The Bay (Barry Levinson, 2012)

de le 04/02/2013
 
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Au sein d’une filmographie aussi éclectique que celle de Barry Levinson, il n’est même pas si étonnant de trouver un film tel que The Bay. Œuvre de son temps, qui s’accapare la mécanique d’un genre à la mode et ses codes visuels pour mieux les utiliser afin de servir un propos, The Bay n’est pas un film de « found footage » comme les autres. Film engagé et frondeur comme l’a souvent été le cinéma d’horreur dont les plus grands représentants ont toujours pratiqué l’entrisme, The Bay ne révolutionne pas l’exercice mais y apporte la vision d’un metteur en scène solide, à défaut d’être le grand film qui aurait pu révolutionner l’exercice.

Ce film produit par la team derrière Paranormal Activity n’a pas grand chose à voir avec l’arnaque sur pellicule d’Oren Peli. Non seulement The Bay possède un vrai propos qui ne le cantonne pas à un simple exercice de style opportuniste, mais plus encore, Barry Levinson et son monteur Aaron Yanes (qui avait déjà monté Padre Nuestro et le documentaire Tyson) cherchent à construire un véritable récit avec un sens de la tension crescendo assez rare dans ce type de production. Concrètement, il ne révolutionne rien et se contente, au niveau de la mise en scène, de proposer une représentation du réel aussi proche que possible et parfois presque troublante. La sensation de metteur en scène absent est, comme souvent dans un foud footage, bien présente. Mais le trouble nait justement de cette étrangeté et de ce rapport au réel, un réel qui n’en est pas un et qui se voit capté comme s’il en était justement un. C’est bien entendu le propre de cet exercice mais nombre de réalisateur s’y sont cassés les dents, incapables d’effacer la notion d’artificialité du procédé cinématographique.

The Bay 1

Sur ce point, The Bay est un bel exemple de réussite, dans le sens où le film permet une immersion totale dans son sujet sans jamais remettre en cause la prétendue véracité du propos. Cela donne pourtant lieu à quelques casseroles au cours du film. Tout d’abord on retiendra ces séquences pensées pour étoffer le personnage principal, lui donner du corps, mais qui s’avèrent bien superflues à l’image de cette réplique de la journaliste qui trouve que son pantalon est bien trop serré à l’image. Ou encore ce besoin de rajouter des sous-intrigues également peu passionnantes de personnages « secondaires » qui ne se montrent jamais comme des rôles moteurs pour l’intrigue globale. Pourtant, malgré quelques égarements, The Bay se montre assez vite fascinant par sa réappropriation d’un genre qu’il va explorer sous toutes les formes. Barry Levinson va ainsi multiplier les sources d’images, qu’il s’agisse d’une caméra de TV, une conversation Skype, un facetime ou des caméras de surveillance. Plusieurs formes et textures exploitées intelligemment, avec assez peu de déchet en terme de cohérence pour renforcer le réalisme de la chose, et qui composent une mosaïque d’images au parti-pris radical. Un parti-pris que le réalisateur tient du début à la fin sans se laisser emporter par la nécessité de faire des images de cinéma classique, à l’exception peut-être d’une poignée de plans dans la résolutions qui laissent entrer dans le procédé visuel des caméras fantômes. Un écart qui vient rappeler qu’il y a toujours l’œil du réalisateur présent, afin de rompre avec la sensation de réel. Pour le reste, et malgré quelques petites fautes imputables au format choisi (la forme est celle d’un reportage TV et en accepte les tares habituelles à l’image de la sursignification d’éléments qui n’avaient par exemple pas besoin d’être vus à l’écran puis répétés en voix off) The Bay s’avère extrêmement solide. A défaut d’être ultime ou génial.

The Bay 2

Au niveau de ce qui fonctionne à plein régime, la narration est un beau modèle d’efficacité. The Bay ne cède pas vraiment à la facilité du jump scare, à quelques exceptions près, mais joue sur une ligne beaucoup plus complexe pour créer la peur. Une peur qui nait autant de la rythmique interne des scène, à l’image de l’intervention policière par exemple, que du ton général du film qui embrasse de plus en plus un pessimisme total. Derrière l’exercice horrifique, Barry Levinson tire une sonnette d’alarme qui fait de The Bay une sorte de pamphlet écologiste à la fois juste (un retour de bâton de Mère Nature en provenance des océans) et terrifiant dans ce qu’il illustre en terme de réponse des autorités. Là encore, rien de bien nouveau mais Barry Levinson trouve le discours juste pour mettre en lumière les dysfonctionnements d’un système qui refuse de prendre ses responsabilités et d’apporter une réponse à une catastrophe, préférant jouer à la balle entre les services de l’état pour ensuite observer l’étendue des dégâts. Un certain état des choses d’une Amérique rongée par la bureaucratie et impuissante face à la colère d’une Nature qui reprend ses droits après avoir été malmenée. A travers ses acteurs souvent criants de réalisme, la mise en place complexe d’une vraie ambiance à travers un procédé qui l’exclue souvent, un sens du montage qui aboutit sur un mode de narration parfois surprenant et un propos solide même si dénué d’une originalité profonde, The Bay s’impose comme un des found footages les plus intéressants depuis l’arrivée de cette vague. Difficile d’en ressortir transfiguré car le film s’avère aussi passionnant qu’agaçant par son parti-pris formel qui tend à reproduire les mêmes effets que ses petits camarades, mais Barry Levinson a au moins le mérite d’apporter un véritable propos, à la fois clair et engagé, chose que d’autres ont malheureusement laissé de côté. Et surtout, il ne lâche jamais son concept, quitte à tomber dans les pires travers du genre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent…