70. L’hommage à cette époque va jusque dans l’utilisation de pellicules 16mm, ce qui donne un grain et un aspect très réalistes et vintage au film.
  • Rob Zombie, à la manière de Tarantino, autre cinéphile reconnu adepte de séries B, permet à des acteurs oubliés de venir faire leur show dans des moments aussi jouissifs que nostalgiques. Par exemple cette bonne vieille trogne de Ken Foree (immortalisé pour son rôle dans Zombie de Romero) joue un proxénète black tout droit sorti d’un Bronx fantasmé et associé à son homme de main joué par le cultissime Michael Berryman (La Colline a des yeux de Wes Craven). Egalement on trouve Elizabeth Daily (vue dans Pee Wee’s Big Adventure mais surtout (mé)connue pour sa voix enfantine dans de nombreux dessins animés comme les Razmockets) qui joue une prostituée fan de star wars, Ginger Lynn (star du porno des années 80), et tout plein d’autres acteurs qu’on a tous vu dans des séries B ou Z.
  • Pour enfoncer le clou sur le casting, les têtes d’affiches sont impressionnantes. Bill Moseley (inoubliable Chop Top de Massacre à la tronçonneuse 2) campe un Otis qui ferait passer Charles Manson pour un enfant de chœur, Sid Haig (second couteau récurent apparu dans de nombreuses productions Corman et exhumé par Tarantino pour jouer dans Jackie Brown au milieu d’autres has beens) en capitaine Spaulding qui tombe le masque de clown et n’en est que plus effrayant, Sheri Moon Zombie, la femme de Rob aussi détraquée mentalement que terriblement attirante et aussi William Forsythe, acteur de seconds rôles, qui donne vie à ce shérif qui a perdu sa foi en la loi et qui devient un véritable prédateur. Ajoutons à cela l’incroyable tronche de gangster mexicain de Danny Trejo et on obtient un des casting de « gueules de cinéma » des plus impressionnants !

  • Parce que même s’ils sont réussis et qu’ils ont permis une renaissance du film de genre, La Colline a des yeux version 2006 et Wolf Creek ne sont que des enfantillages comparés à ce film monstrueusement violent et surtout qui s’assume complètement comme tel. Zombie aurait très bien pu réaliser ce film dans les années 70, il en a autant dans le slip qu’en avait Hooper quand il a fait son massacre.
  • Parce qu’en une seule scène, dans le motel, Rob Zombie réussit à créer une tension terrible, à la limite du soutenable. Une scène qui transpire la peur, l’humiliation et la folie. Quand une nymphomane hystérique et un tueur en série qui dort avec des cadavres rencontrent un petit groupe de musique country, ça donne un grand moment de cinéma. Cette scène trouvera un écho lors de la torture des 3 par le shérif, qui devient lui aussi un être abject.
  • Car c’est toujours intéressant quand on est spectateur d’avoir honte de ce qu’on ressent. En effet, ces personnages sont de vrais animaux, des êtres inhumains qui violent, tuent, et collectionnent les cadavres mais à plusieurs reprises on éprouve de la sympathie pour eux. Certes à un degré moins grave que dans Tueurs Nés, où l’identification était presque dangereuse, mais tout de même on ressent des choses très contradictoires.
  • Si la vue d’une partie du postérieur de Sheri Moon dans La Maison des 1000 morts vous a presque empêché de dormir, vous serez ravis d’apprendre que dans sa suite on en a pour son argent
  • Enfin comment ne pas frissonner devant cette longue scène qui commence par de longs plans aériens suivant une route sur fond du « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd, sans doute le morceau le plus emblématique de ce que représente le rock américain, quand la musique s’emballe, la course contre la mort de nos rejetons du diable s’accélère, l’émotion est là, on sait qu’on va les quitter mais leur dernière charge est une relecture moderne du final de La Horde Sauvage. Comme dans le chef d’œuvre de Peckinpah, le final de The Devil’s Rejects est inoubliable par l’émotion qu’il procure.

[box_light]Adoré, détesté, The Devil’s Rejects laisse rarement indifférent. C’est que Rob Zombie a signé une oeuvre extrême qui puise sa force dans le grand cinéma d’exploitation énervé des années 70. Poisseux, violent, nihiliste, amoral, The Devil’s Rejects ressemble à une aberration nécessaire au cinéma de genre. Rob Zombie crie haut et fort son amour pour tout un pan du cinéma de genre et signe une oeuvre entière et brutale qui bouscule les conventions morales contemporaines, en plus d’être techniquement remarquable. Quel choc![/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Après la mort de son frère, le shérif Wydell ne rêve que de vengeance. Il est prêt à tout contre la terrifiante famille Firefly, et il n'hésitera pas à outrepasser la loi. Barricadés dans leur maison, les Firefly, eux, sont décidés à lui échapper par tous les moyens. Rien ne semble pouvoir arrêter leur macabre saga. Entre les deux camps, la guerre est ouverte, et elle va s'étendre...