The Cell (Tarsem Singh, 2000)

de le 30/10/2011
 
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Alors que Les Immortels, qui ressemble comme deux gouttes d’eau au mariage imparfait entre 300 et Le Choc des titans, pointe tout doucement le bout de son nez, c’est l’occasion de revenir sur le premier long métrage du réalisateur d’origine indienne Tarsem Singh, longtemps connu sous son simple prénom. Quand il se retrouve parachuté par New Line à la réalisation de The Cell, Tarsem Singh est considéré à juste titre comme l’un des réalisateurs de clips et de publicités parmi les plus doués de sa génération. Un technicien ultra doué à la tête d’un thriller franchement ambitieux, cela peut faire des étincelles, surtout qu’en plus d’être un véritable maître de la belle image, Tarsem Singh possède un univers graphique assez fascinant aux influences aussi prestigieuses que diamétralement opposées. Bref, de quoi vivre une expérience de cinéma inédite et c’est en effet ce à quoi nous convie The Cell, un voyage étrange à la fois magique et terrifiant, passionnant et bancal, entre intrigue classique et fulgurances cauchemardesques. The Cell n’est pas un film comme les autres, et même si le résultat se prend à plusieurs reprises les pieds dans le tapis il est fascinant du début à la fin.

The Cell est un film schizophrène. D’un côté il y a le thriller, le « film de serial killer », genre complètement essoré pendant les années 90 avec tout d’abord Le Silence des agneaux en 1991 et le succès qu’on lui connaît puis le choc Se7en en 1995, interprétation définitive d’un genre et coup de boule esthétique toujours inégalé. The Cell surfe sur la même vague pour toute sa partie d’enquête qui n’apporte rien de bien nouveau et se contente de balancer un flic un brin borderline sur la trace d’un tueur en série sadique tout en faisant appel à un personnage externe qui n’a rien à voir avec les forces de l’ordre mais leur offre une approche différente de l’enquête, une plongée dans l’esprit du tueur en série. L’originalité de The Cell c’est que cette plongée va prendre forme à l’image, poussant les réflexions de tous les films précédents encore plus loin. Finalement ce que fait Tarsem Singh, c’est appliquer l’idée de Matrix (ou d’Existenz mais autant prendre un exemple réussi) à un genre devenu balisé et difficilement remodelable. Quelque part, tout ce qu’il fait c’est utiliser les outils du cinéma pour illustrer une idée, faire naître les rêves à l’image, revenir à l’essence même du 7ème art. Le bon côté de tout ça est que le bonhomme est doué pour composer des images hallucinantes, donc chaque plongée dans l’esprit du tueur, ou du gamin au départ, est un pur régal pour les yeux. Direction artistique, lumière et surtout mise en scène sont au diapason pour créer le réel à partir de l’imaginaire et rendre palpable les créations de l’esprit. Les plans sont d’une beauté inouïe, les transitions du montage sont d’une élégance incroyable, annonçant celles encore plus folles de The Fall, ces visions dantesques hypnotisent par leur grâce et dégoûtent par leur caractère dérangeant. l’expérience est intense, on est presque ravi. Presque car si Tarsem Singh livre des tableaux vivants sidérants, il peine à leur donner du sens et tombe la plupart du temps dans la pose. Bien entendu, tout cela est justifié par l’esprit tordu du tueur mais le manque de personnalité du réalisateur nous éclabousse déjà le visage. Les images sont sublimes MAIS pour la plupart elles ne sont que de nouvelles interprétations d’images et concepts artistiques bien connus. Ainsi il convoque déjà des plans d’Andreï Tarkovski, des tableaux de Salvador Dali ou Odd Nerdrum, des sculptures animales de Damien Hirst (et particulièrement Some Comfort Gained From The Acceptance Of The Inherent Lies In Everything avec le cheval coupé en tranches), des créations de H.R. Giger ou un character design général clairement issu des visions de Clive Barker, Cabale en tête. Comme avec The Fall on est un peu le cul entre deux chaises avec d’un côté le plaisir de voir ces créations tout à coup en mouvement et d’un autre l’impression de voir un technicien talentueux faire un étalage de sa culture en art moderne. C’est la limite principale de The Cell, et de Tarsem Singh également qui a suivi exactement la même voie sur son film suivant. Et à l’inverse des frères Wachowski ou de Quentin Tarantino qui sont capables de digérer des tonnes d’influences diverses pour accoucher de créations personnelles, il peine à trouver son style.

Reste que The Cell flatte la rétine comme peu de films ont pu le faire, et qu’il pousse son concept jusqu’au bout, créant même quelques réflexions passionnantes au sein des séquences d’exploration des rêves. Des anges noirs, des limbes, une mère symbolique… le mélange des genres et des visuels est fascinant, du fantastique pur à l’heroic fantasy, mais rien n’est suffisamment poussé pour créer quelque chose de concret. The Cell est fait de thématiques avortées tel un livre d’images délesté de son âme. Tarsem Singh ne signe donc pas un grand film mais propose une vision sidérante du thriller avec ce qui reste comme le dernier film de serial killer vraiment original et fait de fulgurances graphiques. C’est aussi de très loin le meilleur rôle de Jennifer Lopez, incroyablement juste et fragile dans le rôle de cette exploratrice de l’esprit confrontée à des apparitions démoniaques. Drôle d’impression donc, mais ce thriller héritier de Se7en et dopé aux symboles que ne renieraient pas les cinéastes surréalistes possède des qualités tellement évidentes qu’on comprend très bien pourquoi David Fincher a pris le virtuose Tarsem Singh sous son aile, soutenant la sortie de The Fall et lui donnant les rênes d’une seconde équipe sur le tournage de L’étrange histoire de Benjamin Button.

FICHE FILM
 
Synopsis

La psychologue Catherine Deane participe à l'expérimentation d'un procédé thérapeutique révolutionnaire qui lui permet de visiter littéralement les esprits de patients inconscients. Lorsque le FBI lui demande d'utiliser cette technique pour pénétrer dans le cerveau de Carl Stargher, un tueur en série tombé dans le coma, elle ignore l'expérience traumatisante qui l'attend. Elle doit localiser la cellule piégée où est enfermée la dernière victime de Stargher. Entre répulsion et fascination, elle progresse dans le dédale psychologique du tueur, jusqu'à devenir une proie...