La Merditude des choses (Felix Van Groeningen, 2009)

de le 26/05/2010
 
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L’an dernier à la Quinzaine des Réalisateurs, pendant que Xavier Dolan raflait 3 prix pour J’ai Tué ma Mère, et au milieu d’une sélection prestigieuse (et de qualité) qui comptait dans ses rangs Tetro, I Love You Phillip Morris, Ajami ou encore les Femmes de mes Amis, un petit film en provenance du plat pays créait pourtant un évènement. Avec un titre improbable, une affiche digne d’un film du duo Delépine/Kervern et une amphore d’or grolandaise comme récompense, il y a de quoi sentir venir l’OVNI cinématographique à des kilomètres. Sauf que toute cette communication autour du film laisse entrevoir une comédie bien grasse prenant pour cible une famille de pauvres types paumés, pauvres et alcooliques, ce qui n’est pas vraiment le cas au final. La Merditude des Choses s’avère être bien plus qu’un essai potache d’humour trash mixé avec un récit tiré d’un de ces nombreuses émissions condescendantes de TF1, c’est tout d’abord un vrai film de cinéma, extrêmement maitrisé sur la forme, mais c’est surtout un récit tragi-comique qui flirte quelques fois avec le graveleux pour mieux enfoncer par la suite le clou de l’émotion. En plus de la leçon de mise en scène et de débrouille (le budget a sans doute été ridicule), on assiste à la naissance d’un véritable auteur capable de parler des choses de la vie sans pour autant tomber dans le misérabilisme social ou l’apitoiement, simplement en restant très naturel et en n’oubliant pas que même dans la merde on peut trouver des éléments à notre bonheur.

Construit sur deux axes principaux épousant chaque fois le point de vue d’un même personnage avec 20 ans d’écart, Gunther, enfant blond à la coupe mulet devenu adulte une sorte de Daniel Craig belge, la Merditude des Choses s’engage tout d’abord dans le chemin de la franche comédie allant de l’absurde au surréalisme, avec toujours une pointe de tendresse envers cette galerie de personnage flamboyante. Si on ne rit jamais à gorge déployée l’humour parfois trash reste efficace, basé principalement sur les côtés extrêmes de cette famille pas comme les autres où les enfants adultes sont rentrés vivre chez leur mère (une sainte, une des plus belles figures maternelles vues au cinéma ces dernières années) et enchainent les conneries à un rythme effréné. Ainsi dans cette maison du bonheur improbable on se bourre la gueule jusqu’à plus soif, on s’endort dans son vomi, on fait des courses de vélo à poil et on culbute férocement la dernière rencontre sur le lit à côté du plus jeune de la famille.

Mais plus le film avance, plus le ton devient sérieux. Ces personnages lourdingues et beaufs qui nous faisaient rire se dévoilent plus que pathétiques, enfermés dans une spirale de l’échec qui fait froid dans le dos. En filigrane se dessine le propos principal du film, à savoir l’héritage moral laissé à la génération suivante. Plus simplement, est-ce qu’un gamin grandissant dans un monde de dépravés, de loosers en puissance, possède une quelconque chance de devenir adulte et d’un jour être père. Le réalisateur, s’appuyant sur le roman dont est tiré le film, nous donne une belle explication à tout ça, intelligente surtout. Logiquement, plus on approche du dénouement légèrement maladroit mais sincère, moins on s’amuse. La Merditude des Choses dépasse son statut d’amusement pour aborder des sujets lourds et importants, tels que la paternité et l’alcoolisme ou encore l’accomplissement de soi. S’y insère naturellement une réflexion sur la création artistique qui se nourrit si souvent des névroses de l’artiste.

Alternant habilement caméra à l’épaule pour les séquences passées et mise en scène plus posée pour les scène de Gunther adulte (les moins réussies), Felix Van Groeningen livre un travail ultra maitrisé pour son troisième film et s’impose directement comme un des talents belges à suivre de très près. Il réussit à trouver une énergie incroyable lors des séquences de beuveries criantes de réalisme, nous immergeant dedans pour une sensation des plus réussies. Loin d’un cinéma vérité qui ne prête que peu d’intérêt à l’image, il signe au contraire quelque chose de très travaillé, en particulier sur les jeux de lumière toujours très soignés. Son tour de force est de réussir à mettre en scène la misère humaine, la vraie, sans laisser de côté le plus important, à savoir une humanité qui ne faillit jamais. En étant proche de ses personnage, en étant presque amoureux de ses acteurs, il trouve le ton juste à chaque situation aussi glauque soit-elle.

Les acteurs parlons-en. Tous impliqués à 200% dans le projet, ils sont plus vrais que natures. Cette bande de pochtrons dégueulasse nous parait immédiatement sympathique avant de s’avérer plus qu’instable. En tête le personnage du père, sans soute le plus complexe avec le fils, mais également la grand-mère, bouleversante. On n’en ressort pas vraiment plié de rire, plutôt déboussolé par cette tragédie vraiment émouvante. Le dosage n’était sans doute pas simple à trouver pour ne pas tomber dans le voyeurisme de mauvais goût, mais c’est réussi, la Merditude des Choses nous touche profondément, comme une tranche de vie, un souvenir avec des vieux potes légèrement barrés sur les bords et qui ont disparu. Et heureusement, le film laisse une belle touche d’espoir en conclusion, jolie note d’air frais pour un personnage qui en avait bien besoin.

Distribution : MK2 Editions

Fiche produit boutique MK2
Date de sortie : 05/05/2010

Débarquant en DVD par la grâce de MK2, réputé pour ses éditions qui font plus que friser l’excellence, la Merditude des Choses bénéficie d’un transfert vidéo de qualité, aussi bien sur les scènes granuleuses des longs flashbacks que sur l’image plus travaillée du présent. La palette colorimétrique ne peine pas à convaincre pour retranscrire un feu d’artifice de couleurs et la définition est au rendez-vous.

Niveau son, une seule piste présente, en VOST. Le film n’est pas un monument de démonstration est se sert majoritairement des dialogues, très clairs. Les quelques passages musicaux sont également bien retranscrits grâce au mixage 5.1 séduisant.

Au niveau des bonus, on a une fois de plus droit à une édition assez généreuse et qui ne tombe pas dans l’auto-satisfaction. AInsi on trouve quelques courts modules présentant tous un intérêt pour le cinéphile curieux:

  • Du Livre au Film: ou comment s’est déroulée l’adaptation et les modifications nécessaires
  • La famille: centré sur les acteurs
  • Les beuveries: logiquement, un reportage qui s’intéresse à ces scènes incroyables
  • Les choix de réalisation: partie un peu plus technique qui revient sur les partis pris de mise en scène
  • Les trucages: car oui il y a quelques trucages ingénieux
  • La fin: une fin alternative bien plus sombre que celle retenue
  • Striptease, les aventures de la famille De Becker: reportage issu de la célèbre émission, complètement surréaliste.

FICHE FILM
 
Synopsis

Gunther Strobbe a 13 ans et une vie compliquée. Le jeune garçon partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Quotidiennement, il baigne dans un climat de beuveries effrénées, de drague éhontée et de glande constante... Tout porte à croire qu'il subira le même sort, a moins qu'il ne parvienne à se "démerder" de là...