The Artist (Michel Hazanavicius, 2011)

de le 17/05/2011
 
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Magie du cinéma, amour de l’art, talent incroyable, The Artist est né sous une bonne étoile. Michel Hazanavicius démontre qu’il est capable de remporter le plus fou des paris en transformant ce pur exercice de style en un grand film populaire. Drôle, nostalgique, porté par des acteurs remarquables, The Artist c’est le cinéma avec un grand C, celui d’un artiste qui porte seul la comédie française de qualité et qui remporte une victoire esthétique stupéfiante. Bravo, c’est grand.

Il ne lui a fallu que deux films, brillants à tous les niveaux, pour s’imposer comme LE réalisateur de comédies en France. Et ce pour une raison toute simple. En plus d’être hilarants, les deux épisodes d’OSS117 signés Michel Hazanavicius sont des merveilles de mise en scène, des films qui transpirent le cinéma comme aucune autre comédie française aujourd’hui. Dès lors, le voir s’attaquer à un projet aussi fou que celui de The Artist ne pouvait qu’attiser toutes les curiosités. Un film muet et en noir et blanc, appuyé par de très gros studios (Warner les Weinstein), avec Jean Dujardin et Bérénice Bejo. Impossible d’imaginer projet cinématographique plus casse-gueule que celui-là. Mais Michel Hazanavicius a les épaules solides et le talent affûté. Invité de dernière minutes en compétition officielle au Festival de Cannes, The Artist est une petite merveille, un enchantement qui transpire le cinéma par tous les coins du cadre et la preuve que les projets les plus dingues peuvent encore se frayer un chemin jusqu’aux écrans de cinéma. The Artist est beau, rempli d’émotion discrète et de grands moments de cinéma, un vrai bol d’air sous forme de déclaration d’amour nostalgique.

Alors que nous vivons en ce moment même une révolution avec la 3D au cinéma (quand tous l’utiliseront comme James Cameron) Michel Hazanavicius nous rappelle une autre révolution de notre cher septième art : le passage du muet au parlant. Cela lui permet de parler à la fois des conséquences de la crise financière sur l’industrie cinématographique, de cinéma, d’amour et d’innombrables choses toutes simples mais pourtant essentielles. À travers le destin de l’acteur George Valentin c’est une véritable célébration du cinéma dans ce qu’il a de plus magique et une belle réflexion sur la notion d’héritage. Dans un noir et blanc flamboyant, le plus beau depuis Le Ruban blanc, Hazanavicius livre une comédie qui s’éloigne totalement des OSS 117 et prouve la versatilité de ce cinéaste d’exception. Sa grande force est de transcender un hommage simple et facile pour en faire un véritable objet de cinéma presque inclassable. The Artist c’est à la fois du grand cinéma populaire, avec une jolie morale simple sans être niaise, de l’humour, de l’action et du drame, mais également du grand cinéma d’auteur. Le réalisateur développe une trame simple, à savoir cet acteur phare du muet incapable de passer au parlant, avec en parallèle sa romance avec une actrice en devenir. Le premier niveau de lecture est limpide, aucun problème pour le grand public assez ouvert pour tenter le challenge du muet en 2011. Mais derrière se cache un discours assez lucide sur le temps qui passe, sur l’évolution de l’art, sur le succès éphémère et la glorification abusive. C’est à la fois très simple et très beau, d’autant plus que Michel Hazanavicius fait bien plus que reprendre des figures de Chaplin ou King Vindor. D’ailleurs The Artist ressemble bien plus à un film issu de la grande période hollywoodienne du film noir que du cinéma muet, voire de l’âge d’or.

Howard Hughes, Orson Welles de Citizen Kane, The Artist est parcouru d’hommages au grand cinéma d’Hollywood inattendus, tandis que sans surprise la comédie musicale y est également bien présente, de Chantons sous la pluie à Une Etoile est née, logiquement. Hazanavicius utilise merveilleusement les outils du cinéma d’hier et d’aujourd’hui, non comme des artifices mais comme de véritables procédés de mise en scène. Une séquence de rêve pendant laquelle le son apparaît tel une menace dans un film d’épouvante, des intertitres disparaissant progressivement ou utilisés comme de vrais éléments narratifs (le « bang! » du dernier acte), des jeux de lumière et de fumée… Avec le point d’un vue d’un vrai réalisateur, comme cela était le cas chez Mel Brooks, l’hommage et la parodie se fondent dans du vrai cinéma. Jamais facile, jamais irrespectueux ou écrasé par les références, ce modèle de comédie aux relents nostalgiques s’impose naturellement. Et si la réussite est telle, c’est que face caméra se trouvent un quatuor (plus le caméo de Malcom McDowell) maîtrisant parfaitement, tels les acteurs d’antan, le jeu par le mouvement des corps. John Goodman impérial en producteur au cigare, James Cromwell tout autant en majordome, Bérénice Béjo craquante en étoile filante, et bien sur Jean Dujardin, immense candidat au prix d’interprétation tant son talent éclabousse l’écran.

FICHE FILM
 
Synopsis

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L'arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l'oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l'histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l'orgueil et l'argent peuvent être autant d'obstacles à leur histoire d'amour.