The Cove – La Baie de la honte (Louie Psihoyos, 2009)

de le 12/03/2010
 
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Devant un documentaire du calibre de the Cove il est bien difficile de rester insensible, à un point tel que le recul critique devient presque impossible. Car un peu à la manière de ce qu’a l’habitude de faire Michael Moore, the Cove n’est pas un documentaire au sens strict, il s’agit avant tout d’un film militant, un gros coup de gueule mêlé à un effrayant cri de détresse devant une pratique abominable qui doit disparaitre. L’objectivité? Très peu en fait, on est plus devant un procès en règles d’un pays qui cherche par tous les moyens à s’émanciper de l’occident, à savoir le Japon. Sauf que le pays n’a pas choisi le meilleur des combats pour montrer qu’il peut faire ce qu’il veut, car le massacre des dauphins est une chose tout simplement horrible, surtout quand on se rend compte à quel point cet animal est proche de nous. À ce titre le témoignage d’un des protagoniste de cette histoire, un surfeur, est édifiant, le dauphin est un animal à part qui possède une véritable conscience et qui aime l’homme, alors comment peut-on le massacrer?? Même si en tant que document choc véritablement militant, the Cove a tendance à frôler la propagande anti-japonaise (mais comment blâmer l’équipe? C’est toujours le risque quand on fait un film engagé, l’impartialité devient une utopie), il n’en est pas moins objectif car on y voit clairement les causes de ce désastre. Et ce n’est en aucun cas une pseudo cruauté que l’on a tendance à fantasmer vis-à-vis du peuple nippon, non, les causes sont bien plus complexes et bien entendues comme toujours, politiques. Ou quand l’économie vient enterrer tout sens moral, c’est révoltant.

En fait, dans son traitement, the Cove s’avère plus qu’original. Tout d’abord car dans sa construction il s’éloigne d’un documentaire traditionnel mais surtout il se démarque complètement de la dernière tendance à faire des docus écolo-chics qui enchainent les images magnifiques pour essayer de nous faire culpabiliser ensuite, en se trompant bien entendu de cible à chaque fois. Le cœur du film ce sont les images du massacre en question, qui se déroule dans un lieu ultra protégé, et sont donc des images volées. Elles ne durent que quelques minutes, c’est amplement suffisant pour se rendre compte de l’horreur et c’est de toute façon insupportable, pas de quoi en faire un film exploitable en salles. C’est pourquoi toute l’équipe a décidé d’en faire une sorte de thriller d’espionnage sacrément efficace. On y suit la préparation d’une véritable opération commando en parallèle avec des images d’interviews et conférences pour établir les causes mentionnées ci-dessus. Le recrutement digne d’Ocean’s Eleven auquel un gentil clin d’œil est fait d’ailleurs, une logistique toute militaire, l’appel fait à des artistes du cinéma (ILM pour fabriquer de fausses pierres pour cacher des caméras), c’est assez passionnant et très bien emmené.

L’objectif est simple, nous montrer que ce problème peut toucher absolument tout le monde et rendre le combat universel, c’est gagné. Mais là où le film étonne, au delà du sujet atroce, c’est dans le traitement d’un des personnage, celui au centre, un certain Richard O’Barry. Bizarrement son destin est étroitement lié à ce qui se passe dans la baie de Taiji, car on ne fait pas que tuer des dauphins là-bas, on alimente aussi les parcs aquatiques. Et ce O’Barry est un peu à la source de cet engouement pour les dauphins, en tant que dresseur de Kathy (plus connue en tant que Flipper le dauphin). Et cet homme qui a inconsciemment créé le « dauphin-peluche » est aujourd’hui rongé par le remord, et the Cove sonne également comme son chemin de croix vers une certaine rédemption, elle aussi bouleversante.

On pourra toujours argumenter en vain contre la prise de position de ce film, contre l’utilisation abusive de musiques dramatiques, contre une certaine image des japonais (au mieux ignorants, au pire cruels), ce serait passer à côté du sujet. Tout d’abord the Cove nous montre qu’avec une passion, une haine, quelques moyens et une équipe, on peut faire bouger les choses. Mais il nous montre aussi qu’un gouvernement peut faire tout avaler à ses citoyens, et ça fait peur. Car finalement, ces pêcheurs de Taiji qui tuent des dauphins, si on nous les montre comme presque inhumains, il ne faut pas oublier qu’à un moment donné il est dit clairement que le pouvoir en place leur bourre le crâne pour les convaincre que le dauphin est un nuisible qui leur vole leur gagne-pain, les poissons! Et même si c’est une idée farfelue, leur comportement tient de la survie plus que de la cruauté.

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants du massacre des dauphins à Taiji, et l’aveuglement du peuple japonais, il est absolument nécessaire de voir ce film. C’est un document d’une puissance assez rare, pas exempt de défauts, mais suffisamment fort et original pour convaincre. Et si le propos est orienté, les éléments sont bien présents pour se faire sa propre opinion sur la chose.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après s'être fait connaître dans les années 60 par la série Flipper, l'ex-dresseur de dauphins Ric O'Barry est aujourd'hui un défenseur acharné des cétacés. A Taiji, au Japon, il se mobilise contre le massacre de plusieurs milliers de dauphins par an, perpétré à l'abri des regards. Avec l'équipe de l'Oceanic Preservation Society, O'Barry entreprend de révéler la vérité sur Taiji au monde entier. Malgré l'hostilité de la police locale et des pêcheurs, O'Barry et ses complices réunissent une équipe de choc : cadreurs et preneurs de sons sous-marins, spécialistes d'effets spéciaux, océanographes et plongeurs en apnée réputés se lancent dans une opération secrète destinée à rapporter des images de la petite baie isolée...