The Brave (Johnny Depp, 1997)

de le 28/07/2009
 
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Première, et malheureusement unique, réalisation de l’acteur, The Brave a tout du film déroutant. Un synopsis qui parle de snuff movies, comme l’excellent Tesis ou le très mauvais 8mm, un acteur/réalisateur qui semble s’attacher à des univers bien spécifiques, la présence de Marlon Brando au générique… de quoi susciter autant l’attention que la méfiance. Un acteur, aussi bon soit-il, qui passe derrière la caméra ça peut donner tout et n’importe quoi. D’autant plus que ce film s’est fait copieusement huer lors de sa présentation au festival de Cannes où il était en compétition, et s’est fait descendre à un tel point qu’il n’a même pas été distribué aux USA! C’est dire la réputation qu’il se trimballe… Après l’avoir vu on peut se demander si le public de ce festival aime vraiment le cinéma, car si The Brave est un film parfois maladroit (mais il ne faut surtout pas oublier que Depp n’avait aucune expérience en tant que réalisateur!!) il est aussi d’une sincérité incroyable et d’une beauté à couper le souffle. Un film méconnu mais un véritable coup de coeur…

Quand il a réalisé son film en 1997, Johnny Depp n’était pas encore l’acteur hyper bankable qu’il devenu grâce à la trilogie Pirates des Caraïbes, il était en pleine ascension, essayant de casser le plus possible son image de belle gueule issue de 21 Jump Street en enchaînant les « films d’auteurs ». Ainsi on l’a vu croiser la route de réalisateurs prestigieux dont Tim Burton, Lasse Halström, Emir Kusturica, Jim Jarmush, John Waters… des grands rôles, des grands films qui l’ont beaucoup influencé pour sa première réalisation. Ces expériences lui ont également permis de pouvoir réunir une équipe de talent.

Ainsi dans The Brave on note la présence (quelques minutes) du géant Marlon Brando, de Vilco Filak à la photographie (collaborateur de longue date de Kusturica, il a éclairé le Temps des Gitans et Underground), des monteurs Pasquale Buba (Heat, le jour des morts vivants) et Hervé Schneid (tous les films de Jeunet et le diptyque Mesrine), le génie Iggy Pop à la musique… bref du beau monde!! Et la somme de tous ces talents aboutit sur un film bancal car ne sachant pas vraiment sur quel pied danser (drame, fantaisie, contemplation, lyrisme…) mais qui ne tombe jamais dans l’ennui auteurisant qu’on aurait pu craindre. Mieux, de par ses défauts il se révèle passionnant.

Depp a eu l’excellente idée de se mettre lui-même en scène. Après tout le personnage de Raphaël lui correspond parfaitement avec son image d’indien gitan, raffiné dans sa négligence. Il porte clairement le film sur ses épaules, portant son regard mélancolique sur un monde qui ne correspond pas du tout au bonheur auquel il veut destiner sa famille, c’est un looser, un alcoolique, un ex-taulard… mais sa femme et ses gosses restent son seul moteur! Le film porte en lui un thème plutôt fort, à savoir si un homme peut être suffisamment courageux pour vendre son âme au diable en échange d’une vie meilleure pour ceux qu’il aime. C’est ce qu’il fait dès le début du film, une longue introduction qui l’emmène dans l’antre glauque d’un Brando comme toujours (surtout à cette époque!) en roue libre. 10 minutes de pure contemplation pendant lesquelles aucun mot n’est prononcé… comme une marche funèbre et envoûtante…

La suite est tout aussi planante… Si ça peut être réducteur, on pourrait qualifier le film comme une tranche de vie ultime filmée sur un rythme à la Jarmush et traversé par des exubérances à la Kusturica (le plan séquence pendant la fête, avec un caméo sympa d’Iggy Pop, semble tout droit sorti d’un film du cinéaste serbe). Alors qu’il a signé son pacte et récupéré une partie de l’argent de sa future mise à mort, Raphaël tente pendant ses derniers jours de rattraper le temps perdu avec sa famille. Il devient un moment le père idéal, l’amant d’autrefois, l’homme droit qu’il n’a jamais été. Mais ses moments de bonheur fugace ne masquent jamais la fin tragique qui l’attend et qu’il a choisi. Tout le film est porté par une mélancolie effrayante, et les apparitions de l’excellent Marshall Bell viennent nous rappeler de façon ponctuelle que ce bonheur n’est qu’illusion…

Parsemé d’images inquiétante, de symboles et de personnages métaphoriques, The Brave est vraiment une expérience unique. Bercé par la musique world d’Iggy Pop (qui avait déjà fait des merveilles en collaborant avec Bregovic sur Arizona Dream) mélangée à des sons latinos et gitans, il nous montre un homme qui a choisi son destin en le sacrifiant pour les siens.

Et si le film n’évite pas de tomber dans certaines facilités, comme la séance de chamanisme un peu too much ou la scène d’amour devant un soleil couchant, magnifique mais tombant dans le plus vieux cliché cinématographique, ou encore un pathos parfois trop appuyé, il reste une réussite, un film rare, lyrique et émouvant, jusqu’à cette longue scène de fin, belle à en pleurer et qui ne tombe jamais dans le voyeurisme vulgaire.

Avec The Brave, Johnny Depp se dévoile comme il ne l’avait jamais fait en tant qu’acteur, jamais autant, et il fait preuve d’une sensibilité désarmante. Dommage que l’échec critique lui ait coupé toute envie de persévérer derrière la caméra car il possède un réel talent…

FICHE FILM
 
Synopsis

A Morgantown, bidonville aux confins de la prairie americaine, les gens, d'origine diverses, passent leur temps a boire. C'est la que Raphael vit avec sa femme Rita et leurs deux enfants au pied du gigantesque depot d'ordures qui les villageois exploitent pour gagner leur vie. Determine a faire vivre sa famille, Raphael se rend en ville a la recherche d'un emploi. Il y rencontre Larry, businessman, puis McCarty, l'ange de la mort, qui lui propose un pacte.