La Route (John Hillcoat, 2009)

de le 05/05/2010
 
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Contrairement aux apparences, le film le plus ambitieux de l’année dernière n’est peut-être pas Avatar, qui était à peu près certain de son succès. Non il s’agit de la Route qui se lance dans l’adaptation de ce que beaucoup considèrent à raison comme un des plus grands romans de la littérature contemporaine. S’attaquer à pareil monument immédiat c’est se préparer à recevoir les foudres des fans mais les frères Coen ont prouvé l’an dernier qu’il était possible d’adapter McCarthy pour en faire un chef d’oeuvre sans en perdre l’essence… et il faut avouer que le choix de John Hillcoat est des plus judicieux, il a prouvé avec The Proposition qu’il était capable de créer des ambiances immersives, de faire du genre tout en posant de sérieuses réflexions… et si la Route pourra forcément décevoir (changement de médium oblige), l’adaptation est aussi fidèle que le film est magnifique.

La Route est un film qui marque, qu’on ait lu le livre ou pas, car c’est un film d’une tristesse infinie. Des films tristes on a en vu, de ceux qui appuient bien fort sur le pathos pour créer une émotion artificielle qui ne fera pleurer que les plus réceptifs aussi, beaucoup trop. Non, là on est devant autre chose, on peut pleurer devant bien entendu, et j’imagine que le spectateur père de famille risque de passer deux heures douloureuses devant cette histoire universelle, s’identifiant facilement au personnage de Viggo Mortensen. Mais la force de frappe de la Route nous rattrape un peu plus tard, quand on se rend compte qu’on n’en a pas oublié la moindre image et qu’on réalise bien qu’on avait rarement vu aussi triste, véritablement triste, sans artifice… c’est fort.

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Le roman était dépouillé dans sa narration, le film l’est dans sa mise en scène. Qu’est-ce qu’on est loin de toutes les dernières tentatives plus ou moins réussies de récits post-apocalyptiques!!! Tout simplement car on y croit à fond, tout y est crédible (pas comme quand Will Smith s’amuse avec sa Mustang alors qu’il n’y a plus d’approvisionnement en essence par exemple). La construction de ce monde en ruine est faite subtilement, à travers de petits détails qui en disent long, on n’est pas non plus dans du Mad Max, modèle habituel de tout post-nuke. La seule folie que se permet Hillcoat sera une scène impressionnante dans laquelle on voit que la nature est en train de mourir, quand les arbres centenaires tombent les uns après les autres… ça fait peur et ce sera la seule véritable « action » du film dont le propos va bien au-delà du thème de la survie dans un monde qui touche à sa fin.

La Route s’intéresse à un sujet carrément universel en le transposant dans un environnement et une situation extrême qui font se transcender les détails de la vie quotidienne. Et en prenant la forme d’un raod-movie post-apocalyptique, il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’un chemin initiatique pour un père et son fils. Le thème c’est la transmission d’un savoir, l’éducation de la génération future, mais plus encore c’est la transmission de l’idée même du bien qui ici semble avoir quitté la terre que l’on connaît, le mal s’incarnant dans ses hommes ayant renoncé à leur humanité en tombant dans le cannibalisme bestial. On a pu lire ou entendre qu’il y avait là-dedans une dimension christique… je ne trouve pas. Il n’y a pas vraiment de quête de rédemption, le père s’enfonçant malgré lui dans la barbarie. En fait là où The Proposition nous contait la fin d’une époque, la Route nous conte la fin des hommes, et la fin n’est pas vraiment un happy-end malgré les apparences…

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Intelligemment Hillcoat utilise des séquences de rêves pour insérer de courts flashbacks qui ne servent pas qu’à apprécier la présence et la performance de Charlize Theron mais aussi à nous donner quelques pistes sur le pourquoi d’un monde tombé en ruines. Ce sera un de ses rares écarts avec le roman qu’il suit fidèlement, peut-être un peu trop, comme s’il avait été impressionné par l’enjeu, contrairement aux Frères Coen qui se sont appropriés No Country for Old Men. En résulte un côté un peu impersonnel, c’est sans doute son plus gros défaut. Mais il faut avouer que si on n’a jamais ouvert le roman, l’expérience est totale, chose impossible quand on s’est imaginé cet univers à travers des mots… mais c’est toujours la même chose avec une adaptation: un film, par essence, nous enlève la part d’imagination de la lecture et se retrouve forcément moins puissant… ce qui n’empêche pas ce film de l’être quand même beaucoup!

