The Amazing Spider-Man (Marc Webb, 2012)

de le 20/06/2012
 
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On ne va pas revenir sur la genèse de The Amazing Spider-Man, sur l’éviction assez honteuse de Sam Raimi suite à des différends concernant le scénario d’un éventuel quatrième épisode, sur la volonté de Sony de prendre le contrôle total de la franchise sur le réalisateur, sur l’idée grotesque de rebooter la saga 10 ans seulement après sa naissance et sur le remplacement d’un créateur tel que Sam Raimi, aux idées souvent géniales, par le yes-man Marc Webb ((Webb, un nom pourtant prédestiné pour traiter des araignées)) qui n’avait pour expérience que la gentille comédie romantique (500) Jours ensemble. Dans son processus « créatif » au planning serré pour que le studio ne perde pas les droits d’adaptation de l’homme-araignée au cinéma, The Amazing Spider-Man est une aberration, un produit conçu vite et sans passion, symbole assez clair de la toute puissance des financiers sur les artistes. On ne va pas revenir non plus sur « l’histoire jamais contée » annoncée fièrement pendant la campagne de promotion du film, qui revient sur la naissance de Spider-Man (un peu comme le premier épisode de Sam Raimi en fait), ni sur les artifices de mise en scène sans aucune originalité mis en avant depuis des mois, ni sur les emprunts éhontés à la trilogie que le studio semble vouloir oublier. Ou alors on va revenir sur tout ça, car The Amazing Spider-Man est très précisément le film qu’on craignait. Un reboot inutile, comme prévu, et un film globalement raté, qui manque à ses grandes obligations.

De The Amazing Spider-Man, ou de n’importe quelle adaptation des débuts des aventures du tisseur sur grand écran, qu’est-on en droit d’attendre ? Des choses assez simples : un portrait juste d’un adolescent, la mise en place d’une histoire d’amour naïve, un trauma crédible qui va le pousser vers la vengeance puis la justice, et enfin l’acceptation de son statut de héros qui s’impose à lui logiquement après un choix cornélien entre le bien et le mal. Tout ça pour la partie « récit », tandis que visuellement l’attente tient dans le fait d’avoir des séquences d’action spectaculaire pour ponctuer un ensemble à la construction solide. On a un peu de tout ça dans The Amazing Spider-Man, mais avec un dosage qui ne semble jamais très juste. Ainsi entre deux placements produits pour Sony (laptops, tablettes, au bout d’un moment on arrête de compter) Marc Webb prend son temps pour construire son personnage de Peter Parker et sa relation avec Gwen Stacy. Aucun doute, le réalisateur connait son sujet et toute la partie comédie romantique adolescente fonctionne plutôt très bien, à partir du moment où les émotions restent superficielles. Là où ça commence à coincer, c’est au moment de toucher à des émotions plus importantes. L’exemple le plus probant est celui de l’attendu meurtre d’Oncle Ben. Tragique et matriciel chez Sam Raimi comme dans le comic book, cet évènement essentiel, qui définit toute la complexité du personnage de Peter Parker, est ici traité comme une vulgaire étape vidée de toute émotion. Triste sort, car Marc Webb prend son temps pour en venir au blockbuster spectaculaire attendu, livrant sa première grosse scène d’action au bout d’une heure. Sauf qu’en ratant LA scène pivot, moteur de toute la création du héros Spier-Man à partir d’un Peter Parker brisé par le remord, c’est toute sa progression dramatique qu’il foire. Autre élément qui prend l’eau au fil des bobines, la « normalité » de Peter Parker qui est censé être un Monsieur tout le monde auquel il est arrivé un accident par simple malchance ou maladresse, remplacée peu à peu ici par une sorte de cheminement logique un brin ridicule : son père bossait sur les araignées mutantes, il se fait piquer par une araignée mutante, il devient un homme-araignée. C’est donc ça l’histoire jamais contée ? Pas vraiment car au delà de la présentation et de la mise en place, qui rejoint plus ou moins celle de Raimi en mode mineur et en plus de tout l’arc narratif concernant le Lézard, on nous balance tout fièrement dans l’épilogue que cette histoire jamais racontée, finalement, on nous la racontera vraiment dans le prochain épisode. De là à parler de foutage de gueule il n’y a qu’un pas.

