The Comedian (Tom Shkolnik, 2012)

de le 18/12/2012
 
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Festival De Cinéma Européen des Arcs 2012 : en compétition.

Dans un cinéma anglais en perpétuelle évolution, l’israélien Tom Shkolnik tente d’apporter un vent nouveau avec The Comedian, drame dépressif autour d’un homme incapable d’aimer correctement et dont l’existence n’est qu’un gigantesque tourbillon d’échecs. Portrait d’une jeunesse qui poursuit ses rêves de célébrité au risque d’y laisser toute étincelle de vie, ce premier film très spontané, écrit au fil du tournage et largement improvisé, paye parfois cher son parti-pris mais sait se montrer fascinant à l’occasion.

The Comedian c’est l’histoire d’Ed, un type qui rêve d’être comédien mais qui doit se contenter de faire le téléconseiller pour des complémentaire de santé. Un type tiraillé entre son attirance naturelle pour les homme et une autre, plus étrange, pour sa colocataire, sorte d’âme sœur qu’il ne peut contenter. The Comedian n’a rien d’une comédie. Et ses premiers instants faussement légers ne sont là que pour préparer le déferlement de mélancolie à suivre. La force du film, mais également son plus gros point faible, tient dans la volonté du réalisateur d’avancer à l’aveugle en donnant une liberté totale à ses acteurs. En résultent quelques scènes d’une spontanéité et d’un naturel assez incroyables, quand d’autres sont extrêmement laborieuses et transpirent une forme d’amateurisme. Ce projet atypique, qui se traduit dans les faits par 90 heures de rushes transformées en 1h20 de film, est ainsi une sorte d’objet de cinéma fragile et vacillant, parfois touché par la grâce mais globalement trop maladroit et reposant en grande majorité sur des prestations de comédiens sans doute trop sollicités et laissés en roue libre. Il n’empêche que Tom Shkolnik traite le tout avec un soin tout particulier, et notamment dans son utilisation des lumières naturelles qui créent une ambiance loin d’un cinéma totalement réaliste.

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The Comedian est le portrait d’un être complexe, dont le rapport avec le spectateur va sérieusement évoluer avec la narration. C’est sans doute ce que Tom Shkolnik et son acteur principal, l’impressionnant (de par son aisance dans l’improvisation) Edward Hogg, réussissent de mieux dans ce film. Ils créent tout d’abord une forte empathie en dressant le portrait d’un homme passionné qui souhaite vivre ses rêves à fond et se sortir d’un boulot banal dans lequel il ne peut s’épanouir, pour ensuite en faire un être hautement antipathique, rongé par son égo et sa jalousie, avant d’en faire une créature pathétique presque bouleversante. Dans l’idée c’est très bon, dans les faits on oscille entre des moments magiques et d’autres, plus nombreux, qui le sont beaucoup moins. La faute à une gestion de la narration et du rythme parfois calamiteuse, entraînant une impossibilité de vraiment s’attacher à tout ce qui arrive à ce comédien raté. Mais parfois, le temps d’une scène d’amour torride, d’un moment de tendresse avec une colocataire amoureuse, ou d’une agression par des jeunes racailles homophobes, le film touche à quelque chose de beau, de pur, et surtout de naturel. Tout à coup les acteurs en pleine performance s’effacent derrière leur personnage et The Comedian prend une certaine ampleur, qu’il ne maintient malheureusement pas. Au lieu de ça, des séquences s’éternisent à n’en plus finir avec des acteurs qui cherchent un texte, ou quand l’improvisation vient tuer la narration. C’est le risque d’un tel parti-pris ultra instinctif, à la fois salvateur par la liberté permise mais qui n’en finit plus de déraper par l’absence de cadre. En résulte un film bordélique à souhait mais qui parvient à tenir la route par intermittences, sauvé par des acteurs qui se livrent complètement et un vrai travail de cinéaste au cadre et à la lumière.

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Ainsi le portrait qui se dessine, celui d’un homme dont l’ambition empêche toute véritable relation humaine, qui ruine sa véritable vie professionnelle et amoureuse, est parfois passionnant. Les nombreux sous-textes, de l’homophobie à la situation financière des jeunes adultes, en passant par les communautés immigrées qui constituent la base du Royaume-Uni, sont également très intéressants mais ne sont globalement pas très développés. Reste donc le parcours de cet homme et sa recherche d’un refuge pour une vie qui lui échappe. L’ombre d’un amour perdu, l’étrange souvenir de parents qui ne le comprennent pas, une poignée de rencontres qui rythment une existence, et de ce canevas en déséquilibre se dresse un film très fragile, sur la brèche. La spontanéité lui donne du corps et une âme, un certain vent de fraîcheur, tandis que le soin apporté à la lumière vient célébrer le drame pour lui donner de la puissance. C’est en penchant du mauvais côté de la balance qu’il s’égare et devient lassant, tout en se concluant dans un doux rêve, une discussion entre Ed et un chauffeur de taxi la nuit, l’utilisation de la longue focale transformant les lumières de la ville en matière abstraite pour terminer sur, enfin, une petite note d’espoir. Croire en ses rêves, c’est le seul moyen de garder espoir quand une vie vire au drame permanent, ultime bouée de sauvetage de ce comédien qui peine à se connaître et va devoir revoir les fondations de sa propre vie. De belles choses donc là-dedans, mais l’ensemble est bien trop chaotique pour emporter l’adhésion.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ed, la trentaine, est comédien de stand up charmant, spirituel et perdu. Essayant de se faire une place dans le monde de la comédie, la nuit, il joue dans les petites salles des pubs londoniens ; le jour, il travaille dans un centre d’appels. Il vit avec Elise, magnifique chanteuse française. Comme frères et sœurs, inséparables, ils entretiennent une relation d’amour asexué.
Une nuit, dans un bus, Ed rencontre Nathan, un jeune artiste noir, direct, honnête et libre. Ils débutent une aventure passionnelle. Brusquement, Ed doit choisir entre son attraction pour un homme et son amour pour une femme.