The Box (Richard Kelly, 2009)

de le 18/11/2009
 
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En seulement deux films, Donnie Darko et Southland Tales, et à seulement 35 ans, Kelly est devenu l’un des réalisateurs les plus passionnants du moment. Prétentieux pour certains, génial pour d’autres… on peut dire qu’il ne laisse pas indifférent, et c’est tant mieux! Pour ma part j’y vois comme un fils spirituel de David Lynch, en plus lumineux, moins torturé et moins « artiste », bref un vrai talent pour l’image, des thèmes innombrables et une volonté de ne jamais guider le spectateur… enfin ça c’était jusqu’à the Box, film de commande, qui semble sur certains points entrer sans problème dans l’univers du réalisateur et sur d’autres ne pas lui appartenir. Le film est beaucoup moins exigeant que les précédents, comme si les critiques qui ne voyaient dans Southland Tales qu’une bouillie arty incompréhensible avaient eu raison de l’intégrité artistique de Richard Kelly… et si le film est très loin d’être mauvais, ce côté très accessible au grand public laisse songeur, tout comme certaines thématiques qui prennent ici une importance capitale.. en fait the Box c’est bien mais on sent comme une régression par rapport à ses deux films précédents en même temps qu’une ambition démesurée… sensation bizarre.

C’est le risque quand on lance sa carrière sur un film aussi puissant que Donnie Darko, immédiatement classé comme culte… il faut assurer sa réputation ensuite. Son deuxième film était exceptionnellement riche, trop sans doute pour beaucoup de monde, et s’est fait démolir un peu partout. Avec the Box il semble avoir retenu certaines leçons c’est certain mais il rate encore le chef d’œuvre. Pourtant il y a de très grandes choses là-dedans, on peut presque dire que c’est le film de SF le plus ambitieux depuis très longtemps, par les thèmes qu’il brasse et par la direction qu’il semble prendre par moments, celle de 2001, l’odyssée de l’espace… En effet comment ne pas voir dans cette boîte, entre autres, une déclinaison du monolithe? Un objet presque abstrait qui entraîne des questions fondamentales sur la nature de l’homme… oui the Box va aussi loin que ça par moments.

Donc derrière un vernis qui nous rappelle un peu X-Files, ou plus encore Twilight Zone, ancré dans une reconstitution splendide des années 70 (on est au même niveau que Zodiac sur ce point, c’est dire!), le film s’oriente à plusieurs reprises vers le questionnement métaphysique, mais pas seulement… la question de la morale de l’espèce humaine vient prendre une place fondamentale, d’ailleurs sont cités ouvertement les auteurs Jean-Paul Sartre et Arthur C. Clarke, ce qui n’a rien d’étonnant finalement… sauf que Richard Kelly n’a pas encore l’expérience de ces gens-là, ni de Kubrick, et qu’il se laisse un peu emporter par un message qui le submerge, qu’il n’arrive pas à toujours maîtriser et encore moins à sublimer… et pour s’en sortir il utilise un artifice qu’on ne lui connaissait pas jusqu’à aujourd’hui, fermer son film à toute interprétation.

Sauf que bizarrement il nous en laisse l’illusion en clôturant son film de façon un peu abrupte. Quand arrive le générique on est d’abord songeur avec la sensation d’avoir été perdu puis en fait non pas du tout, on a toutes les clés en main et les portes sont déjà ouvertes… aucune piste pour nous faire notre propre interprétation, si ce n’est sur des détails insignifiants, Kelly nous empêche de réfléchir! Dès lors tout ce qu’il nous reste comme piste est de voir si on est d’accord avec lui ou pas… Et autant mettre l’humanité dans la peau du docteur Faust est une idée plutôt judicieuse, autant lui imposer un choix digne du choix de Sophie est moralement plus discutable… sans compter la présence écrasante de thématiques religieuse du plus mauvais goût (déjà présentes dans Southland Tales avec un the Rock aux forts accents christiques mais ici on part vers des croyances qui nous feraient presque croire que Tom Cruise et John Travolta sont à la production…).

De plus la construction de son film est une sorte de boucle temporelle qui ne laisse à l’humanité aucun espoir de rédemption… en ce sens le film est d’un pessimisme rare. Et puis l’idée d’êtres suprêmes (qu’on les appelle Dieu ou E.T. peu importe) qui nous enlèvent tout libre arbitre en nous faisant croire qu’on en bénéficie toujours me dérange profondément… sans parler de l’idée du sacrifice, omniprésente chez Kelly, qui m’insupporte également.

Bref, sur le fond, on va du sublime au nauséabond, mais tout reste finalement très carré, balisé… il se retrouve bien loin le chef d’œuvre de Kubrick pour le coup! Par contre il est vrai que sur la forme c’est presque le sans faute, là le réalisateur fait preuve d’un talent impressionnant.
Pas d’esbrouffe, des plans construits au millimètre, tout en symétrie, posant toujours le sujet en plein centre… c’est beau, mais vraiment. Ce n’est pas impressionnant au premier abord, comme cela pouvait l’être sur le film précédent, mais c’est du sérieux (les plans dans l’antre de Steward sont à tomber!!).

Les acteurs sont également très bon, on retrouve là le Richard Kelly excellent directeur d’acteurs, avec une Cameron Diaz étonnante (mais moche), James Marsden avec des yeux (et accessoirement au top dans son rôle) et surtout un très grand Frank Langella mystérieux et qui bénéficie d’une sacrée prouesse de maquillage! Donc the Box est quand même un bon film, qui mérite une seconde vision (et qui en a peut-être besoin), mais la volonté de tout expliquer au spectateur est une grosse erreur car les films qui n’ouvrent pas de voie à la réflexion tombent rapidement dans l’oubli, surtout quand ils affichent au départ une telle ambition philosophique…

FICHE FILM
 
Synopsis

Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu...