Paintball (Daniel Benmayor, 2009)

de le 23/12/2009
 
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On ne cesse de le répéter, l’Espagne est (avec la Norvège) le nouvel eldorado du cinéma de genre. Des œuvres puissantes, originales, efficaces et toujours soignée sur la forme. Il n’est donc pas si étonnant de voir débarquer de temps en temps quelques perles sauf que parfois c’est l’inverse qui se produit… c’est le cas en Espagne où Filmax et Julio Fernández enchaînent les projets à un rythme d’enfer, il fallait bien qu’à un moment donné ça ne passe plus et c’est ce Paintball pourtant extrêmement prometteur qui en fait les frais. Sur le papier, le film avait tout pour plaire: une partie de paintball qui vire au survival. Excellent concept, plutôt original, pourquoi pas… sauf qu’à l’écran ce n’est pas vraiment ça. La faute à un scénariste débutant qui aurait du rester dans l’anonymat, le film se casse la gueule assez rapidement, en fait dès qu’on se rend compte que l’activité de paintball ne sera là que pour le décor d’un slasher classique à la sauce Predator, on perd ainsi une première dose d’originalité. Pourtant on est indulgent, on se dit que ce n’est pas un gros budget, que c’est le premier long métrage d’un réalisateur de pubs assez talentueux… d’ailleurs le bonhomme se lâche complètement dès la deuxième scène qui annonce un belle surprise tant elle est réussie!

En fait c’est à ce moment là qu’il confirme l’orientation artistique de son film, un parti-pris plutôt osé qui engendre de gros casse-têtes au niveau logistique, à savoir tourner son film exclusivement en plans séquences! Le numérique abolit toute limite de durée pour ces plans, et avec sa caméra RED à l’épaule, le jeune espagnol nous balance des scènes qui vont jusqu’à une bonne dizaine de minutes soit un peu moins que l’ancienne limite de 12 minutes imposée par la longueur d’une bobine de film…

Donc sur un plan purement technique, Paintball en jette! La caméra à l’épaule plus les plans séquences permettent une réelle immersion dans chaque scène, immersion renforcée par les choix de cadrages de Benmayor qui nous place soit dans la position d’un des membres de l’équipe soit dans celle d’un voyeur derrière un buisson. Il délaisse le temps de beaux travellings bien sentis ce style « sur le vif » devenu un peu trop hype pour des mouvements plus classiques mais efficaces. A dire vrai, on sent chez ce réalisateur un réel talent de metteur en scène, qu’on pouvait déjà soupçonner quand il a réalisé la publicité pour SOCOM 3 sur PS2 (dont il reprend une idée dans Paintball d’ailleurs), le soucis c’est qu’il s’agit là avant tout d’un film de commande de Filmax, et qu’il n’entre donc pas dans l’arène du long métrage avec un produit perso. Il a beau redoubler d’efforts et de générosité pour s’accaparer le sujet, le script est tellement minable et prévisible (sauf à 2-3 exceptions près) qu’il ne réussit pas à le sauver du naufrage… D’autant plus que certains de ses choix artistiques qui partaient d’une bonne idée se vautrent également dans le grotesque.

Par exemple l’idée de la caméra thermique, « empruntée » à Predator, est plutôt bonne et permet de se mettre dans la peau du limier (le boogeyman du film) sauf qu’elle est beaucoup trop utilisée, qu’elle diminue considérablement l’impact des mises à mort qui en deviennent complètement artificielles alors qu’il y avait moyen de faire quelque chose de très graphique, et de plus elle affiche un certain manque de crédibilité (en effet, le métal n’est pas sensé apparaitre sur une image thermique, sauf s’il est chauffé… ce qu’on du faire les techniciens du film d’ailleurs!). Ce manque de crédibilité est de toute façon évident si on est attentif dès la première scène de paintball, les billes venant vraiment de tous les côtés comme si tirées par 50 personnes alors que l’équipe adverse compte moins d’une dizaine de membres et qu’ils n’ont pas vraiment eu le temps de les encercler… ce sont des détails mais si on les remarque ça foire complètement le gunfight pourtant très bien construit!!

Mais comme cela a été dit plus haut, le gros point faible de Paintball est le script. Hyper basique dans le mélange survival, slasher, chasse à l’homme, il emprunte à pas mal de films beaucoup plus prestigieux sans leur arriver à la cheville, joue la carte des grandes explications sur le pourquoi du comment qui font tomber le film dans une version alternative d’Hostel jusqu’à une scène finale tout bonnement incompréhensive… Mais avant ça nous aurons eu droit à quelques duels plutôt sympas, dont le dernier dans une superbe villa d’architecte, mais sans que ça tombe dans de l’image mémorable. On peut également se plaindre d’un casting à tendance très mauvaise, la majorité des acteurs sont espagnols mais le film a été tourné en anglais, ce qui donne vraiment un aspect petite production B pour la marché vidéo, ce qui est le cas pour la France… Et au milieu de ces acteurs surnage Brendan Mackey, dans le rôle de David, le meneur naturel qui se révèle être une ordure de la pire espèce à qui on doit les scènes les plus surprenantes de tout le film!

Essai manqué dans l’ensemble pour Daniel Benmayor, qui malgré de grandes idées et une réelle maîtrise de la mise en scène, ne parvient jamais à se sortir d’un produit hyper calibré sur le fond et bancal qui ne restera dans les mémoires que comme une déception alors que les promesses de départ étaient bien belles…

DVD édité par Wild Side Vidéo (également en Blu-Ray)

Sortie le 6 janvier 2010

Pour un film qui n’en méritait peut-être pas autant, Wild Side soigne sa sortie en DVD avec une jaquette aguicheuse et des menus agréables.

Sur la qualité de l’image c’est un sans faute. Même si on n’a pas la définition d’un transfert HD, la copie au départ en numérique ne souffre d’aucun véritable défaut, la photo réaliste est très bien rendue… excellent travail.

Sur le son, une incohérence qui a tendance à se généraliser chez plusieurs éditeurs, c’est la VF qui hérite de la piste DTS carrément plus puissante que son homologue VO en simple 5.1. Bien entendu cette piste VO est loin d’être honteuse et permet une bonne immersion nécessaire au style du film mais reste plus faible que la piste DTS. A noter également une piste 2.0 en VF.

En ce qui concerne les bonus, ce n’est pas l’abondance. Une bande-annonce, une partie DVDRom et un making-of de 26 minutes purement commercial où tout le monde s’auto-congratule avec la plus belle des langue de bois. On y croise le réalisateur, la plupart des acteurs et bien entendu le superproducteur Julio Fernández qui semble très fier de sa recrue et de son travail…

FICHE FILM
 
Synopsis

Les meilleurs joueurs de paintball ont été réunis pour une partie grandeur nature. Un seul objectif : rejoindre les premiers un point bien précis en un week-end. Mais les choses déraillent lorsque l’un des participants reçoit une vraie balle et meurt. Commence alors un jeu d’un genre nouveau dont le but est simple : survivre…