Voir cet enfant découvrir les vestiges d’une civilisation éteinte à travers une canette de Coca, voir le père braquer une arme sur la tempe de son fils en cas de danger pour qu’il ne se fasse pas dévorer vivant, assister à un massacre cannibale dans un hors champ tétanisant, voir cet homme porteur de si belles choses devenir ce qu’il déteste le plus… la Route est rempli d’images inoubliables qui nous hantent longtemps après être sorti de la salle, tout comme la musique sobre de Nick Cave et Warren Ellis (moins que sur Jesse James tout de même) ou la photo désaturée à outrance qui correspond bien à l’idée d’un monde qui meurt sous les cendres. Mais il y a bien sur, et c’est surtout là-dessus que repose le film, les prestations incroyables d’un immense Viggo Mortensen et du surprenant Kodi Smit-McPhee. Deux rôles difficiles par les messages qu’ils portent, aussi durs et pessimistes qu’universels. Voilà, pour ma part les promesses sont tenues, la Route est un grand film, un des plus forts de l’année, mais mon légendaire enthousiasme est bien obligée d’admettre qu’aussi puissant soit-il, aussi triste soit-il, aussi noir soit-il, on est encore loin de la perfection du roman. Mais si on le prend comme entité autonome, quel grand film!!! A revoir au plus vite!

 

Distribution : Metropolitan

Date de sortie : 04/05/2010

Un film majeur de l’année dernière dans les mains d’un des meilleurs éditeurs du marché, on pouvait s’attendre à un résultat de haute volée malgré les difficultés techniques évidentes provenant de l’esthétique si particulière du film. Et si l’édition HD se montre parait-il à la hauteur des attentes, l’édition DVD déçoit terriblement.

C’est principalement au niveau de l’image que se situent les problèmes. Toutes les craintes qu’on pouvait avoir sont confirmées, la SD ne rend absolument pas justice à la superbe photographie du film. L’image semble enveloppée d’une sorte de voile permanent qui gâche la définition. Les noirs virent au gris, les contrastent sont foutus en l’air, bref c’est un ratage complet sur ce point.

Du côté du son Metropolitan relève la barre mais sans atteindre l’excellence, loin de là. Point de DTS (normal, tous les bonus sont sur un seul disque) donc on se contente de deux pistes 5.1 française et anglaise de bonne qualité sonore malgré quelques petits soucis de répartition délaissant parfois les arrières. Malgré tout le film reposant essentiellement sur son ambiance, ça reste pas mal du tout.

L’éditeur se rattrape quelque peu sur la qualité des suppléments, peu nombreux mais contenant une pièce de choix:

  • Making Of : Featurette d’une dizaine de minutes à vocation promotionnelle où tout le monde est gentil et super heureux d’avoir bossé sur ce chef d’oeuvre
  • Interviews : Une première avec Viggo Mortensen seul et une seconde en duo avec Kodi Smit-McPhee, pas inintéressantes mais on n’y apprend pas grand chose
  • Commentaire Audio du réalisateur : C’est la pièce maitresse de cette édition, passionnant du début à la fin John Hillcoat revient aussi bien sur les thématiques du film que sur des notions purement techniques, un régal.
  • Scènes Coupées : 5 scènes qui n’apportent rien d’essentiel
  • Les romans de Cormac McCarthy : Simple bibliographie de l’auteur
  • Bandes Annonces : divers trailers de l’éditeur

Une édition un brin décevante, en particulier sur le plan technique. Avec des suppléments identiques, il vaut mieux se tourner vers le blu-ray, la HD étant bien plus apte à gérer la colorimétrie du film si délicate.

FICHE FILM
 
Synopsis

Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d'énergie, plus de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. C'est dans ce décor d'apocalypse qu'un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L'humanité est retournée à la barbarie. Alors qu'ils suivent une ancienne autoroute menant vers l'océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n'a ni but ni espoir, il s'efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.