Toute cette histoire avec les parents de Peter Parker reste donc une sorte de spectre qui hante le film plus qu’autre chose, une excuse pour refaire le même film avec un autre bad guy. Mais finalement, ce qui gêne le plus, c’est le traitement réservé à la notion de « super-héros ». Faire de Peter Parker un jeune des années 2010 est une bonne chose, en l’ancrant dans une réalité alternative mais proche de la notre, donc difficile d’être choqué quand l’apprenti-tisseur s’entraîne en faisant du skate plutôt qu’en sautant d’un bâtiment à l’autre. Non, c’est plus dans le symbole que quelque chose ne fonctionne pas, et quelque chose d’important, plusieurs même. Les super-héros sont définis, au moins en partie, par leur identité secrète. The Amazing Spider-Man bafoue gentiment cette notion avec au moins 3 personnages qui découvrent que Peter Parker est Spider-Man, et Mary-Jane n’est pas dans le film. Le film rectifie le tir sur la fin mais il est bien difficile de sentir la difficulté quotidienne d’une double identité. Ensuite, quand Marc Webb est obligé, le temps d’un plan presque drôle tant il est poussif, de mettre Peter Parker face au symbole que représente Spider-Man pour le peuple, pour lui faire comprendre ce qu’il représente quand il enfile son costume, on a envie de lui dire qu’il est passé à côté de quelque chose. L’image du « héros » dans The Amazing Spider-Man, cette notion pourtant essentielle et si particulière dans le cas d’un héros adolescent à la personnalité complexe, n’est jamais vraiment représentée. Enfin Marc Webb cherche à jongler avec une autre notion qui lui échappe complètement, celle de l’allégorie biblique. Il a fallu au moins deux films, voire trois malgré les soucis du troisième épisode (soucis imposés par la production), à Sam Raimi pour construire une lecture biblique de l’univers de Spider-Man, passionnante, faisant de Peter Parker un messie qui devra endurer les pires sévices pour sauver/guider ses croyants. Et c’est sans doute dans le magistral second épisode, contenant une crucifixion symbolique (sur le train, les bras en croix) et une résurrection que tout s’est bien mis en place. Chez Marc Webb tout le monde met la charrue avant les bœufs et en oublie la figure de Spider-Man, préférant confier la notion de sacrifice à un personnage secondaire, sans grande émotion là encore, ou faisant réciter au Docteur Connors, personnage pourtant fascinant, des passages de l’ancien testament. Un peu comme s’il fallait à tout prix insérer des motifs religieux mais sans trop comprendre comment jouer avec et leur donner du sens. Non, vraiment, sur un plan purement symbolique alors que tout l’univers tient là-dessus, The Amazing Spider-Man est à côté de la plaque.

Alors bien entendu, au delà de ces considérations qui n’intéressent pas nécessairement les « consommateurs » de films, il y a le blockbuster, le grand spectacle attendu qui va avec les 215 millions de dollars de budget. The Amazing Spider-Man sait se montrer spectaculaire, même si sa durée excessive (2h17, toujours trop quand on n’a pas grand chose de neuf à raconter) aurait tendance à anesthésier le spectateur. Le temps de quelques séquences d’action pure, et il y en a peu comme chez Raimi, la grosse machinerie se met en place et le public avide de spectacle en a pour son argent. Le contraire eut été triste. Pourtant, à y regarder de plus près, tout cela n’est pas si impressionnant. Alors oui les équipes des SFX ont fait un boulot globalement monstrueux, renvoyant la majorité des effets du premier épisode aux oubliettes (mais il a dix ans, c’est presque normal) mais on note pourtant dans les plans larges des personnages numérique au rendu pas toujours très heureux. Pour le reste, il faut bien avouer que la combinaison entre effets physiques et numériques a plutôt de la gueule, avec quelques morceaux de bravoure à la clé malgré une tendance au surdécoupage des scènes pas toujours très lisibles. Le recours à la caméra subjective façon Mirror’s Edge reste de l’ordre du gimmick ponctuel et la mise en scène des déplacements de Spider-Man entre les immeubles est plus ou moins calqué sur le système mis en place par Sam Raimi, qui avait pour sa part traduit avec un regard de metteur en scène les mouvements supposés dans les cases du comic-book. Aucune véritable création donc de ce côté là, comme des autres d’ailleurs, avec en plus une absence de souffle qui annihile sérieusement certaines séquences, dont une en particulier entre les grues et voulue épique. Voulue seulement car le résultat est bien trop fade pour créer une quelconque euphorie. par ailleurs ce manque de souffle certain est intimement lié à une composition médiocre d’un James Horner en petite forme. Reste que dans cette débâcle un brin fadasse se distinguent des acteurs tous très bons et bien dirigés, le talentueux Andrew Garfield en tête, une poignée de scènes bien senties (le plan du métier à tricoter avec les araignées mutantes, magnifique, ou plusieurs scènes avec Rhys Ifans) et une utilisation de la 3D aussi ludique que réussie. Mais entre des choix de design douteux (le lézard, assez ignoble, et un rat-lézard mutant qui rappelle les heures les plus sombres des chiens mutants dans Hulk), une mythologie qui s’écroule, des incohérences grossières dans l’écriture, le manque d’héroïsme (voulu par le côté « réaliste » mais c’est une très mauvaise idée) et une durée excessive pour pas grand chose, The Amazing Spider-Man est bel et bien un ratage. Un ratage qui ne servira pas à réévaluer la trilogie de Sam Raimi à la hausse car de toute façon elle trône déjà tout en haut des adaptations de comic-book au cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Abandonné par ses parents lorsqu’il était enfant, Peter Parker a été élevé par son oncle Ben et sa tante May. Il est aujourd’hui au lycée, mais il a du mal à s’intégrer. Comme la plupart des adolescents de son âge, Peter essaie de comprendre qui il est et d’accepter son parcours. Amoureux pour la première fois, lui et Gwen Stacy découvrent les sentiments, l’engagement et les secrets. En retrouvant une mystérieuse mallette ayant appartenu à son père, Peter entame une quête pour élucider la disparition de ses parents, ce qui le conduit rapidement à Oscorp et au laboratoire du docteur Curt Connors, l’ancien associé de son père. Spider-Man va bientôt se retrouver face au Lézard, l’alter ego de Connors. En décidant d’utiliser ses pouvoirs, il va choisir son destin…