Sky Crawlers (Mamoru Oshii, 2008)

de le 10/01/2010
 
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S’il y a bien un réalisateur à vraiment mériter le statut de « visionnaire » c’est lui. Il a imposé les méchas dans le cinéma de SF (Patlabor 1 et 2), a permis à l’animation de dépasser le cadre de simple spectacle pour aller scruter les hautes sphères de la philosophie et de la métaphysique (Ghost in the Shell et Innocence) et ne plus avoir à rougir face au cinéma live, s’est essayé à plusieurs reprises au cinéma live justement, toujours dans l’expérimental et dans des œuvres fascinantes et inépuisables (Avalon, Tachiguishi retsuden). Bref c’est un artiste, un vrai, avec une culture démentielle et un style bien à lui, qui a toujours fait des films très exigeants, bien loin de tous les autres grands réalisateurs d’animes japonais. Pour ces raisons Sky Crawlers pouvait inquiéter car à la vue des premières images on pouvait craindre que Mamoru Oshii tombe dans le pur divertissement grand public, bien loin de ses réflexions existentielles habituelles… par exemple comme cela avait été le cas lors de la sortie de Steamboy de Katsuhiro Ôtomo, la grosse déception tout de même de la part du papa d’Akira (qui pour le coup était un film carrément visionnaire). Mais non Oshii ne change pas son fusil d’épaule car Sky Crawlers est tout sauf un film grand public.

Mais ça reste tout de même un de ses films les moins ambitieux, en particulier sur la forme. En effet, le mélange prises de vue réelles, images de synthèse et animation traditionnelle n’est pas toujours heureux, surtout sur le dernier point. On a presque l’impression de remonter 10 ans en arrière niveau animation, surtout si on compare avec la richesse de Ghost in the Shell 2: Innocence (sorti en 2004 pourtant). Attention, ça reste tout de même très soigné avec cette espèce de halo permanent caractéristique des films d’Oshii, et une photographie bien particulière qui viennent créer cette sensation de rêve permanent, de véritable détachement par rapport à la réalité.

Donc ça reste du cinéma d’animation ambitieux, bien plus que la majorité de ce qui se fait en ce moment, mais c’est un cran au dessous de ce qu’il nous a proposé jusqu’à maintenant (en plus le chara design n’est pas terrible), d’où la mini déception… c’est que quand on apprécie le travail de quelqu’un qu’on peut légitimement considérer comme un génie dans son domaine, la plus petite baisse de forme fait du mal! Mais ce n’est pas l’ensemble du film qui déçoit visuellement car les séquences de combats aériens sont absolument sublimes, magnifiquement cadrées et montées… c’est un régal (et quelle belle utilisation du ralenti!!) sauf que contrairement à ce que la bande annonce cherchait à vendre, sur 1h50 de film il doit y avoir 10 minutes de combats aériens. Le sujet n’est pas vraiment là, et Oshii, même s’il a toujours maîtrisé les scènes d’action dans ses films, elles sont toujours très rares et surprennent à chaque fois au milieu du rythme contemplatif qu’il aime créer. Et d’ailleurs sur le rythme, il pousse ses expérimentations très loin avec des plans qui s’étirent plus que de raison, chose relativement rare dans l’animation. Là on frôle parfois l’ennui tout de même!

A vrai dire le film est assez long, et risque de vraiment décevoir ceux qui s’attendaient à un film d’action car on en est à des années lumières. Ce qui intéresse le réalisateur c’est l’étude d’un propos global assez profond et de faire réfléchir le spectateur plutôt que de le divertir ou de lui donner des sensations. En même temps ce n’est pas une surprise car cela a toujours été le cas, et si on se souvient bien Innocence poussait la réflexion très très loin, à la limite de l’accessible. Le problème est que si les thèmes abordés ici sont passionnants et méritent de s’y intéresser, ils ont à peu près tous déjà été abordés dans les autres films d’Oshii

Ainsi, au gré des états d’âmes des quelques personnages, nous apprenons que dans cette société futuriste la guerre est devenue un spectacle qui sert à rappeler aux citoyens du monde la chance qu’ils ont de vivre dans un monde en paix, que les soldats participant à ces guerres sont génétiquement modifiés afin de ne jamais vieillir ou mourir, mais qu’ils peuvent tout de même être tués. On retrouve les thèmes de la société déshumanisée, des personnages perdus, de la frontière entre le réel et le virtuel, du souvenir manipulé, des adultes dans des corps d’enfants, de la boucle temporelle… des thèmes chers à Oshii, des thèmes de pure science-fiction passionnants, mais des thèmes déjà traités par le passé et en mieux. Cela ne veut en aucun cas dire que Sky Crawlers est un film moyen ou un film mineur, ce n’est pas le cas et c’est un film qui reste important et largement supérieur à beaucoup d’autres. Sauf que de la part de Mamoru Oshii on attendait quelque chose de nouveau et il nous propose du réchauffé…

Reste que l’ambiance est superbe, magique et onirique, qu’on est séduit par cette forme de mélancolie permanente, que le rythme lancinant hypnotise et que ça reste une œuvre aussi fascinante que très exigeante mais on était en droit d’en attendre encore plus. A noter que cette fois encore pour les spectateurs perdus il reste le lien essentiel avec la réalité, le basset de Mamoru Oshii et que Kenji Kawaï a encore fait un boulot monstrueux sur la bande originale!

DVD édité par Wild Side Vidéo (également en Blu-Ray)

Sortie le 27 janvier 2010

Une fois de plus les gens de chez Wild Side prouvent qu’ils sont parmi les éditeurs les plus respectueux des films qu’ils distribuent en nous sortant une édition DVD de haute volée. Belle jaquette bien que légèrement mensongère sur le contenu du film (comme toute la promo hors Japon de toute façon) et beaux menus d’accueil.

On est dans de l’animation donc sans surprise la qualité de la copie est au rendez-vous. Une très belle image, bonne compression et couleurs qui rendent hommage au travail effectué par la technique avec une très bonne gestion des différentes textures d’image.

Pour le son, et comme pour Paintball, déception car l’unique piste DTS est réservée à la VF. Elle est tonitruante lors des (rares) séquences de combat aérien mais vient surtout donner un souffle à la partition de Kenji Kawaï qui se voit sublimée. Le seul moyen de voir le film en version originale passe par une piste 5.1 bien dynamique et loin d’être honteuse, mais qui ne possède pas la puissance du DTS.

Niveau suppléments, 2 manquent à l’appel par rapport au blu-ray (dont un entretien avec Mamoru Oshii toujours passionnant quand il parle de son cinéma).  On a droit à 2 galeries photos dont une pour les personnages et une pour les avions de combat. Le gros morceau reste la featurette « Animation et effets sonores », d’une durée de 32 minutes, qui revient sur ces deux points essentiels de la création de Sky Crawlers, avec passage au Skywalker Ranch!

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un futur alternatif, après des décennies de guerre, le monde a fini par arriver à une paix durable. Mais les Terriens ont désespérément besoin de retrouver un peu d’action. Pour apaiser ses citoyens, le gouvernement met alors en place un cycle de guerres d’un genre nouveau : celles-ci seront désormais organisées par des sociétés militaires privées, dans le seul but de divertir la population. C’est alors que la dernière recrue à rejoindre les pilotes de Sky Crawlers se retrouve impliquée dans un nouveau projet militaire, visant à rendre les pilotes infaillibles…